Bienvenue dans l’ère du quittoking, cette pratique qui transforme les démissions en contenus TikTok et force les entreprises à repenser radicalement leur culture managériale. Le quittoking désigne la pratique consistant à filmer et à partager sur TikTok l’annonce de sa démission, que ce soit en direct lors de l’appel avec son manager ou en racontant l’événement façon vlog post-démission. Cette tendance, popularisée après qu’une vidéo de démission collective chez McDonald’s UK ait cumulé plus de 16 millions de vues, transforme un acte traditionnellement privé en performance publique sous le regard de potentiellement 1,12 milliard d’utilisateurs mensuels.
Un phénomène viral aux chiffres vertigineux
Les chiffres révèlent l’ampleur du phénomène : le hashtag #quittok a dépassé les 41 millions de vues et la vidéo de licenciement de Brittany Pietsch chez Cloudflare a atteint 11 millions de vues et plus de 27 000 commentaires. De quoi illustrer le pouvoir viral de ces contenus et leur capacité à forcer une réponse publique immédiate de l’entreprise.
Ce phénomène n’est pas qu’une quête de popularité digitale. Il cristallise une transformation profonde du rapport au travail, particulièrement chez la Gen Z qui représente 27 % des postes en 2025. Cette génération, ayant grandi avec les réseaux sociaux, utilise ces plateformes pour exposer publiquement des environnements toxiques, des situations de burn-out ou des pratiques managériales qu’elle juge inacceptables. Le quittoking devient ainsi un outil de dénonciation sociale, transformant chaque démission médiatisée en signal négatif pour les candidats potentiels.
Les risques pour les entreprises sont multiples et sérieux. Au-delà de l’atteinte réputationnelle immédiate, ces vidéos peuvent révéler des informations confidentielles, exposer des dysfonctionnements internes et compliquer durablement l’attraction de nouveaux talents.
5 façons de naviguer dans ce nouveau paradigme
1° Cultivez un dialogue authentique en continu. Ne laissez jamais l’insatisfaction monter au point de s’exprimer publiquement sur les réseaux sociaux. Instaurez des canaux de feedback régulier et traitez rapidement toute plainte.
2° Professionnalisez vos processus de départ. Accordez autant d’attention à l’offboarding qu’au recrutement. Formez vos managers à annoncer les mauvaises nouvelles avec empathie et cohérence, en supposant que tout échange sensible peut être enregistré et diffusé.
3° Adaptez votre culture aux nouvelles attentes. Flexibilité des horaires, télétravail, autonomie et sens au travail ne sont plus des avantages mais des composantes essentielles du package de base.
4° Clarifiez votre politique sur les réseaux sociaux. Mettez à jour vos chartes internes pour clarifier ce qui est autorisé concernant l’enregistrement et la divulgation d’informations, tout en restant compatible avec le droit du travail et la liberté d’expression.
5° Transformez les signaux faibles en opportunités. Un pic de contenus #quittok sur votre secteur ou votre marque est un indicateur quasi en temps réel de friction sociale. Utilisez ces signaux comme un audit externe gratuit de votre culture managériale et de vos pratiques RH.
Un signal d’alarme, pas une mode passagère
Le quittoking n’est pas une mode passagère. C’est un signal d’alarme majeur qui révèle un malaise organisationnel profond que les collaborateurs n’acceptent plus de vivre en silence. Dans un monde où la transparence radicale est devenue la norme pour les jeunes générations, chaque interaction doit être pensée comme potentiellement publique.
D’où une question simple, mais fondamentale : si nos pratiques managériales étaient filmées et diffusées publiquement, en serions-nous fiers ?
* TikTok Statistics You Need to Know in 2025, Backlinko, 2025.