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Génération Z : la crise de santé mentale que les entreprises ne peuvent plus ignorer

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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Arrivée à l’âge adulte dans un climat d’incertitude permanente, la Génération Z voit sa santé mentale fragilisée. Un enjeu que les entreprises doivent désormais placer au cœur de leur stratégie pour éviter décrochage et désengagement.

La génération Z se trouve en première ligne face aux questions liées à la santé mentale. Arrivés à l’âge adulte en pleine crise sanitaire, souvent encore lycéens ou étudiants lors des confinements, les jeunes ont grandi dans un climat de polycrises (inflation, inégalités sociales, conflits armés, pandémie, urgence climatique…) et ils ont vu leur construction identitaire se faire sous le signe de l’incertitude et de l’isolement.

Aujourd’hui, parmi les différentes générations, ce sont les jeunes qui rapportent le plus de souffrances émotionnelles: sentiment de solitude accru, anxiété persistante, difficulté à trouver leur place au travail. Selon l’étude IPSOS BVA, 20 % des jeunes de la génération Z déclarent avoir été tellement stressés qu’ils n’ont pas pu travailler pendant une période, quand cela ne concerne qu’une personne sur dix (11 %) dans la génération de leurs parents. Par ailleurs, moins d’un étudiant sur deux (45%) estiment être en bonne santé mentale en France. Quelles en sont les raisons, et comment expliquer que cette génération soit devenue la plus exposée au stress, à l’anxiété et au sentiment de fragilité émotionnelle ?

L’éco-anxiété

Une des premières raisons est le niveau d’éco-anxiété, un phénomène qui bouleverse le présent et le futur des jeunes climato-convaincus : 34 % des 18-24 ans (+4, vs. 30 % des habitants du monde) sont anxieux et angoissés par l’avenir, au point de renoncer à des projets de long terme tel qu’avoir des enfants. L’éco-anxiété se manifeste souvent comme un stress « prétraumatique » : une angoisse née non pas d’un traumatisme vécu, mais d’une projection vers l’avenir, alimentée par la prise de conscience écologique et l’anticipation des catastrophes à venir. L’entrée dans la parentalité peut constituer alors un moment particulièrement propice aux remises en question. Le désir de protéger son enfant et de garantir son avenir crée un terrain favorable à l’émergence de l’éco-anxiété.

La dépendance aux écrans

Si 45 % des Français font défiler images et vidéos sur leur téléphone dès le réveil, encore sous la couette, ce réflexe est presque automatique chez les 18-24 ans : 77 % déclarent le faire machinalement. Cette habitude porte un nom : le doomscrolling, combinant doom, la chute, l’effondrement, et scroll, l’action de faire défiler l’écran de haut en bas. Derrière ce besoin de se connecter immédiatement au monde se cachent de nouvelles formes de peurs façonnées par la technologie : la FOMO (Fear of Missing Out), la peur de rater quelque chose ; l’athazagoraphobie, la peur d’être oublié, ici exacerbée par l’absence de likes, de partages, de retweets ou de « flammes » sur Snapchat ; ou encore la nomophobie, l’angoisse de ne plus avoir de téléphone, de réseau ou de batterie. Ces craintes nourrissent une anxiété quasi compulsive. Une recherche menée auprès de 463 adolescents français (âge moyen : 16 ans) le confirme : 78% des moins de 25 ans disent être angoissés à l’idée de perdre leur smartphone.

Malgré ces chiffres alarmants, le sujet reste largement absent des prises de parole officielles. Les entreprises communiquent volontiers sur la QVT, la RSE ou le bien-être au travail — mais très rarement sur l’état psychique de leurs collaborateurs, les jeunes en particulier.

L’entreprise de demain sera une « entreprise santé »

Le rapport au travail des moins de 35 ans a profondément évolué. Pour cette génération, le travail n’est plus seulement un moyen de gagner sa vie : il devient une variable d’ajustement de leur équilibre personnel et mental. Chez les jeunes actifs, et en particulier au sein de la génération Z, le bien-être psychologique prime désormais sur la stabilité professionnelle — un changement que les entreprises ne peuvent plus ignorer.

L’entreprise « santé » se caractérise par sa volonté d’intégrer la santé physique et le bien-être au cœur même de sa stratégie. Son ambition est de créer un environnement de travail qui soutienne la santé globale et favorise le bien-être durable des collaborateurs. Pour y parvenir, elle mobilise l’ensemble des parties prenantes et active tous ses leviers internes afin de promouvoir des actions concrètes. Bien au-delà de simples avantages ponctuels, elle déploie de véritables initiatives pour améliorer la qualité de vie au travail, réduire le stress et prévenir l’apparition de maladies.

La Génération Z étant « post-matérialiste », l’enjeu n’est plus d’avoir ou de posséder un bureau attitré, mais de partager des espaces modulables et adaptés aux usages. Cette approche privilégie la flexibilité, le collectif et l’efficacité plutôt que l’appropriation individuelle. En s’appuyant sur les principes de l’ergonomie sociale, il devient possible de concevoir des environnements favorisant les interactions : création de zones de convivialité, valorisation des espaces de circulation ou « zones oubliées », décloisonnement des lieux… Autant de leviers pour encourager les rencontres et renforcer les liens au quotidien.

Par ailleurs, l’acceptation de la diversité émotionnelle est essentielle : plus une personne ressent une variété d’émotions, plus elle est susceptible d’être équilibrée et en bonne santé mentale. Les travaux de Quoidbach et al. (2014) montrent d’ailleurs que cette « émodiversité » réduit les symptômes dépressifs et divise par quatre la fréquence des consultations médicales. Dans cette logique, il devient nécessaire de revaloriser la santé mentale au travail et de la considérer au même niveau que la santé physique. L’entreprise peut créer des espaces réguliers de parole sécurisés : cercles de discussion animés par des facilitateurs formés, temps d’atterrissage émotionnel en début de réunion, rituels de « check-in / check-out » où chacun partage brièvement son état du moment. Des modules courts peuvent aussi être mis en œuvre pour former les managers à l’écoute active et à la reconnaissance émotionnelle.

Au fond, la génération Z nous rappelle que la santé mentale n’est plus un sujet secondaire, mais un besoin vital. Si les entreprises veulent garder des équipes engagées et confiantes, elles doivent prendre cette réalité au sérieux et créer des environnements réellement protecteurs. C’est ainsi qu’elles pourront accompagner durablement cette génération — et toutes les autres.

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