Carrière

François Marques : « Je voulais être utile pour la société, en phase avec mes valeurs »

PORTRAIT - Après avoir intégré une école de commerce, puis travaillé dans de grands groupes internationaux, le trentenaire a pris la tangente au moment du Covid-19. Face à une conscience aiguë des dérèglements climatiques à l’œuvre, il a décidé de partir, caméra à la main, rencontrer des acteurs du changement à travers le monde.

Debout devant des centaines de spectateurs attentifs, à la médiathèque de Dunkerque (Nord), François tente de convaincre : « Il n’y a pas de fatalité, d’autres modes de vie sont possibles. Il ne faut pas fuir les villes, il faut les transformer ! » Si, depuis plus d’un an, le trentenaire martèle ce message partout en France, rien ne le prédestinait à cette carrière. Originaire de Toulouse, il a grandi dans une famille d’entrepreneurs. En parallèle, il pratiquait le tennis à haut niveau : « J’aimais la compétition, atteindre des résultats. Le lien entre le business et le sport était évident. Je me suis orienté dans le management du sport, sans me poser de questions », confie-t-il.

Crise de sens

Cependant, quelques années après la fin de ses études, confiné dans sa colocation londonienne en raison du Covid-19, il prend conscience des limites de la vie urbaine. Il se demande, alors, comment des millions de personnes pourront continuer à vivre dans de grandes villes, victimes de la pollution, du bruit et de la hausse constante de la température, dans les décennies à venir. Une poignée de mois de réflexion suffisent à lui faire quitter son travail de commercial dans une multinationale et à rentrer en France. « Je ne voyais plus de sens et d’impact à ce que je faisais. J’étais trop sédentaire. J’avais besoin de bouger, de rencontrer des gens. Je voulais être utile pour la société, en phase avec mes valeurs, questionner notre rapport au monde, aux autres et à la nature », explique-t-il. Son nouvel objectif de vie est clair : devenir producteur-réalisateur, en collaboration avec son amie Manon Turina, car « le cinéma est un canal extrêmement puissant pour faire passer des messages, éveiller les consciences. »

Dès janvier 2021, il se forme méthodiquement au maniement d’une caméra, tout en lançant une levée de fonds participative. Le binôme frappe également à la porte de nombreuses entreprises, institutions publiques et associations, désireuses de contribuer à la transition écologique, dans le but d’obtenir des financements supplémentaires. Car, un projet de film-documentaire représente des centaines de milliers d’euros. « Au départ, nous avons reçu beaucoup de réponses négatives, car nous n’avions aucune expérience, ni connaissance, dans ce milieu. Mais, lorsque nous avons obtenu nos premiers financements, nous étions engagés, nous ne pouvions plus reculer », se souvient François. De grandes organisations, comme Accor Invest et Crédit Agricole Immobilier, partageant les mêmes valeurs RSE que leur projet cinématographique, ont décidé de les accompagner, financièrement et en nature, dans cette aventure.

Tour du monde

Après des mois de préparation, François et Manon ont finalement pu entamer leur tour du monde de six mois. États-Unis, Mexique, Allemagne, Belgique… Ils ont découvert des initiatives vertes de villes internationales : celles qui verdissent les espaces bétonnés, développent des potagers urbains, se reconnectent aux campagnes et aux agriculteurs, et compostent leurs déchets. « J’ai toujours voyagé avec la curiosité de comprendre les problématiques rencontrées par les populations à l’autre bout du monde. À travers ces tournages, l’idée était de donner la parole aux scientifiques, associations, et citoyens engagés, afin de montrer que nous faisions face aux mêmes enjeux environnementaux, mais que certains pays avaient de l’avance en termes de solutions », détaille-t-il. Aussitôt leur périple achevé, les deux amis se sont entourés de professionnels du cinéma, dans la région toulousaine, afin de finaliser leur film-documentaire. Une année de travail supplémentaire a été nécessaire. Montage, mixage, étalonnage… La Belle Ville est née.

Planète bleue

Et grâce à la société de distribution Jour2Fête, elle a été projetée, au printemps 2023, sur grands écrans à travers l’Hexagone. « L’aboutissement de ce projet a dépassé toutes nos attentes ! Notre film aurait pu finir sur YouTube avec 1 000 vues. Nous n’imaginions pas qu’il puisse être diffusé au cinéma et suscite un tel intérêt. Tout ce que nous avons vécu a été extrêmement fort », reconnait le jeune réalisateur. Au total, La Belle Ville comptabilise plus de 20 000 entrées, 200 projections-débats, une cinquantaine de festivals en France et à l’étranger, ainsi que des dizaines de conférences en entreprise. Après la planète verte, place à la planète bleue ! Suite à l’engouement provoqué par ce premier film-documentaire, le trentenaire s’attèle, désormais en solo, à son deuxième long-métrage : tout aussi ambitieux, si ce n’est plus ! Cette fois, le sujet portera sur la problématique, aussi complexe que cruciale, de l’eau sur Terre, dont l’humanité dépend. « Cela devient un enjeu prioritaire pour les entreprises. Le dérèglement du cycle de l’eau perturbe leur modèle économique. Je compte trouver de nouveaux financements auprès d’acteurs publics et privés. Je crois aux personnes qui composent les organisations, et à l’importance de les éduquer, de les embarquer dans ce type de projet, pour amorcer un vrai changement. Je veux continuer à diffuser de nouveaux récits de société, à donner de l’espoir, en mettant en lumière des initiatives vertueuses qui rendent notre monde plus désirable », conclut-il, en marge de la projection dunkerquoise, tout en cherchant sur son téléphone le modèle de sa prochaine caméra. Alors que La Belle Ville s’apprête à sortir aux États-Unis, ce second film-documentaire devrait voir le jour en mars 2026 en France.

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