Sanna marin Première ministre Finlande
Management

Leadership : 7 leçons contre-intuitives de Sanna Marin, ex-Première ministre finlandaise

Covid-19, invasion russe en Ukraine, entrée de la Finlande dans l'OTAN... Ses défis ont été nombreux, inattendus et particulièrement délicats à relever. Son audace, elle, lui a valu une reconnaissance internationale. Dans son livre "L'espoir en actes : le courage de diriger" (Flammarion), l'ex-Première ministre finlandaise, Sanna Marin, nous livre quelques clés de leadership. Extraits.

Une figure emblématique. En décembre 2019, alors âgée de 34 ans seulement, Sanna Marin est devenue la plus jeune ministre en exercice dans le monde. Qui plus est, à la tête d’une coalition de cinq partis – tous présidés par des femmes (dont quatre avaient moins de 40 ans). En un temps record, elle a fasciné la planète en devenant le symbole d’une nouvelle génération de leaders. En novembre 2025, elle est revenue sur ses trois années et demi au pouvoir et les leçons qu’elle en retire. En voici 7 extraits clés.

1. Savoir se positionner

Face à des clivages ou à des tensions au sein d’un groupe, la neutralité peut coûter cher à celle ou celui qui incarne – ou souhaite incarner – le leadership, peut-on lire : « Je me suis efforcée de me faire discrète. Je ne tenais pas à prendre parti. Une attitude qui peut paraître honorable, mais ce fut une erreur fatale. Quand on est considéré comme une personnalité d’avenir, susceptible de briguer la direction d’un parti, le désir de rester au-dessus de la mêlée et loin des affrontements entre factions peut se révéler une faiblesse. Pour faire avancer les choses, il faut pouvoir compter sur un solide réseau d’alliances. »

2. Mettre de côté la modestie

Si l’humilité est une posture plébiscitée en de nombreuses circonstances, il faut parfois assumer son ambition et sa personnalité pour atteindre ses objectifs : « On incite souvent les femmes à dissimuler leurs ambitions, à se montrer discrètes ou modestes quant à leurs aspirations. Or, cela ne fait que nous bloquer. Je n’ai jamais compris pourquoi j’aurais dû prétendre ne pas être motivée par le pouvoir quand tout le monde sait que le pouvoir est le carburant de la machine politique. Je voulais agir, changer les choses. Pour cela, il me fallait ce que les hommes n’ont aucun problème à admettre : le pouvoir. »

3. Se fixer des objectifs irréalistes

En règle générale, mieux vaut avancer étape par étape en se fixant des objectifs atteignables. Mais parfois, il s’agit selon l’ex-Première ministre finlandaise, de prendre des risques en visant ce qui paraît impossible afin d’évoluer professionnellement plus vite et d’aller plus loin qu’espéré : « Chaque poste que j’ai occupé et toute l’expérience que j’ai acquise m’ont non seulement enseigné quelque chose de précis dans des domaines donnés, mais surtout, que c’est quand on se sent mal préparé que l’on peut apprendre le plus. Les tâches qui paraissent intimidantes et insurmontables nous aident à progresser. Ce sont elles qu’il faut prendre à bras-le-corps. D’autant plus lorsqu’on ne se sent pas à l’aise et que l’on ne sait pas à quoi s’attendre. Le savoir est important, mais la volonté d’apprendre l’est encore plus. »

4. Ne pas transiger sur ses valeurs

En dépit de tendances contraires et changeantes qui peuvent souffler au sein d’une organisation ou de la société plus largement, on peut être tenté de s’adapter, de se ranger derrière l’avis de la majorité. Or, écrit-elle dans son ouvrage, « j’ai pris conscience que dans les situations les plus complexes, il faut toujours s’appuyer sur ses valeurs, même si cela peut paraître gênant au début. Plus on passe de temps à réfléchir à une question, plus il sera difficile de prendre une décision. Même dans les situations les plus épineuses, vos valeurs peuvent être le point d’ancrage qui vous permettra de vous orienter dans un monde souvent compliqué et confus. Si vous faites ce que vous savez être juste tout au fond de vous, vous pouvez vous tenir droit même quand les vents sont contraires. Et c’est un sentiment puissant. »

5. Neutraliser ses émotions

Face aux différentes crises, notamment du Covid-19, « nous avons dû prendre des décisions en nous basant sur des probabilités et des estimations. Cela a nécessité beaucoup de courage, de même que la capacité à laisser de côté ses émotions et ses peurs. J’ai dû rester extrêmement concentrée et absorber d’énormes quantités d’informations dans un domaine avec lequel je n’étais guère familière. La plupart du temps, j’arrivais à neutraliser mes sentiments personnels pour pouvoir travailler efficacement. »

6. Ne pas décider seul(e)

Le leader solitaire ne suscitera pas l’adhésion de ses équipes et donc ne performera pas durablement : « Pour négocier avec efficacité, il faut comprendre comment différents résultats peuvent avoir un impact sur d’autres discussions, et avoir au moins deux coups d’avance. L’atmosphère des négociations et votre propre comportement peuvent marquer vos interlocuteurs d’une façon qui risque d’affecter votre capacité à obtenir à l’avenir ce que vous voulez, ou ce dont vous avez besoin. Selon moi, le plus difficile dans des négociations, ce n’est pas de comprendre quels seront les résultats de différents scénarios, mais de s’engager sur la voie qui conduit à une solution avec les autres afin qu’ils se sentent utiles et valorisés. Si les gens n’ont pas le sentiment d’avoir vraiment participé, ils peuvent estimer que le résultat ne leur appartient pas et ne se soucient pas de la suite. »

7. Attendre que la tempête passe

Enfin, le dirigeant doit composer avec d’inévitables scandales et de la calomnie, rapporte-t-elle dans son livre « L’espoir en actes : le courage de diriger » : « A un moment donné dans leur carrière, les dirigeants qui travaillent au plus haut niveau devront faire face à des scandales et des turbulences (…). J’ai souvent entendu des spécialistes des médias recommander à quiconque se trouve au cœur d’un scandale de simplement tout expliquer en demandant pardon (…). Mais, il est impossible d’arrêter un scandale. Quand une affaire éclate, elle peut se révéler terriblement épuisante et peut durer longtemps. Il peut alors sembler séduisant de se résigner émotionnellement, voire de démissionner, même si l’incident de départ n’est, en fin de compte, pas aussi sérieux que ça. Selon mon expérience, la seule chose à faire est d’attendre que la première vague de tumulte soit passée. Avant cela, il sera vain de tenter d’intervenir. Ensuite, vous pouvez commencer à gérer la situation, à corriger les fausses informations et les récits mensongers, et à vous frayer un chemin pour vous en sortir. J’ai dû répondre au cours de ma carrière à des questions absurdes. Mais je l’ai toujours fait avec calme et patience. C’est la seule façon de montrer aux gens qu’il n’y a rien à cacher – et qu’il n’y a en réalité jamais eu grand chose dès le début. »

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