Prise de parole management leadership
Management

Prise de parole managériale : comment inspirer sans manipuler ?

Alors que le film "Gourou", sorti au cinéma fin janvier, continue de faire couler beaucoup d'encre, il est légitime de se demander : où s'arrête l'inspiration et où commence la manipulation ? De surcroît, lorsqu'on est dirigeant ou manager, et qu'il faut porter régulièrement des discours auprès des équipes. Eclairage de Michaela Merk, professeure à Audencia en intelligence relationnelle et art oratoire, conférencière, autrice.

En tant que dirigeant ou manager, prendre régulièrement la parole auprès de ses équipes est essentiel. Il s’agit de les motiver à court-terme et de les aider à se projeter à moyen-terme au sein de l’organisation. Si ces premiers doivent les inspirer, il ne s’agit pas pour autant de porter des discours mensongers. « L’inspiration et la manipulation sont deux procédés très différents, même si les leviers à actionner, eux, sont les mêmes. C’est là où peut parfois résider l’ambiguïté », affirme Michaela Merk, professeure à Audencia en intelligence relationnelle et en art oratoire, conférencière et autrice du livre « Le pouvoir de l’intelligence relationnelle » (Dunod). Les deux reposent en grande partie sur les émotions. Un instrument nécessaire pour capter l’attention des individus, mais à manier avec parcimonie en termes d’intention sous-jacente.

Renforcer durablement la confiance

L’inspiration vise à donner envie aux équipes de relever de nouveaux défis. Pour ce faire, le dirigeant ou le manager doit donner du sens aux actions à entreprendre. Ensuite, l’inspiration consiste à laisser la liberté de pensée et d’action aux interlocuteurs. Ce type de discours repose sur 4 piliers : la clarté (explications concernant le but à atteindre) ; la cohérence (alignement entre les paroles et les actes) ; l’autonomie (chacun est libre de pouvoir dire « non » sans être sanctionné). « Dans des pays où le pouvoir s’exerce par la peur, comme en Russie ou en Corée du Nord, la population redoute que le moindre comportement ou parole soient mal interprétés. Les habitants optent, donc, pour la neutralité. » Enfin, la transparence (sur l’activité de l’entreprise : ses résultats, ses difficultés, ses projets à venir, etc.) « Il n’y a rien de pire que de laisser les collaborateurs dans le silence et l’attente. Ce climat opaque alimente les rumeurs, les mauvais scénarios collectifs et individuels sur ce qui va se produire. Voire la paranoïa chez certains », développe-t-elle.

Si le dirigeant ou le manager a des doutes, concernant la viabilité économique de la structure, par exemple, « il doit les exprimer et rassurer ses équipes quant à la suite. » Ces différents procédés renforcent durablement la confiance auprès de celles-ci. Ce sont les leaders qui – à travers un rôle et des discours symboliques – osent dire les choses, donnent le ton, impulsent une dynamique. « Un très grand leader a la capacité d’embarquer, de fédérer et de fidéliser sans manipuler. S’il porte des valeurs fortes et sincères, il attirera naturellement les personnes qui ont les mêmes valeurs et repoussera les autres », insiste l’experte.

A l’inverse, la manipulation tend à tordre la réalité pour obtenir l’adhésion forcée de l’auditoire. Le dirigeant ou le manager est prêt à véhiculer des informations erronées uniquement tournées vers son propre intérêt. En cela, il restreint la capacité à décider d’autrui qui – ne disposant pas des bonnes informations – ne peut pas prendre des décisions éclairées. « La manipulation utilise souvent la peur et la sanction. Elle s’érige en dogme, en vérité unique et incontestable. Les personnes avec peu de diplômes et une faible rémunération sont encore plus influençables », indique Michaela Merk. L’un des plus grands risques, selon elle, c’est la perte des meilleurs talents : « Ils sont intelligents et ont des ressources solides qui leur permettront de déceler la toxicité des discours et de mettre en œuvre les démarches pour partir rapidement. »

Pour conclure, il s’agit d’adopter un style de leadership qualitatif, reposant parfois sur des méthodes intuitives, afin de créer un lien puissant et durable avec les équipes. « Quoi qu’il arrive, surtout en situation de crise, les leaders doivent rester proches du terrain, recueillir les ressentis de leurs collaborateurs avec écoute, empathie et sincérité, résume-t-elle. C’est cette approche qui leur donnera envie de rester. »

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)