Sauveteurs montage équipe
Management

Leadership : inspirez-vous des secouristes en haute montagne pour souder vos équipes

Dans son livre "S'élever ensemble" (Mareuil Editions), Pascal Sancho revient sur 30 années en tant que sauveteur dans un milieu souvent hostile. S'il ne devait retenir qu'un enseignement, ce serait qu'aucune aventure ne peut se faire en solitaire. En montagne, comme en entreprise, derrière tout leader se cache un collectif soudé.

Pendant plus de 30 ans, Pascal Sancho a risqué sa vie pour sauver celle des autres. Aujourd’hui conférencier, il diffuse auprès des dirigeants d’entreprise ce qu’il a appris dans des contextes souvent extrêmes. En sachant que sa première expérience a été une lourde désillusion : « À l’école, j’étais le meilleur et lors de mon premier sauvetage, nous n’avons pas réussi à sauver les victimes. Je voulais faire ce métier pour sauver des vies et je me suis rendu compte que ce ne serait pas toujours possible. Avec le recul, je me dis que cet échec, dès le départ, s’est avéré bénéfique. Il m’a permis d’apprendre beaucoup plus vite. »

L’univers de la haute montagne peut sembler très différent de celui de l’entreprise, mais ce n’est qu’une apparence ! Ces deux environnements partagent de nombreuses caractéristiques communes dont : l’exigence, l’incertitude, et surtout, la nécessité de souder les équipes pour triompher dans des situations délicates. Selon l’auteur, l’escalade est une métaphore de la vie professionnelle. Si en montagne, les individus sont reliés par une corde, en entreprise ce lien invisible se traduit par cinq ingrédients clés.

1. Incarner une vision

Le dirigeant – ou premier de cordée – a un rôle primordial dans la cohésion d’une équipe. Cela passe notamment par sa vision. Bien souvent, le leader visionnaire cherche à remodeler le paysage du possible. Ces personnes voient au-delà des contraintes du présent, imaginant des technologies révolutionnaires, des découvertes scientifiques ou des changements sociétaux majeurs. Cela ne se fait pas sans adversité tant le chemin est entravé. Cette vision, que l’on pourrait aussi appeler « ambition collective », est supposée entraîner un très grand nombre d’individus vers un objectif commun. Parfois, l’équipe y croit fortement au point d’en faire un projet individuel. « Rien n’est jamais plus fort qu’une personne libre avançant de son propre chef vers un horizon commun », insiste Pascal Sancho. Afin de guider ses équipes vers le sommet, le leader doit savoir écouter, s’adapter et repenser les interactions humaines. Surtout dans les moments critiques où il s’agit de fédérer au mieux les capacités de chacun afin de franchir un passage difficile, réussissant parfois bien au-delà de ce que chacun s’estimait capable d’accomplir.

2. La force du collectif

Cependant, en montagne comme en entreprise, il n’y a pas de leader sans suiveur, pas de dirigeant sans collaborateur. « Si celui qui est en tête ouvre la voie avec audace, c’est le second qui, grâce à sa vigilance et son soutien, garantit l’équilibre et la sécurité de l’ensemble », note l’auteur. En cela, la véritable force d’une équipe réside dans la complémentarité où chacun joue un rôle essentiel pour atteindre un objectif commun. L’important est de savoir s’inspirer et apprendre du visionnaire, prendre en compte les objectifs fixés, tout en contribuant avec sa propre singularité à la réussite collective. Le second peut, d’ailleurs, passer premier de cordée en fonction des situations. En définitive, lorsque les membres d’une équipe comprennent que leur destin est lié – que l’échec ou le succès de l’un impacte les autres -, c’est que la collaboration atteint son plein potentiel. Le pacte qui lie l’ensemble des membres d’une équipe est avant tout moral. Ce n’est pas qu’une obligation professionnelle, mais une promesse profonde et partagée.

3. Créer un climat de confiance

Cet état d’esprit permet d’évoluer dans un climat de confiance, même si la réalité du terrain est souvent ardue. Cette confiance ne naît pas d’un simple échange ou d’une noble intention. Elle se forge dans le temps à travers des expériences partagées et s’affine au fil des épreuves. Elle se construit sur la connaissance pointue des capacités et des limites de l’autre. Elle se fonde sur la manière dont les membres d’une équipe travaillent ensemble, notamment sous pression, partagent des responsabilités et respectent leurs engagements. La confiance n’est pas homogène ou linéaire. « En entreprise, les liens de confiance sont aussi divers que les talents : un créatif n’aura pas les mêmes réflexes qu’un ingénieur pour relever un défi commun », rappelle Pascal Sancho. Et pourtant, en collaborant, ils trouveront des solutions innovantes. La coopération n’est plus qu’une simple addition de talents, mais une alchimie subtile.

4. Gérer les imprévus

Lorsque l’imprévu surgit, cet équilibre peut vaciller et déstabiliser. Le temps qui semblait être un simple indicateur devient alors un facteur déterminant, capable de pousser à l’action ou au contraire de paralyser. « En montagne, dans une opération de sauvetage, chaque seconde devient précieuse. L’épuisement des victimes impose un compte à rebours impitoyable. L’incertitude du résultat, loin d’être un ennemi à combattre, est une réalité à accepter et à inclure dans notre stratégie », assure Pascal Sancho. Dans tout projet collectif, la bonne gestion de ces situations réside autant dans la préparation que dans la capacité à s’adapter. Une préparation rigoureuse permet de se confronter à des mises en situation variées, parfois improbables, souvent en mode dégradé. « Cela permet de réactiver régulièrement notre intuition. Dans nos sociétés modernes, nous sommes à la recherche constante de confort et de plaisir, mais nous nous sommes éloignés de cet instinct primaire », poursuit-il. Ceux qui savent naviguer entre structure et spontanéité, préparation et improvisation, sont souvent ceux qui parviennent à surmonter les plus grands obstacles.

5. Être humble

L’hostilité et l’imprévisibilité des milieux naturels poussent le leader à la modestie. « La nature nous remet rapidement à notre place. Nous nous souvenons que nous sommes infiniment petits et que c’est à nous d’adapter notre stratégie pour atteindre le sommet sain et sauf », indique le conférencier. En entreprise, un bon leader a conscience que son succès dépend d’un contexte ainsi que de l’efficacité d’une équipe. Il doit être capable de déléguer et de faire confiance à ses collaborateurs pour prendre des décisions importantes, en privilégiant l’évaluation au contrôle. En ayant à cœur de faire grandir l’autre avant de vouloir grandir lui-même. Un leader humble sait aussi admettre ses erreurs et montrer sa vulnérabilité. Il doit reconnaître que certaines décisions n’ont pas fonctionné, qu’il est prêt à écouter des solutions alternatives, et qu’il valorise les retours constructifs. Ce modèle de leadership incite à l’adhésion, car il montre que le succès de l’équipe prime sur l’ego. Un ego qu’il ne faut pas rejeter en bloc : il habite tout un chacun à des niveaux différents – et heureusement. Dans un fonctionnement collectif, il convient simplement de faire en sorte que sa puissance soit maîtrisée afin de contribuer à l’évolution de l’équipe.

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