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Réveiller l’engagement, un levier stratégique pour (re)donner vie à l’entreprise

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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Seulement 8 % des salariés français se disent engagés dans leur travail en 2025, selon l’étude Gallup. Un désengagement de masse qui fragilise la performance, le climat social et l’attractivité des entreprises. Pourtant, des leviers simples et efficaces existent.

Le chiffre a de quoi faire frémir : en 2025, seuls 8 % des salariés français se déclarent engagés dans leur travail, selon l’étude Gallup State of the Global Workplace. La France se classe ainsi 36ᵉ sur 38 pays européens.

Pourtant, l’engagement est sur toutes les lèvres depuis des années. À croire que nous nous y prenons mal ou que nous n’osons pas traiter le sujet à la racine. On en parle beaucoup, mais il reste en France un phénomène coûteux et corrosif : un climat social qui se délite, une productivité qui s’érode, un turnover qui s’envole. Et, à terme, des entreprises qui peinent à séduire et à fidéliser.

Faut-il s’y résigner ? L’accepter comme une fatalité culturelle ou une sinistrose chronique ? Je ne le crois pas. Mais il faut changer de regard et considérer l’engagement non comme un mot-valise, mais comme un contrat réciproque : une énergie collective nourrie par le sens, la confiance et la reconnaissance qui se construit bien plus qu’elle ne se décrète.

Alors, pourquoi l’engagement est-il si essentiel ? Quels bénéfices concrets peut-on en attendre ? Et surtout, comment le cultiver de manière authentique et durable ?

Un concept aussi flou qu’omniprésent

Depuis qu’il a été popularisé dans les années 90 par William Kahn, professeur de management, le terme « engagement » s’est imposé dans le langage RH. Pourtant, il reste rarement défini de façon claire. On parle d’engagement comme d’un mantra sans toujours s’accorder sur son contenu.

Alors, c’est quoi, un collaborateur engagé ? Celui qui reste tard le soir ? Celui qui dit oui à tous les projets ? Celui qui ose questionner et propose d’autres voies ? La vérité, c’est qu’il n’existe pas une seule forme d’engagement, mais une pluralité de façons de s’investir.

Pour simplifier, on peut considérer que l’engagement est la volonté de contribuer à la réussite collective, au-delà de ses intérêts individuels. C’est se sentir acteur, pas simple exécutant.

Et c’est bien là la clé : l’engagement n’est pas une posture passive. Il est dynamique et multiforme.

Pourquoi se préoccuper de l’engagement ?

Certaines entreprises s’en accommoderaient presque : après tout, si le travail est fait, à quoi bon ? Pourtant, le désengagement n’est jamais neutre. Il produit une cascade d’effets délétères, selon l’étude Gallup :

  • Une baisse de productivité et de performance. Les entreprises affichant un fort taux d’engagement constatent +23 % de rentabilité et +18 % de productivité commerciale.
  • Un climat social dégradé. Le désengagement se diffuse comme une traînée de poudre, minant la cohésion et l’esprit collectif.
  • Un turnover élevé. Les salariés désengagés partent plus vite. Chaque départ coûte en moyenne 13 250 € par an (source : IBET ou Indice de Bien-Etre au Travail).
  • Une perte d’attractivité. Difficile de séduire de nouveaux talents quand les équipes en place sont démobilisées.

À l’inverse, cultiver l’engagement génère des bénéfices tangibles : +70 % de bien-être ressenti, –78 % d’absentéisme, –63 % d’accidents du travail. L’engagement n’est donc pas un simple bonus RH : c’est un levier stratégique majeur.

6 leviers pour réengager

Si le constat est préoccupant, il n’est pas une fatalité. L’évolution des attentes (flexibilité, autonomie, sens) est réelle, mais beaucoup d’entreprises n’y ont pas encore pleinement répondu. Les modèles descendants, les process rigides et une communication interne parfois cosmétique ont creusé l’écart entre l’expérience vécue et les aspirations des collaborateurs.

Bonne nouvelle : il existe des leviers concrets, activables à tous les niveaux, pour réengager.

1. Donner plus d’autonomie

L’autonomie est un puissant moteur d’implication. Il ne s’agit pas seulement de télétravail, mais de confiance : permettre de choisir comment atteindre ses objectifs, expérimenter et apprendre de ses erreurs. Plus un salarié peut agir, plus il se sent responsable et investi.

2. Créer des moments de vie collective

La cohésion ne se décrète pas. Elle se construit à travers des rituels sincères : “vis ma vie” inter-métiers, projets transverses, événements solidaires… Ces moments renforcent le sentiment d’appartenance et cassent les silos.

3. Encourager l’intrapreneuriat

Laisser émerger les idées en interne, c’est révéler des talents et nourrir la fierté collective. L’exemple le plus connu : le programme des 20 % chez Google, à l’origine de Gmail. Mais nul besoin d’être un géant : dans une PME, l’intrapreneuriat est souvent plus facile à initier.

4. Mettre en avant les projets à impact

Beaucoup de collaborateurs attendent que leur entreprise contribue positivement à la société ou à l’environnement. Mécénat de compétences, congé d’engagement associatif, challenges environnementaux… Ces initiatives connectent le quotidien à une finalité plus grande et donnent du sens.

5. Soigner l’expérience collaborateur de bout en bout

L’engagement se joue à chaque étape. Un onboarding raté plombe la motivation dès le départ. Un feedback absent entretient la frustration. Un offboarding bâclé détériore l’image de l’entreprise auprès de ceux qui restent. Repenser le parcours collaborateur est ainsi essentiel.

6. Rendre visible le sens

Un besoin humain fondamental : comprendre pourquoi on fait les choses. Partager l’impact concret des projets, relier les actions aux valeurs, valoriser les contributions : autant de leviers pour nourrir l’envie et la fierté.

Repenser notre regard collectif

Avant de décréter que “les gens ne veulent plus travailler”, posons-nous finalement une question plus utile : qu’est-ce que l’engagement aujourd’hui ? Et qu’est-ce qui, dans nos organisations, freine son expression ?

Peut-être est-il temps de sortir du pilotage automatique et de considérer l’engagement non pas comme un supplément d’âme, mais comme un contrat réciproque : celui qui lie une entreprise et ses collaborateurs autour d’un projet collectif clair, porteur de sens et respectueux des aspirations de chacun.

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