Tendances entreprise 2026
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Job switching, skills-first hiring… Ces 12 tendances qui transforment le monde du travail

Alors que les anglicismes continuent de prospérer dans la sphère professionnelle, ils dépeignent de véritables mutations du travail. Ces tendances discrètes devraient se renforcer en 2026. Eclairage d'Eric Gras, expert du marché de l'emploi chez Indeed.

Alors que les entreprises – et leurs managers, salariés et candidats – cherchent de nouveaux repères dans un monde du travail chamboulé par les crises, certaines tendances émergent et se renforcent. Une analyse des dynamiques professionnelles à l’œuvre a été dévoilée par Indeed en décembre 2025. « Ce qui n’étaient que des signaux faibles jusqu’à présent s’imposent désormais comme des mutations profondes du marché du travail », affirme Eric Gras, expert du marché de l’emploi au sein de la plateforme de recrutement.

En 2026, trois tendances majeures vont se dégager et gagner en importance, d’après lui : les compétences, la quête de sens et de flexibilité. « Elles redéfinissent les trajectoires professionnelles des actifs français. Dans des secteurs en tension croissante, les recruteurs sont plus attentifs aux compétences, et de moins en moins aux diplômes. Quant aux candidats et aux collaborateurs, ils sont de plus en plus exigeants à l’égard de leur employeur. » Ces derniers aspirent notamment à un bon alignement entre leurs besoins personnels et professionnels. Le cas échéant, « ils sont prêts à quitter rapidement leur entreprise. Ils savent que leur carrière sera longue. Donc, ils ne veulent pas perdre de temps dans un environnement où ils ne sont pas satisfaits. Ils ne s’embarrassent plus de la question de la fidélité vis-à-vis de leur entreprise. »

Pour l’heure, ces rotations de l’emploi tournent au ralenti en raison du contexte économique. « Le marché du travail est toujours tendu en ce début de mois de janvier. D’un côté, certains secteurs peinent à recruter ; de l’autre, les offres d’emploi sont saturées. Les cadres, eux, bougent moins que d’habitude. Ils sont dans l’attentisme. Ils patientent avant de reprendre des risques. Mais, dès que la situation économique se débloquera, il y aura des démissions en masse. Nous assisterons à un phénomène de rattrapage », développe l’expert de l’emploi chez Indeed. En attendant une amélioration du contexte professionnel en France, les actifs mettent en œuvre des techniques discrètes : de veille d’emploi ou encore de désengagement. « Ces comportements sont loin d’être anecdotiques : ils montrent que la carrière cesse d’être subie. Elle devient un projet modulable, rythmé par des accélérations, des pauses ou des réorientations« , analyse-t-il.

1. Fin des parcours linéaires

En 2026, les candidats continueront notamment à s’affranchir de la norme du “poste stable” afin de construire un parcours aligné avec leurs aspirations. Parmi les grandes tendances, on retrouve :

  • « Job hopping » : Cette tendance s’est accélérée, notamment sous l’impulsion de la génération Z. Elle consiste à changer de poste pour progresser – dans le cas où l’entreprise ne propose aucune formation ou mobilité interne. Les salariés vont chercher à maintenir élevée leur employabilité.
  • « Job switching » : Cette autre tendance gagne du terrain. Elle vise aussi à changer d’entreprise, mais sur un poste équivalent. Les actifs concernés sont satisfaits de leurs missions actuelles, mais aspirent à un meilleur salaire. Ils attendent en moyenne +16,9 % de salaire lors de ce changement.
  • « Skills-first hiring » : Cette pratique, qui devrait se renforcer en 2026, est portée par un marché du travail en pénurie de main-d’œuvre. Aussi, 84 % des recruteurs se disent prêts à embaucher un profil pour ses compétences – et plus seulement (voire plus du tout) pour son niveau de diplômes.
  • « New collar jobs » : Dans la même veine, ce phénomène désigne une nouvelle catégorie d’emplois spécialisés. Souvent dans le secteur des technologies, ils ne requièrent pas nécessairement de diplômes, mais des compétences techniques acquises par des moyens alternatifs : expériences terrain, auto-apprentissage, certifications, etc. De véritables alternatives aux parcours académiques.

2. Hausse du désengagement

La fidélité à l’entreprise ne va plus de soi. Entre désillusion, recherche d’équilibre personnel et professionnel ainsi que quête de sens, les salariés expriment de nouveaux rapports au travail :

  • « Shift Shock » : Cette tendance reflète le décalage entre la promesse d’embauche et la réalité du poste. Ou entre les valeurs affichées par l’entreprise et la réalité au quotidien. Elle alimente toutes sortes de conséquences négatives, comme tension relationnelle, désengagement, voire démission.
  • « Quiet quitting » : Ce terme anglais est la traduction d’un désengagement silencieux, désormais bien identifié par les managers. Autrement dit ? Les collaborateurs font leur travail, et parfois le font bien, mais ils ne vont pas au-delà de leurs missions ou de leurs horaires. Ils ne s’investissent plus dans les projets ou les moments d’équipe – et attendent de trouver une meilleure opportunité ailleurs.
  • « Rage applying » : Cette pratique illustre précisément cette frustration croissante de la part des individus. Ils candidatent de manière excessive à tous types de postes afin de changer d’organisation. Elle touche, selon Indeed, 58 % des salariés (dont 64 % des 18-30 ans) en France.
  • « Resenteeism » : A défaut de partir, cette tendance consiste à rester dans son entreprise (de gré ou de force), mais en étant insatisfait – voire aigri. Elle touche 66 % des travailleurs français.
  • « Conscious quitting » : Ce phénomène est le résultat d’un choix assumé de la part des salariés (dont 41 % ont entre 18 et 30 ans) de quitter une entreprise qui n’est pas en cohérence avec leurs valeurs.

3. Plus de flexibilité

  • « Workation » : Autrefois marginale, cette pratique s’est largement répandue en France. Contraction de « work » et de « vacation » – aussi appelée « tracances » en français – consiste à reprendre le travail en restant sur son lieu de villégiature. Elle concerne 34 % des salariés (dont 65 % de moins de 35 ans).
  • « Slow career » : Face à l’intensification du monde du travail et des sollicitations numériques, la fatigue professionnelle s’installe auprès d’un nombre croissant de salariés en France. Près d’un sur deux, selon Indeed, estime que sa santé mentale s’est dégradée depuis le Covid-19. Ils entendent lever le pied en optant pour une carrière dite « douce » ou « lente ». Et ainsi en finir avec la pression.
  • « Lazy girl job » : Dans la même veine, cet anglicisme illustre une ambition assumée des travailleurs à occuper un emploi stable, prévisible et peu anxiogène afin d’équilibrer leur vie pro/personnelle.

Pour conclure, « derrière ces mots anglais, parfois popularisés par les réseaux sociaux, se cache une transformation réelle, mesurable et durable du marché du travail. Les employeurs doivent désormais miser sur le dialogue, la transparence et la reconnaissance pour construire une relation plus résiliente avec les talents. Le futur du travail est désormais un présent qu’il faut apprendre à maîtriser », conclut Eric Gras.

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