Près de sept expatriés sur dix sont en couple (66 %), tandis que plus de la moitié (55 %) ont des enfants, d’après le Baromètre d’Expat Communication, publié en décembre 2025. Il se trouve que l’immense majorité des conjoints suiveurs sont des femmes. Un chiffre en légère baisse ces dernières années, mais qui reste important (92 % contre 88 % aujourd’hui). La majorité des couples résiste à l’épreuve de l’expatriation. Certains voient même leurs liens affectifs se renforcer (64 %). Cependant, la gestion non-anticipée des séparations s’avère douloureuse. « En cas de divorce, certains conjoints se retrouvent sans rien pendant ou après l’expatriation. Il est fondamental de sécuriser leur parcours personnel et professionnel, au même titre que celui du salarié expatrié », insiste en préambule Alix Carnot, directrice associée d’Expat Communication, experte en transitions internationales et en intelligence interculturelle, autrice du livre « Chéri(e), on s’expatrie ! Guide de survie à l’usage des couples aventuriers » (Éditions Eyrolles).
D’après elle, les partenaires suiveurs font face à de nombreux obstacles : difficultés à obtenir un visa de travail et/ou un poste en entreprise, compétences difficilement transposables dans le pays d’accueil, manque de connaissances du marché du travail local, barrière de la langue, codes culturels et rapport au travail différents, problématiques autour du coût souvent onéreux de la garde des enfants et des écoles, ou encore isolement social. Or, plus de la moitié d’entre eux veulent travailler afin de continuer à s’épanouir professionnellement, rester indépendant financièrement et contribuer aux besoins de la famille. À l’inverse, si le conjoint « ne trouve pas son compte professionnellement, c’est l’équilibre du couple, et en cascade celui de toute la famille, qui peut vaciller », prévient-elle.
Un soutien global et continu
C’est pourquoi, une poignée d’entreprises commencent à élargir leur accompagnement. Elles le décentrent des aspects purement logistiques et administratifs (visa, logement, santé), comme le font 85 % des organisations, afin de l’orienter davantage vers l’humain (intégration à l’arrivée, réflexion autour de la carrière du conjoint, scolarité des enfants). Alstom, gagnant du Prix « conjoint-friendly » en décembre 2025, propose à ses salariés expatriés et à leurs familles un accompagnement global et continu. La multinationale française, spécialisée dans le secteur des transports ferroviaires, implantée dans 63 pays à l’échelle mondiale, compte plus de 600 expatriés répartis dans 49 territoires. « Les possibilités d’expatriation sont multiples », explique Thai-An Truong, directrice de la mobilité internationale au sein du groupe. Les fonctions occupées sont variées : managers de sites industriels, ingénieurs, RH, financiers, etc. Les destinations, elles, dépendent du développement de l’activité, en fonction des contrats remportés à travers le monde. Auparavant, les conjoints suiveurs bénéficiaient d’un budget qui leur permettait de racheter des trimestres pour leur future retraite ou bien d’accéder à des formations professionnelles en faveur de leur employabilité sur le marché du travail.
Récemment, « nous avons déployé de nouvelles mesures afin de les accompagner dans une intégration réussie et le maintien d’une activité professionnelle dans le pays d’accueil, poursuit la dirigeante. Aujourd’hui, les femmes qui suivent leur conjoint, notamment, ne souhaitent pas arrêter de travailler. » La multinationale les met en relation avec un coach dès le départ afin qu’elles disposent de toutes les informations utiles. Ensuite, elles peuvent entrer en contact avec une communauté d’expatriés sur place pour obtenir des conseils avisés. Bien souvent, « elles ne trouvent pas de travail immédiatement. Leur confiance en elles peut être mise à rude épreuve. Heureusement, leur coach leur permet de persévérer dans leur recherche d’emploi », ajoute-t-elle.
Alstom offre la possibilité aux partenaires suiveurs de recourir à un congé sans solde de cinq ans si leur entreprise fait partie de la liste des 42 sociétés françaises signataires de la convention Cindex. Ce dispositif leur permet de ne pas démissionner et ainsi de retrouver leur poste à l’issue de l’expatriation. Ils disposent d’une couverture médicale et d’un soutien psychologique, incluant les enfants. « C’est un événement qui déracine et bouleverse toute la famille. Nous accompagnons aussi les enfants, car ce sont des acteurs clés de la mobilité », souligne Thai-An Truong. En 2026, le groupe tricolore entend améliorer l’accompagnement lors du retour. « Le choc culturel peut être tout aussi important qu’à l’arrivée. Certains perdent leurs repères, par exemple concernant les démarches auprès des administrations françaises. Il ne faut pas sous-estimer cette étape », termine la directrice de la mobilité internationale. Le Baromètre d’Expat Communication rapporte, en effet, que c’est un moment charnière où le moral des expatriés baisse légèrement. Une part non négligeable (40 %) se retrouve dans une situation d’instabilité professionnelle (repositionnement ou réorientation, parfois de longue durée).
Un « voyage découverte » en amont
Parmi les autres entreprises à entreprendre des actions sur le sujet, la multinationale française Decathlon, spécialisée dans le sport et les loisirs, se retrouve en pole position. Sophie Gidrol, 47 ans, thérapeute et mère de trois enfants, a suivi son mari dans plusieurs pays, dont le Kenya, en Afrique, depuis 2023. En tant qu’épouse d’expatrié, l’enseigne lui a payé un « voyage-découverte » de trois jours afin de s’y déplacer en amont et ainsi prendre la mesure de la réalité de la vie sur place. Elle s’est renseignée sur la qualité des logements, le coût des écoles ou encore l’accessibilité aux services médicaux et autres commodités indispensables. Avant le grand départ, le couple a été accompagné pendant toute une matinée pour recueillir toutes sortes d’informations. Une rencontre suivie de points annuels à distance. « Cet accompagnement est très pragmatique et humain », se remémore-t-elle.
Il permet notamment de penser aux pires scénarios – non pas pour les faire advenir, mais au contraire, pour s’en prémunir. En amont du déménagement, une visite médicale à l’Institut Pasteur est recommandée. Au cours de son expatriation sur le sol africain, Sophie Gidrol a eu accès à des formations pour continuer de développer ses compétences professionnelles grâce à un budget dédié. Ce dispositif représente à ses yeux « l’une des plus belles opportunités offertes par l’expatriation. J’ai pu accéder à des formations qui auraient été inaccessibles dans un autre contexte. C’est un vrai accélérateur de carrière », assure-t-elle.
De plus, se former permet « d’être nourri par un objectif stimulant et de ne pas souffrir de l’absence de son conjoint. Chacune des mutations de mon mari a représenté une promotion. Il avait souvent beaucoup de travail. » Et Sophie Gidrol de conclure : « Les compétences développées lors d’une expatriation sont nombreuses », telles que l’ouverture d’esprit, la flexibilité et l’inclinaison à prendre des risques. Elles peuvent ensuite être mises à profit dans de nombreux domaines professionnels. Dans un sens, comme dans l’autre, l’expatriation marque profondément les trajectoires de celles et ceux qui décident de se lancer dans cette aventure unique.