Le taux d’absentéisme a légèrement augmenté en France, passant de 4,27 % en 2023 à 4,41 % en 2024 (derniers chiffres en date), d’après l’Observatoire* sur les arrêts de travail, publié fin septembre 2025. « Les arrêts sont plus nombreux, plus fréquents et plus longs », résume Thomas Perrin, DG adjoint chez Apicil. Si les actifs les plus touchés par l’absentéisme restent les ouvriers, en raison de la pénibilité physique, « les cadres sont de plus en plus concernés, mais eux, pour des raisons psychologiques« , souligne-t-il. Les données démontrent que les femmes sont plus concernées que les hommes (5,19 % vs 3,60 %) ; et les seniors davantage que les jeunes (5,68 % vs 3,26 %). La durée des arrêts a augmenté dans toutes les tranches d’âge, à l’exception des moins de 30 ans : elle a chuté de 15,48 jours en 2022 à 12,09 en 2024.
D’une année à l’autre, les caractéristiques structurelles de l’absentéisme demeurent inchangées. « L’absentéisme est l’une des conséquences des mutations du monde du travail, explique le dirigeant d’Apicil. Des mutations qui sont, une fois encore, plus nombreuses, fréquentes et violentes qu’avant. Elles viennent percuter simultanément le monde du travail. » Parmi elles, on retrouve notamment la montée de l’anxiété. Les maladies professionnelles liées aux troubles psychosociaux (allant d’une fatigue passagère à une dépression profonde) connaissent, en effet, un très fort accroissement : +117 % entre 2019 et 2023, selon l’Assurance Maladie. Les mutations actuelles comprennent également la transition écologique, démographique et numérique. « Les professions intellectuelles, dont les cadres, pensaient être protégées des bouleversements du monde. Mais avec l’intelligence artificielle, ce n’est plus le cas ! », précise-t-il.
Cette hausse constante de l’absentéisme entraîne une grande désorganisation du travail – et tout ce qui s’en suit : surcharge de travail pour celles et ceux qui continuent de travailler, burnout, démissions en cascade, etc. « Pour pallier ces absences imprévues, les managers et les RH se retrouvent à sur-réagir en permanence et dans l’urgence. Ils n’ont plus le temps de mettre en place des stratégies de long terme, de mener des réflexions profondes, d’anticiper les bouleversements du monde du travail », ajoute le DG.
Renforcer le dialogue managérial
C’est pourquoi, l’absentéisme représente un enjeu majeur pour les entreprises, tant il les oblige à repenser leurs pratiques managériales, leurs modes d’organisation et leurs politiques de prévention. D’après Thomas Perrin, « elles doivent développer leur capacité à maîtriser ces absences. Les RH et les managers ne peuvent pas rester passifs face à une situation qui se dégrade. C’est un impératif stratégique ! Il faut d’abord commencer par considérer le problème », insiste-t-il. Ensuite, par en identifier les causes pour les enrayer. « Il faut interroger le travail sur comment on travaille et comment on pourrait mieux travailler », souligne-t-il. Les parties prenantes de l’entreprise peuvent se partager les informations et les bonnes pratiques afin d’améliorer les relations interpersonnelles et créer un environnement de travail sain.
Dans le même temps, il est important de continuer à prendre soin des personnes fragilisées, « car malgré tous les meilleurs dispositifs, il y en aura toujours au travail ». Le dialogue managérial peut permettre d’éviter les micro-absences et donc d’améliorer l’ensemble du système opérationnel d’une organisation. « Parfois, il suffit qu’un salarié expose ses contraintes personnelles à son manager pour qu’une solution qui convienne à tout le monde soit trouvée. Si le salarié est malade ou qu’il doit garder son enfant malade, par exemple, son manager peut lui accorder des journées de télétravail hebdomadaires supplémentaires. »
A noter que la durée moyenne des arrêts de travail est stable (19,85 jours sur l’année écoulée). Les arrêts de durée intermédiaire (3 à 7 jours) demeurent les plus fréquents (39,17 %). Aux deux extrémités : les arrêts de plus de 90 jours (+ 0,24), tout comme les micro-absences de moins de 3 jours (+ 2,24), tendent à augmenter. Les arrêts liés à un accident de travail, eux, n’arrivent que dans un second temps et ne concernent qu’une minorité de salariés (une personne sur 50), dont la durée moyenne d’absence est de 41,18 jours. Viennent ensuite les arrêts thérapeutiques – généralement prescrits pour accompagner le retour du salarié au travail après un arrêt de longue durée. Cela contribue à sa réadaptation progressive.
Pour finir, le secteur de la santé, de l’économie sociale et de l’éducation, est celui qui présente à la fois le taux d’absentéisme le plus élevé (5,68 %) et la durée moyenne d’arrêt de travail la plus longue avec 22,97 jours annuels. A l’opposé, il y a le secteur des services aux entreprises (3,29 %) – lui aussi en hausse.
*La 4ème édition de l’Observatoire des arrêts de travail, publiée mardi 30 septembre 2025, par le Groupe Apicil en collaboration avec le Groupe JLO, a été réalisée à partir de données objectives de l’année 2024 collectées auprès de 53 000 entreprises, représentant plus d’un million de salariés sur secteur privé en France, ainsi que d’études scientifiques, via la Déclaration sociale nominative (DSN).