Depuis plusieurs années, « la demande en formation managériale explose », remarque Mark Stabile, doyen du Campus Europe et doyen des Programmes de l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD). En effet, « les cadres dirigeants ont compris au moment du Covid-19 qu’ils n’étaient plus en mesure d’entrevoir l’avenir, complète Nathalie Nawrocki, directrice exécutive des partenariats entreprises, également à l’INSEAD. Développer des stratégies sur du moyen et du long terme est devenu un exercice difficile, voire quasi impossible. » Preuve en est : l’école de management recense depuis près de cinq ans un nombre croissant de cadres dirigeants sur ses bancs. Ils sont 20 000 en moyenne, issus de 3000 entreprises environ, « à venir se reformer au sein de notre établissement chaque année », poursuit-elle.
Face à cet engouement grandissant, les écoles se doivent d’être au rendez-vous. Afin de se rapprocher autant que possible de la réalité des décideurs, nombreuses sont celles qui proposent des formations sur mesure. Comme aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient, ces derniers ont compris l’importance d’instaurer une culture du « life-long learning » (se former tout au long de la vie) dans leur entreprise. En France, « cet état d’esprit se développe progressivement. Ils comprennent que le management vertical, avec un leader tout-puissant en haut du processus décisionnel, ne permet plus de trouver toutes les solutions. Les entreprises comprennent qu’elles doivent s’adapter en permanence plutôt que de rattraper leur retard. »
Ces formations qui ont la cote
Actuellement, les formations les plus plébiscitées, d’après eux, sont la capacité à prendre des décisions, sans biais et avec des connaissances limitées, au regard d’un contexte mondial imprévisible. « Beaucoup de dirigeants savent qu’ils ne savent plus tout désormais », souligne Nathalie Nawrocki. Deuxièmement, c’est la compréhension et la maîtrise de l’intelligence artificielle – ainsi que son environnement et ses évolutions futures – afin de l’intégrer efficacement au sein de leur organisation. « L’IA va élever le niveau d’éducation général, pense Mark Stabile. Nous allons devoir apprendre à travailler autrement, à développer davantage et de nouvelles compétences comportementales. » Troisièmement, une meilleure appréhension des enjeux géopolitiques (notamment d’un point de vue macro-économique) afin « d’identifier les causes globales qui peuvent avoir des répercussions positives ou négatives sur le business à l’échelle locale », précise la directrice. Enfin, l’INSEAD enregistre « plus de demandes de dirigeants désireux d’accéder aux comités de direction. »
Dans la forme, ensuite, les formations très demandées (diplômantes ou non) s’étalent de quelques jours à une année. Le présentiel est privilégié, tandis que le digital « prend le relais afin de garantir une continuité pédagogique entre deux sessions », explique la porte-parole de l’INSEAD. Ces supports numériques prennent diverses formes : vidéos, exercices pratiques, jeux interactifs seul ou à plusieurs, etc. Dans tous les cas, « la formule gagnante est celle où la proactivité se retrouve au centre de l’apprentissage, comme dans les pays anglo-saxons », note-t-elle. Les cadres dirigeants apprécient effectivement le format où « ils peuvent poser des questions à des professeurs aguerris ou à d’autres dirigeants d’entreprise », également présents dans le cadre de ces formations. Objectif ? Réseauter, partager les problématiques ainsi que les bonnes pratiques visant à les résoudre. « Il n’y a pas d’approche unique, les évolutions sont constantes », indique Mark Stabile. Il précise que, dans le même temps, les échanges interculturels avec des dirigeants internationaux se multiplient : « Savoir ce que font les autres cultures est fondamental pour le business. »
Si l’intérêt des décideurs est une réalité, « le budget des organisations reste serré dans le contexte économique actuel« , affirme la directrice. Depuis peu, cette dernière constate même que les entreprises « sont plus regardantes qu’avant en ce qui concerne le retour sur investissement ». Après avoir encouragé ses cadres dirigeants à se former, elles veulent s’assurer de la hausse de la performance du salarié et/ou de l’augmentation du chiffre d’affaires de l’activité grâce à l’effort collectif de toute une équipe formée.
Développer son humilité
En définitive, cette démarche nécessite de faire preuve de modestie, mais tend à se généraliser chez les dirigeants. « Certains ont encore du mal à reconnaître qu’ils ne maîtrisent pas tout. C’est moins vrai en fonction de la génération du décideur. Les plus jeunes savent que cela peut être un bon moyen de donner l’exemple. » Si leur humilité reste timide au départ, ces derniers redoublent de modestie lorsqu’ils se retrouvent dans la posture de l’apprenant : « Ils se rendent compte de l’ampleur des mutations du monde du travail et du chemin à parcourir pour répondre aux défis du futur. Dans leur organisation, personne n’ose leur dire la vérité. Nous, au contraire, c’est notre rôle de le faire et ils en sont reconnaissants ! », termine Nathalie Nawrocki.