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5 ans après le Covid : la Génération Z et le télétravail, le grand (dés)amour ?

Cet article est issu du dossier "Management intergénérationnel : travailler ensemble malgré nos différences"

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La pandémie de Covid-19 a chamboulé le monde du travail et accéléré l'adoption du télétravail. Mais alors qu'on pensait les jeunes de la Génération Z conquis par le travail à distance, la réalité semble plus nuancée. Élodie Gentina, professeure à l'IESEG et directrice de EG Consulting, nous éclaire sur leur rapport au télétravail.

Il y a encore quelques années, on pensait la Génération Z ultra-connectée et prête à embrasser le télétravail sans réserve. Une étude YouGov menée en 2021 indiquait ainsi que 61% des 18-34 ans étaient favorables au 100 % travail à distance, loin devant leurs aînés. Un plébiscite qui semblait augurer l’avènement du full remote pour cette génération avide de flexibilité.

Pourtant, quatre ans plus tard, le vent semble avoir tourné. Selon une étude réalisée par MetLife, 91% des Z souhaitent désormais avoir davantage d’occasions de rencontrer leurs collègues en personne au sein de leur entreprise. Loin des écrans, ils ressentent un besoin pressant d’interactions réelles, estimant que cela serait bénéfique pour leur carrière et leur intégration.

Un besoin de présentiel pour apprendre et créer du lien

Contrairement aux idées reçues, les jeunes diplômés ne plébiscitent pas forcément le full télétravail. « Quand on commence un nouveau travail, on n’a pas envie d’avoir du télétravail. Les étudiants sortant d’école sont contents d’aller dans l’entreprise car c’est un lieu d’expérimentation, d’apprentissage, de rencontre », explique Elodie Gentina, professeure à l’IESEG School of Management, conférencière, et autrice du livre « Manager la génération Z » (Dunod).

La clé de ce revirement entre 2021 et 2025, donc : le lien social, qui s’avère être un besoin vital pour cette génération. Alors qu’on les pensait en symbiose avec leurs écrans, 79% des Z estiment aujourd’hui que les entreprises privilégient trop la technologie au détriment des relations humaines. « La vraie relation se crée en face-à-face, pas via des réunions en ligne incessantes », note Elodie Gentina.

Flexibilité des horaires et modèle hybride

Échaudée par de longs mois d’isolement forcé pendant la pandémie, la Génération Z n’aspire pas pour autant à un retour au 100 % présentiel. Selon l’étude ADP de 2024, 38 % des 25-34 ans sont intéressés par un mode hybride, mixant télétravail et présentiel, contre seulement 22 % chez les 18-24 ans qui viennent d’arriver sur le marché du travail.

« Au bout de deux ans, quand ils ont pris leurs marques et créé des liens avec leurs collègues, les jeunes Z sont plus enclins à télétravailler un ou deux jours par semaine », explique Elodie Gentina. Un équilibre qui semble idéal pour conjuguer autonomie, flexibilité et maintien du lien social, avec une formule « 3 jours entreprise / 2 jours télétravail » qui tend aujourd’hui à s’imposer.

Ce que recherchent les jeunes, surtout, c’est une plus grande flexibilité côté horaires : “Ils ne réclament pas tant de la flexibilité sur leur lieu de travail, que sur leur temps de travail. Ils ne sont pas contre le fait de venir au bureau, mais ils attendent que leurs horaires ne soient pas contrôlés – du moment qu’ils s’organisent pour terminer ce qu’ils ont à faire dans les temps”, explique l’experte. 

La santé mentale, grand perdant du full remote

La question de la santé mentale semble aussi avoir rebattu les cartes du travail à distance chez les plus jeunes ; bien plus affectés que leurs aînés par l’isolement durant la crise sanitaire. Moins d’un jeune sur trois se sent en “bonne santé globale”, selon l’étude de MetLife, qui note une détérioration inquiétante de leur bien-être par rapport à 2018.

Stress, dépression, perte de repères… Les effets délétères du télétravail à haute dose ont fait prendre conscience aux Z de l’importance du lien social au travail. 69% d’entre eux estiment aujourd’hui que la technologie les rend moins connectés et plus isolés. « Trop de télétravail est source de mal-être car on se sent loin, on perd la culture d’entreprise », analyse Elodie Gentina.

Des entreprises qui s’adaptent aux attentes des jeunes

Repenser les espaces de travail pour favoriser les échanges informels, organiser des événements fédérateurs, développer le mentoring intergénérationnel… Les initiatives se multiplient pour recréer du lien et prendre soin de la santé mentale des collaborateurs, notamment les plus jeunes. Avec une conviction : “c’est dans un collectif soudé et bienveillant, bien plus que derrière un écran, que la Génération Z s’épanouira et donnera le meilleur d’elle-même”.

Face à ces nouvelles aspirations de la Génération Z, de plus en plus d’entreprises repensent aussi leur organisation du travail. Objectif : trouver le bon équilibre entre flexibilité, autonomie et maintien du lien social. Parmi les initiatives mises en place, on peut citer les « horaires participatifs » chez Leroy Merlin. « Les contraintes personnelles sont prises en compte dans la planification des horaires. Le manager se positionne plus en facilitateur au cœur de son équipe qu’en planificateur », détaille Elodie Gentina. Une souplesse bénéfique à l’engagement des équipes.

D’autres, comme l’agence web Wedey, laissent leurs salariés choisir librement leurs horaires, tout en fixant des objectifs trimestriels à atteindre. Chez PopChef, les collaborateurs peuvent poser leurs congés quand ils le souhaitent. Autant de façons de responsabiliser les équipes et de s’adapter aux nouveaux modes de vie et de travail.

Certaines entreprises vont encore plus loin dans la quête de flexibilité, en permettant à leurs collaborateurs de mettre leur carrière entre parenthèses. Le « congé respiration » chez Orange offre ainsi la possibilité de faire une pause de 6 mois après 5 ans d’ancienneté. De son côté, L’Oréal propose aux jeunes de vivre une expérience de 6 mois en start-up avant de retrouver leur poste.

Le télétravail, un outil qui ne remplace pas l’humain

“A l’heure de la digitalisation et de l’intelligence artificielle, il ne faut pas se méprendre : ces technologies restent des outils”, rappelle Elodie Gentina. Ainsi, s’il est important de continuer à avoir de bons outils pour le travail à distance, “le télétravail ne peut se substituer au lien social”.

“Pendant longtemps, on a parlé de la qualité de vie au travail. Aujourd’hui, la vraie question, c’est la santé mentale. Et pour être en bonne santé, qu’est-ce qu’on doit faire ? En fait, on doit être heureux d’aller travailler. On doit être heureux de retrouver son équipe, d’échanger avec elle. Le lien social contribue au bien-être des collaborateurs, en particulier des plus jeunes… et ce lien se crée dans l’entreprise, pas en ligne”, conclut l’experte de la Génération Z.

2 commentaires

  1. Laurence

    Merci très intéressant votre article (je suis cadre non manager et je suis élue au CSE)

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