1. Privilégier le collectif avant tout
Grégoire Bosselut (GB) – « Luis Enrique a choisi son équipe en fonction de critères précis et a réussi à la fédérer autour d’un objectif commun. Dans cette compétition, le plus important était de gagner ! Cette victoire est la parfaite démonstration qu’avoir les meilleurs talents dans son équipe ne suffit pas. Il est indispensable que ces talents soient complémentaires et aiment travailler ensemble. Cette nécessité n’est pas toujours compatible lorsqu’il y a des vedettes dans l’équipe qui pensent d’abord à leur propre réussite. En tant que leader, il ne s’agit pas d’écraser les personnalités, mais de les aligner avec une vision partagée. Cette victoire résulte moins de génies individuels que de la confiance interpersonnelle. »
Aurélien Rothstein (AR) – « Son leadership collectif et participatif a su mettre les egos des joueurs de côté, afin que l’équipe se mette au service d’un projet commun. Avec une telle philosophie, les joueurs ne couraient pas pour eux-mêmes, mais pour les autres. Luis Enrique n’acceptait pas qu’il en soit autrement. C’était la condition pour être sur le terrain. Cela peut paraître évident, mais ce n’était pas arrivé dans l’équipe du PSG depuis de nombreuses années. Il faut beaucoup de rigueur pour développer, organiser et renforcer un collectif. Un seul footballeur qui ne joue pas le jeu suffit pour que toute l’équipe s’effondre. »
Bérenger Briteau (BR) – « Luis Enrique est habité par une philosophie de jeu. Posséder le ballon, être offensif, savoir jouer sur plusieurs postes (ce qui permet de mieux comprendre le poste des autres et de « dézoner » en match avec fluidité), se donner à 100 % pour le plan de jeu et pour les coéquipiers, jouer un football spectaculairement collectif et offensif pour les spectateurs. Sa vision est portée avec passion, et elle ne supporte aucun « petit arrangement entre amis », aucune concession pour un ego qui voudrait sortir du lot. Ni avec les joueurs, ni avec ses dirigeants. Sa passion est sa force. Il sait que le rêve peut transcender l’individu. Mais aussi que le rêve collectif se construit dans la confiance relationnelle. Ainsi, il sait partager « du bon temps » avec son staff pour, par exemple, faire un paddle ou un bon resto, tout comme il sait confronter les méthodes de travail de chacun de façon constructive. Et ce, sans remettre en question la personne, juste en réfléchissant avec elle à d’autres façons de faire. »
2. Faire preuve d’une grande exigence
GB – « Luis Enrique est un entraîneur très exigeant qui attend un investissement à 100 % de ses équipes. Cette exigence passe par des rituels simples, comme débriefer après chaque match sur ce qui a fonctionné et moins fonctionné. Cela permet à chacun de s’écouter et d’échanger sereinement. Il est prouvé que cette méthode permet d’augmenter de 20 % la performance de la compétition suivante. »
AR – « Il est exigeant vis-à-vis de ses équipes, mais aussi de lui-même. C’est un gros bosseur ! Son management est direct et lucide. Il laisse peu de place aux non-dits ou aux interprétations. Mais, il n’accuse jamais ses joueurs personnellement : il préfère dire « ton implication est faible » plutôt que « tu es faible ». Cette posture peut sembler dure, mais favorise la confiance et la loyauté relationnelle sur du long-terme. Il s’est aussi assuré d’avoir un certain pouvoir de décision pour agir et a su limiter les ingérences de ses supérieurs hiérarchiques et de l’extérieur dans le but d’écarter toutes tensions inutiles et frustrations. »
3. Adopter un état d’esprit positif
GB – « Luis Enrique a véhiculé une vision positive et résiliente du football. Il ne s’est pas présenté uniquement comme un leader tactique, mais comme un leader motivationnel. Il a su embarquer ses équipes avant et pendant le match, tout en leur laissant leur autonomie sur le terrain le jour J. »
AR – « Grâce à une bonne gestion de ses émotions, ainsi que de celles des autres, il a su dédramatiser les enjeux autour de ce match en reconnaissant les forces et les réalisations de chaque membre de l’équipe, tout en permettant à chacun d’exploiter au mieux ses qualités techniques et de prendre du plaisir. »
BR – « Ce qui me marque le plus ? L’Homme derrière l’entraîneur. Il est rare de voir qui est l’humain derrière le costume. Luis parle de la mort de sa fille avec sérénité et passion. Il parle de son football de la même manière. Il touche les gens. Il semble en paix. Et ceux qui sont en paix sont inattaquables. Ni les critiques, ni la pression ne peuvent les faire trembler. Et dans les grands moments de stress, comme cette finale, l’équipe s’imprègne de cette paix qui, avec l’adrénaline, donne le chef d’œuvre que nous avons vu. »
Un modèle duplicable ?
Pour Bérenger Briteau, « plus qu’un management qui correspond à un certain type d’équipe, c’est un management qui correspond à un certain type d’environnement ». Voici les conditions à réunir, selon lui : « Tout d’abord, il faut que la structure le permette. Si les dirigeants ne donnent pas carte blanche à ce type de personnalité (comme la Fédération française de tennis l’a fait avec Yannick Noah en 1991), c’est l’échec assuré. Ensuite, il faut que les leaders de jeu de l’équipe partagent la même vision. C’est un management par l’exemplarité : tout manque d’alignement dans l’engagement devient vraiment problématique. Cet alignement avec les leaders de jeu se construit dans le temps. La première année il a fait avec les joueurs déjà présents et il les a découvert. La seconde année, il a construit son équipe avec des joueurs qui adhèrent à sa vision. Autrement dit, si un joueur hésite à partir… c’est qu’il DOIT partir ! »