1. Transparence salariale
La transparence salariale sera « incontestablement leur plus grande préoccupation », d’après Carlos Fontelas De Carvalho, président d’ADP France, à l’origine de l’étude sur les tendances à venir. Tous les États membres devront se mettre en conformité avant le 7 juin 2026. Sous peine de faire l’objet de sanctions européennes. Chaque pays sera libre de les fixer avec plus de précision (elles devront être « effectives », « proportionnées » et « dissuasives »). La sanction sera plus grave si la violation de la loi est « répétée ».
La transposition de la loi européenne dans le droit français concernera « aussi bien les acteurs privés que publics », complète Muriel Besnard, consultante juridique veille légale et droit social en France. Sa mise en application au sein des organisations doit répondre à 3 obligations : communiquer auprès des candidats à l’embauche le niveau de rémunération, la progression de celle-ci dans les prochaines années ainsi qu’informer ses salariés en interne – tous les ans ou tous les trois ans (en fonction de la taille de l’entreprise) – qu’ils bénéficient de ce droit et leur préciser quelles en sont les modalités. Les organisations devront ensuite calculer sept indicateurs et les corriger en cas de potentiels écarts – de rémunération entre les hommes et les femmes ou entre anciens salariés et nouveaux entrants par exemple. À ce jour, « la directive est suffisamment claire pour que les entreprises se mettent en conformité en France, indique l’experte en droit social. Certaines entreprises sont inquiètes, alors qu’au contraire, d’autres sont sereines : elles ont de gros moyens et de bons indicateurs, elles ont envie de communiquer là-dessus. » Pour l’heure, de nombreux pays sont en retard, à quelques exceptions près comme l’Estonie ou l’Allemagne.
2. Intelligence artificielle
La nécessité de maîtriser l’intelligence artificielle va être décisive en 2026. Elle va permettre un triple bénéfice aux collaborateurs : plus d’assistance, d’assurance et de réactivité. Dans un monde du travail toujours plus exigeant, « cet outil va s’avérer très pertinent. L’IA ne remplacera pas l’humain, mais va venir le bousculer. Les actifs vont devoir se demander comment rivaliser avec la machine. Les deux sont compatibles à une condition : l’humain doit garder le contrôle en se demandant en permanence : qu’est-ce qu’il souhaite déléguer ? », explique Karim Boufenech, directeur management Europe de l’Ouest et du Sud chez ADP. Plus largement, « le niveau d’expertise de l’ensemble des actifs va augmenter. Et c’est une bonne chose en fin de compte, car personne ne veut faire des tâches répétitives, pas intéressantes. »
3. Engagement des collaborateurs
Dès qu’il y a des changements importants en entreprise, notamment technologiques, il s’agit de redoubler de vigilance afin que l’engagement des collaborateurs ne faiblisse pas. Dans l’incertitude, il peut y avoir des craintes. « Les salariés se demandent comment les choses vont évoluer, comment les métiers vont se transformer, constate le président d’ADP. Mais, il est difficile en tant que dirigeant et manager de leur donner une directive claire. Ces derniers ne touchent pas encore du doigt la nouvelle réalité qui les attend. » Aussi, il s’agit d’actionner d’autres leviers d’engagement, comme la flexibilité grâce au travail hybride ou en leur donnant des perspectives d’évolution (accompagnement managérial, formations) afin qu’ils restent compétitifs au sein de leur organisation ainsi qu’employables sur le marché du travail.
4. Gouvernance responsable
Le quatrième enjeu portera sur l’instauration (ou la poursuite) d’une gouvernance responsable. Celle-ci repose notamment sur un volet environnemental ambitieux. Depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis ainsi que le détricotage en novembre 2025 de plusieurs directives environnementales de l’Union européenne (UE), « les entreprises communiquent moins à ce sujet, mais poursuivent leurs actions, affirme Carlos Fontelas de Carvalho. Elles sont très demandeuses en informations, car les salariés, eux, continuent d’avoir de fortes attentes en la matière. La pression vient du bas. » D’autre part, les entreprises poursuivront leurs efforts en matière de bien-être physique et mentale. Une dynamique qui va dans le sens de l’annonce de Matignon fin novembre dernier de reconduire la santé mentale comme « grande cause nationale » l’année prochaine avec des « actions plus concrètes », peut-on lire dans le communiqué.
5. Intégration des systèmes RH
Enfin, les entreprises devront se doter d’une plateforme qui concentre l’ensemble des informations des collaborateurs. Il est fort probable que « les services RH soient formés à ces enjeux pour mieux les appréhender. Voire qu’ils voient leurs effectifs s’accroître pour avoir la capacité humaine d’y répondre. Les managers de proximité, eux aussi, devront être formés. Car ils vont être confrontés à de nombreuses questions. Il faudra apporter des réponses », termine Carlos Fontelas De Carvalho, président d’ADP France.