Le télétravail pourrait-il réduire les inégalités de genre au travail ?
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Le télétravail pourrait-il réduire les inégalités de genre au travail ?

Cet article est issu du dossier "Travail hybride : où en est-on 5 ans après le Covid ?"

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Une étude récente révèle des résultats surprenants sur l'impact de l'hybridation sur l'évolution des carrières.

Malgré le principe constitutionnel d’égalité femmes-hommes depuis 1946, les femmes gagnent en moyenne 23,5 % de moins que les hommes dans le secteur privé. Cet écart s’explique en partie par le temps partiel et les métiers moins bien rémunérés, mais il subsiste un écart de 4% à poste et temps de travail équivalents.

Plusieurs lois ont été adoptées pour lutter contre ces inégalités, comme la loi de 1972 introduisant le principe « à travail égal, salaire égal », confirmé par la jurisprudence. Les lois de 1983 (Roudy), 2001 (Génisson) et 2006 ont renforcé l’égalité professionnelle en encourageant des mesures de rattrapage. En 2011, la loi Copé-Zimmermann a instauré des quotas pour féminiser les instances dirigeantes des grandes entreprises et une représentation équilibrée au sein des instances représentatives du personnel. La loi pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes de 2014 et la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018 ont renforcé les mesures en faveur de l’égalité salariale. Depuis 2019, les entreprises de plus de 50 salariés doivent publier chaque année leur « index d’égalité femmes-hommes ».

En mars 2024, 77% des entreprises concernées ont publié leur note, contre 72 % en 2023 et 54 % en 2020. La note moyenne déclarée se maintient à un niveau élevé, atteignant 88/100 en 2024, contre 86/100 en 2022 et 84/100 en 2020. Les entreprises de 50 à 250 salariés ont vu leur note progresser d’un point cette année, passant de 87 à 88.

L’impact différencié du télétravail sur les femmes

Pourtant les inégalités perdurent. La directive européenne sur la transparence des salaires du 10 mai 2023 « visant à renforcer l’application du principe de l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur par la transparence des rémunérations et les mécanismes d’application du droit »,  doit être  transposée en droit français d’ici le 7 juin 2026 et vise à réduire ces inégalités.

Ces dernières ont été exacerbées depuis la crise sanitaire et le télétravail contraint, ce que de nombreuses études ont constaté. À court terme, l’emploi des femmes a été touché dans les mêmes proportions que celui des hommes, mais elles ont été davantage concernées par les arrêts pour garde d’enfant et moins par les destructions d’emploi. Les femmes ont été davantage affectées que les hommes par les conséquences économiques et matérielles de la pandémie. La pratique du télétravail révèle en réalité des inégalités plus profondes de conditions de vie, qui se déploient au domicile et dans la sphère privée. Les femmes disposent moins souvent d’une pièce à elles.

La situation des femmes en télétravail à domicile est spécifique. En effet, la pratique du télétravail révèle en réalité des inégalités plus profondes de conditions de vie, qui se déploient à domicile et dans la sphère privée. Le télétravail est davantage contraignant pour les femmes, notamment en ce qui concerne l’organisation du travail. En 2023, le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) alertait d’ailleurs sur les enjeux spécifiques que le télétravail représente pour les femmes et propose des pistes pour que cette pratique ne vienne pas creuser davantage les inégalités entre les femmes et les hommes. 

Une répartition plus équilibrée des tâches ?

Le télétravail à domicile pourrait produire des inégalités entre hommes et femmes en ce qui concerne les conditions de travail et la prise en charge des tâches domestiques et familiales. Pourtant, l’hybridation pourrait aussi apparaître comme un mode d’organisation égalitaire et inclusif.

Il existe un enjeu à faire de l’hybridation, non pas un renforçateur ou créateur de nouvelles inégalités, mais davantage un levier au service de l’égalité. Nous nous sommes inscrits dans ce questionnement et avons conduit une étude auprès de plus de 200 télétravailleurs à domicile (entre le 3 février 2022 et le 3 mars 2022) après la fin du télétravail obligatoire.

Nous avons tenté de démontrer l’influence du télétravail à domicile sur l’émergence de potentielles inégalités hommes-femmes à travers l’évolution des conditions de travail à domicile et la prise en charge des tâches domestiques et familiales. 

Nos résultats vont étonnamment à l’encontre des résultats traditionnellement observés dans les études institutionnelles et nous révélons que les femmes seraient défavorisées dans la sphère professionnelle, mais pas dans la sphère familiale par le télétravail à domicile. Les hommes, quant à eux, ont plus souvent bénéficié de possibilités d’évolution au sein des entreprises, mais se sont cependant davantage investis dans les tâches familiales. 

Notre enquête montre en outre que lors du télétravail à domicile, 16 % des hommes déclarent s’occuper souvent ou très souvent de leurs enfants, contre seulement 8 % des femmes. De façon similaire, 29% des hommes profitent du télétravail pour accomplir des tâches domestiques, un pourcentage presque identique à celui des femmes, qui s’établit à 28 %.

Le télétravail à domicile pourrait contribuer à un rééquilibrage dans la répartition des tâches en faveur de l’égalité de genre. L’hybridation apparaît comme un enjeu majeur d’appropriation des deux sphères privée et professionnelle et révèle la nécessité pour les managers de mieux comprendre la porosité des frontières et l’imbrication des temps. Il appartient donc aux entreprises et aux managers de veiller au respect de l’égalité femmes-hommes en entreprise. 


D’après une étude (« Télétravail : vers davantage d’égalité femmes/hommes dans la sphère familiale « ?) menée avec Virginie Hachard et Dimitri Laroutis, à paraître prochainement.

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