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IA agentique : « Les dirigeants ont de la chance d’être aux manettes d’un tel changement »

Certaines grandes organisations déploient déjà des agents IA au sein de leurs équipes. Cette mutation redessine inévitablement les frontières de l'entreprise. Quatre hauts dirigeants - de L'Oréal, Salesforce, BCG et AMI Labs - ont partagé leur vision jeudi 21 mai lors de l'Agentforce World Tour à Paris, autour des répercussions de ces nouveaux outils sur le management, la manière de se former et de travailler.

Encore aujourd’hui en France, les leaders semblent partagés autour de l’intelligence artificielle : certains pensent que l’IA va remplacer de nombreux collaborateurs, tandis que d’autres sont persuadés qu’il suffira de renouveler leurs compétences pour maintenir élevé leur niveau d’employabilité. « En tant que dirigeant, la plus grande des responsabilités, c’est de faire en sorte que les compétences de nos équipes ne deviennent pas obsolètes. Il faut anticiper ce que j’appelle « l’ombre du futur ». L’humain est élastique. Il est capable d’évoluer », a affirmé d’emblée Barbara Lavernos, CEO en charge de la recherche, de l’innovation et des technologies au sein du Groupe L’Oréal, jeudi 21 mai 2026, lors de l’Agentforce World Tour à Paris.

Les leaders doivent « avoir conscience de la chance qu’ils ont d’être aux manettes d’un tel changement, d’y réfléchir, de prendre des décisions en phase avec leurs valeurs, leurs ambitions et leurs enjeux stratégiques », développe-t-elle. Ils ont une autre grande responsabilité, selon elle : « Celle d’apporter la vérité aux collaborateurs en leur disant que tous les métiers vont profondément changer et qu’ils seront formés. Une heure de formation à distance ne suffit pas. Ce pivotement nécessite beaucoup d’investissements. » Emilie Sidiqian, CEO Salesforce France, a complété : « En réalité, cet enjeu ne porte pas tant sur la tech et ses évolutions, mais sur la responsabilité du leadership et la stratégie des dirigeants pour l’entreprise. »

A ce jour, le mastodonte spécialisé dans les produits cosmétiques a formé plus de 73.000 collaborateurs pendant plusieurs journées sur la Gen IA. Maintenant, « nous devons faire la même chose sur l’IA agentique. Les agents IA ne nous font pas peur. C’est une véritable force de travail supplémentaire. Comme nos salariés, ils ont une description de poste avec des tâches précises. Il faut les choisir avec soin, les observer et ajuster. » A travers ces formations à grande échelle, L’Oréal entend garder ses effectifs – mais les déployer différemment pour faire en sorte que les circuits décisionnels soient plus proches du terrain qu’avant.

Remise en cause du middle management

En fonction de la taille de l’entreprise, ces mutations technologiques impacteront en premier lieu le middle management. « Ces changements peuvent se faire à différentes vitesses. Ils se font par métier, par zone géographique, par priorité stratégique. Mais, dans tous les cas, ce sont probablement pour les managers de proximité – qui orchestraient et contrôlaient jusqu’à présent – qu’il va falloir le plus anticiper. Chez L’Oréal, nous avons déjà enlevé deux niveaux de management dans la pyramide de l’organisation. »

Sylvain Duranton, dirigeant mondial de BCG, abonde en ce sens. Dans les prochaines années, nous devrions assister à la montée en puissance des super-doers. Autrement dit ? Pas des managers, mais des collaborateurs qui agissent sur le terrain. Ce seront eux qui utiliseront intelligemment les outils IA et qui seront en mesure de travailler mieux, plus vite, pour des résultats innovants et de meilleure qualité. « Nous entendons tout et son contraire concernant l’impact de l’IA sur l’emploi, poursuit-il. Mais, je ne crois définitivement pas à un tsunami d’automatisation qui va mettre tout le monde au chômage. La majorité des métiers seront bouleversés, mais existeront toujours. Cela ne signifiera pas qu’il ne se passera rien sur le plan RH. Si les organisations se sont construites sur des processus et des tâches, elles vont se réinventer. L’entreprise de demain reposera sur sa capacité à innover et produire en abondance pour un moindre coût. »

Les agents IA pourront se présenter sous forme d’assistance personnelle ou bien se mettre au service du travail collectif. Une étude menée par BCG et MIT en 2025 indique que 70 % des salariés les considèrent déjà comme des « collègues » et non pas comme des « outils ». Certains vont jusqu’à leur donner des noms et les intégrer aux organigrammes de l’entreprise. « Il faut être vigilant, nuance Sylvain Duranton. Cela peut créer un attachement émotionnel. Des mécanismes humains peuvent se reproduire. Mieux vaut ne pas trop leur donner de caractéristiques humaines. » Toujours d’après une étude de BCG, 64 % des salariés déplorent ne pas être suffisamment formés, tandis que 90 % des dirigeants sont persuadés du contraire.

Une approche humaniste de l’IA

« Nous craignons d’être remplacés par la machine, car nous devons nous adapter à ces nouveaux outils, commente Pascale Fung, co-fondatrice et cheffe de la recherche et de l’innovation chez AMI Labs. Mais, nous ne devons pas nous dire que nous travaillons pour la machine – mais avec la machine. Nous devons encore lui demander ce que nous voulons. En revanche, il est probable que demain la machine soit proactive et anticipe nos besoins professionnels. Une confiance – grâce à des données fiables – sera à instaurer. »

L’IA du futur pourrait donc passer des écrans au monde réel, d’un rôle passif d’exécutant à un rôle actif, capable de comprendre les émotions, les intentions et les besoins des êtres humains. La France « doit donc accélérer » son intégration et son adoption généralisée, d’après Sylvain Duranton. Les dirigeants ont tout intérêt à adopter un état d’esprit qu’il résumerait en trois mots : le courage d’abord. « Si l’intelligence artificielle fait mieux, il faut admettre que l’intelligence artificielle fait mieux ». Ensuite, il faut de l’imagination parce qu’il y a beaucoup d’innovations, de progrès scientifiques et de croissance à aller chercher. Enfin, il faut de la confiance dans ces solutions, dans la vision de l’entreprise, dans l’avenir. »

Il s’agit d’associer l’intelligence artificielle « à une opportunité et pas seulement à un risque. Les Etats-Unis inventent avec beaucoup de liberté. La Chine adopte très vite. En Europe, il faut utiliser l’IA avec nos valeurs, c’est-à-dire avec une approche humaniste, termine Pascale Fung. Les nouvelles générations vont avoir l’opportunité de mettre en œuvre des choses très différentes où l’expression du génie français et de ses traditions pourra complètement s’exprimer. Il y a de vrais questionnements : philosophiques, moraux, etc. C’est précisément là que la France a peut-être un grand rôle à jouer« , conclut à son tour Barbara Lavernos.

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