La France fait partie du top 5 mondial de la diffusion de l’intelligence artificielle. 40,9 % de la population y a recours, derrière des pays comme Singapour (58,6 %) ou la Norvège (45,3 %). Elle est devant les Etats-Unis ou la Chine, d’après l’AI Economy Institute Program (AIEI). « C’est une bonne nouvelle pour la France ! Elle mène la bataille pour rester compétitive à l’échelle mondiale », s’est réjouit Corine De Bilbao, présidente de Microsoft France, ce mardi 4 novembre dans les locaux du siège parisien du géant informatique.
En France, « nous avons passé le cap de nous demander si nous devons adopter l’intelligence artificielle ou pas. Nous entrons dans une guerre des compétences. Nous sommes au stade où nous nous formons et où nous devons former tous les acteurs de la société », poursuit-elle. C’est pourquoi, Microsoft et d’autres entreprises pionnières, comme Generali, Pierre Fabre, Région Sud, Schneider Electric, TotalEnergies ou La Poste, aussi qualifiées de frontier firms, l’ont adoptée rapidement et massivement ces 18 derniers mois.
Microsoft a identifié trois étapes dans l’adoption de l’IA. La première consiste à ce que chaque employé dispose d’un « assistant IA » qui l’aide à travailler mieux et plus vite. La seconde vise à ce que des « agents IA » intègrent les équipes en tant que « collègues numériques » et se voient confier des tâches spécifiques, toujours sous le contrôle des humains. La dernière étape permettrait à un humain de déterminer les orientations stratégiques d’un projet et les « agents IA » exécuteraient les tâches à part entière. L’humain n’aurait plus qu’à vérifier le travail réalisé. « En ce moment, nous sommes entre l’étape 1 et 2 », dit-elle.
L’exemple de Danone
C’est notamment le cas de Danone et ses quelque 90 000 collaborateurs. « Nous avons lancé l’un des plus grands plans de gestion de compétences de notre histoire avec des plans de formation massifs », développe Eugenia Fornieri, vice-présidente en charge des talents mondiaux et des formations au sein de la multinationale spécialisée dans les produits alimentaires. « Nous sommes convaincus que c’est un levier stratégique majeur à condition que tous les collaborateurs soient formés. L’IA est présente dans tous les métiers aujourd’hui, et contribue à accélérer notre croissance ainsi que notre innovation. »
Les grands chantiers portent sur le leadership, le management et les RH. Le leader sera celui qui « donnera l’impulsion sur cette priorité », insiste Eugenia Fornieri. Autrement dit ? Il doit dégager du temps et du budget pour ses équipes dans le but qu’elles adoptent ces nouvelles technologies. « Les leaders et les managers ne doivent pas être des experts de l’IA, mais bien comprendre les opportunités et les risques potentiels qu’elle présente. C’est cette vision globale qui leur permettra de prendre des décisions éclairées ; prioriser les tâches ; allouer les ressources humaines et matérielles au bon endroit, au bon moment ; ainsi que gagner en humilité en apprenant des nouvelles générations », explique la vice-présidente de Danone.
Dès juillet 2024, la multinationale a lancé la Danone Academy – son centre de formations. Concrètement ? Elle propose des formations à distance et en présentiel ; des podcasts traduits en 15 langues ; des évènements ponctuels à plus ou moins grande échelle (comme des hackathons sous forme de compétition) avec des « champions » récompensés à la clé. « L’idée est vraiment de susciter la curiosité, l’enthousiasme et de responsabiliser les équipes à l’égard de l’intelligence artificielle. » Dans un premier temps, elles sont formées aux fondamentaux. Puis les parcours proposés sont différenciés en fonction des métiers et des besoins quotidiens de chacun. Il est également important, selon elle, « d’adapter les formations et de se former régulièrement. Nous devons rester pertinents et compétitifs dans un monde qui évolue rapidement. Se former aujourd’hui n’est pas un marathon, mais une succession de sprints ».
En septembre 2025, la multinationale a organisé pour ses 200 plus grands leaders des learning expeditions (voyages découverte) sur mesure et en immersion dans des entreprises à la pointe aux Etats-Unis – à San Francisco et à NYC – afin de les inspirer sur les pratiques à entreprendre. « Il faut d’abord définir les objectifs et les centres d’intérêts de chacun pour que l’univers dans lequel ils s’immergent correspondent à leurs attentes et soit proche des enjeux liés à leur niveau de responsabilités », précise Eugenia Fornieri. Récemment, Danone a offert à son tour la même aventure dans ses locaux à une vingtaine de DRH issus de plusieurs organisations. Ces immersions s’étalent sur plusieurs jours : « Les rencontres se font en vrai afin que les leaders puissent poser des questions, échanger, réseauter.«
Faire de l’IA, un outil inclusif
Plus largement, Microsoft entend faire de l’IA un outil inclusif, car « il y a beaucoup de disparités dans les usages numériques en France », confirme Mélusine Blondel, co-directrice générale de la Mednum. Comment ? En sensibilisant et en formant un écosystème large d’acteurs sur tout le territoire français. Oscillant entre start-ups (2 500 seront formées d’ici à 2027) ; citoyens, notamment ceux éloignés des grandes villes et du numérique ; personnes en reconversion professionnelle ou au chômage ; élèves et étudiants dans les écoles et les universités. Cette montée en compétences à grande échelle est rendue possible grâce à des initiatives, comme des « IA Tour » et des « Cafés IA » dans des villes intermédiaires, comme Marseille, Bordeaux, Mulhouse, Toulouse, Nantes ou encore Lyon. Au printemps 2026, « La semaine de l’IA » sera lancée partout en France afin que l’impact de Microsoft soit concret et collectif.
« Le premier enjeu est vraiment de donner confiance à tous ces acteurs », note Corine De Bilbao. Pour l’heure, l’objectif porte sur un million de Français formés d’ici à 2027. 700 000 Français ont démarré un parcours de formation, tandis que 250 000 en ont déjà terminé un. Du côté des femmes, 7 000 ont été formées aux fondamentaux grâce au programme GenIAles, lancé par Microsoft en partenariat avec Simplon.
Et concernant les résultats ? « Nous n’en sommes encore qu’aux prémices des retours sur investissements, termine la dirigeante de Microsoft France. Il y a donc beaucoup à faire ». Des freins structurels, conjoncturels et culturels rendent le changement complexe, mais indispensable : « Ce n’est pas une bulle, c’est une technologie structurante qui va bouleverser toute la société et générer d’autres innovations. »