La France fait face à un paradoxe en matière de diversité et d’inclusion. Collectivement, deux tiers (64 %) des actifs estiment que la société est inclusive, d’après le Baromètre* publié en mars 2026 par Apicil. Soit 6 points de plus par rapport à 2025. Cette hausse reflète une situation globalement positive. Idem dans les entreprises : 75 % des salariés considèrent que leur organisation favorise l’inclusion. Les femmes de moins de 35 ans sont les plus actives en la matière. Dans une proportion identique (75 %), l’existence d’une politique en faveur de l’inclusion est même un critère « important » pour postuler à un emploi.
Cependant, l’état des lieux est plus contrasté lorsqu’il s’agit de cas individuels. De nombreuses discriminations persistent au travail. Parmi les plus répandues : l’origine (88 %), l’orientation sexuelle ou l’identité de genre (85%), la religion (84 %) ainsi que l’âge (80 %). « La discrimination existe dans tous les domaines professionnels, est multi-formes et pourrait s’amplifier dans les années à venir si nous n’agissons pas », indique d’emblée Raphael Confavreux, responsable de la diversité et de l’inclusion chez Apicil.
Sortir du mythe de la performance
Ce constat est tout aussi vrai pour une discrimination émergente : celle liée à la santé physique et mentale. « Jusqu’à présent, c’était un enjeu discret, voire invisible, car les entreprises avaient d’autres priorités, mettaient leurs efforts ailleurs », explique le responsable chez Apicil. Si les organisations prennent désormais conscience de l’importance du sujet (pour des raisons légales, pour éviter des risques financiers, pour favoriser leur marque employeur ou pour lutter contre l’absentéisme), elles ne s’y confrontent pas vraiment. Conséquence ? 40 % des salariés déclarent avoir été témoins de discriminations liées à l’état de santé physique ou mentale au sein de leur entreprise, tandis que 34 % en ont été victimes.
« Les collaborateurs n’osent pas encore en parler, constate Valentin Lemoine, psychologue du travail. Beaucoup sont encore dans une logique de performance : ils savent qu’ils sont évalués en permanence, comparés à leurs collègues, voire sévèrement jugés par leur hiérarchie. Dévoiler ses vulnérabilités est compliqué. Ils craignent d’être écartés de certains projets, de voir leur carrière entravée, surtout les femmes. »
D’une manière générale, les femmes sont en effet plus discriminées au travail que les hommes. Toujours selon cette étude, la grossesse et la situation familiale font d’ailleurs partie de leurs préoccupations prioritaires. Un quart (25 %) d’entre elles a été contrainte de s’absenter du travail en raison de problèmes de santé et des symptômes associés. Cependant, il est important de souligner que les hommes ne sont pas non plus épargnés en matière de santé – puisqu’ils peuvent être aussi touchés par des maladies aussi méconnues que destructrices, comme l’andropause et plusieurs types de cancers masculins.
Des tabous persistants
A ce jour, les sujets de santé les plus difficiles à évoquer en entreprise sont : les addictions (81 %), la santé mentale (75 %), les cancers masculins (74 %), le post-partum (70 %), et encore la ménopause (69 %). La grossesse reste, en définitive, le sujet de santé le plus « facile » à aborder avec l’employeur pour 79 % des salariés français. En ce qui concerne la santé mentale – Grande Cause nationale en 2026, pour la seconde année consécutive -, les salariés se censurent particulièrement. Seulement 48 % en parlent à leur manager et 43 % avec les ressources humaines. Là encore, plus de la moitié (52 %) redoutent que leur état de santé ait un impact sur leur progression professionnelle. Ce constat montre que « l’inclusion prônée par les entreprises ne va pas de pair avec la liberté de parole », précise Valentin Lemoine, psychologue du travail.
Le monde du travail rencontre encore des difficultés à se saisir de la santé mentale pour plusieurs raisons, à commencer par une méconnaissance généralisée à l’égard du cadre législatif en vigueur ainsi qu’un manque de communication sur les dispositifs existants. Seulement 33 % des actifs ont entendu parler de la Charte nationale pour la santé mentale au travail – lancée en août 2025 par le Gouvernement.
Pour l’heure, une minorité de collaborateurs déclarent que leur entreprise a mis en place des actions spécifiques en faveur de la santé physique (34 %) ou de la santé mentale (28 %). C’est pourquoi, les salariés français aspirent à ce que les organisations agissent dès l’embauche et ce, jusqu’au maintien en emploi. « La révolution physique et mentale doit avoir lieu », lance Laetitia Vitaud, experte du futur du travail. Aujourd’hui encore, il y a « trop de tabous, de craintes, de stéréotypes. Les entreprises et les collaborateurs doivent adopter de bons réflexes pour se préserver, comme le bien manger il y a quelques décennies. »
En faire un pilier stratégique
Face à ces constats, les salariés français reconnaissent l’importance d’intégrer la santé physique et mentale dans les décisions stratégiques des entreprises en raison de l’impact direct sur la performance. Pour y parvenir, plusieurs leviers ont été identifiés dans cette étude : un assouplissement de l’organisation du travail ; une meilleure communication sur les dispositifs mis en place ; le développement d’une culture managériale attentive à la santé (grâce à la bienveillance et à la compréhension des managers) ; ou encore le déploiement d’actions de formations et de prévention ciblées. A titre d’exemple, Apicil organisera en octobre 2026, une « Semaine de la santé des femmes » afin de sensibiliser l’ensemble des collaborateurs aux pathologies féminines et aux moyens d’accompagner les personnes concernées. « Les entreprises sont très attendues. Elles sont légitimes et ont la responsabilité d’agir, termine Raphael Confavreux. Elles doivent instaurer un cadre protecteur, puis s’assurer qu’il soit suivi d’actions concrètes. »
A noter que les entreprises ont un rôle important à jouer. Mais, selon les répondants, tout le monde peut rendre la société plus inclusive : à commencer par les citoyens (92 %), les pouvoirs publics (92 %), les écoles (91 %) et la famille (90 %). Devant les entreprises elles-mêmes (89 %). A bon entendeur !
*La 6ème édition du Baromètre « Les Français et l’inclusion », publiée ce mercredi 25 mars par Apicil en partenariat avec OpinionWay, a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 004 Français âgés de 18 ans et plus. L’échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview). Les interviews ont été réalisées du 18 au 20 février 2026.