Critiquer son manager « n’est pas nouveau », rappelle Ilann Boukais, senior manager chez Robert Walters. « La plupart des collaborateurs ont toujours eu tendance à taper sur leur manager derrière son dos. Mais avant, cela se faisait uniquement dans les couloirs de l’entreprise. Depuis quelques années, ils le font sur les réseaux sociaux. » L’étude* du cabinet RH, publiée en avril 2025, révèle, en effet, que 60 % des professionnels ont déjà parlé de leur entreprise en ligne, tandis que 57 % des entreprises ont déjà eu connaissance de publications sur Internet les concernant. Si l’actualité de l’entreprise arrive en tête (56 %), elle est suivie par le management (32 %), la rémunération (27 %), et le rythme de travail (23 %).
Conséquences ? Le rapport de force entre managers-managés en est profondément bouleversé. Au même titre que les marques employeurs des entreprises de plus en plus écornées. Dans cette étude, 67 % des professionnels interrogés reconnaissent chercher des avis et des témoignages d’actuels et d’anciens salariés avant de rejoindre une entreprise. Plus de 7 salariés sur 10 indiquent que ces différents avis impacteront leur décision d’intégrer (ou non) la dite organisation. Dans un contexte économique où attirer et fidéliser les talents peut s’avérer compliqué, près de 8 entreprises sur 10 sont attentives aux contenus en ligne, tandis qu’une large majorité met en place des dispositifs pour contrôler son image.
Rassurer les managers
En raison de cette frontière extrêmement poreuse entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise, « de nombreux managers sont terrorisés, poursuit Ilann Boukais. Ils redoutent que leurs moindres faits et gestes soient dénoncés sur les réseaux sociaux. Cela participe à décourager certains salariés de devenir managers« . Aussi, pour éviter ce phénomène de « manager bashing » et ses tristes conséquences, il recommande de :
- Sensibiliser les nouveaux collaborateurs au droit du travail : « Ils ont des droits mais aussi des devoirs. Ils ne peuvent pas tout dire sur les réseaux sociaux. Il ne faut pas tomber dans du harcèlement inversé. Il est important de leur rappeler qu’ils peuvent être attaqués juridiquement pour diffamation ou licenciés. »
- Proposer des formations régulières aux managers : « De nombreux managers se retrouvent managers « par accident ». Ils n’ont ni formation, ni reconnaissance de la part de leur direction, et peuvent en devenir toxiques avec leurs équipes de manière involontaire. Il faut les former ! », plaide-t-il.
- Rester en veille et proactif en tant qu’employeur sur les réseaux sociaux afin de réguler les contenus qui circulent : « Les entreprises ne peuvent pas fermer les yeux. Elles doivent se tenir informées de ce qu’il se passe en ligne, et prendre le temps de répondre aux différents avis, surtout négatifs. »
- Soigner autant les arrivées que les départs : « Les salariés sont les meilleurs ambassadeurs d’une entreprise. Si l’entreprise les traite avec respect du début à la fin, ils leur rendront bien », affirme-t-il.
La nouvelle génération d’actifs a grandi dans un monde où « la parole s’est fortement libérée grâce à la démocratisation des outils numériques. Les organisations doivent garder à l’esprit que la Gen Z réinvente les codes du travail, qu’elle a sa propre manière de communiquer. Celles-ci doivent à la fois rassurer leurs managers, et comprendre les nouvelles attentes« , termine Ilann Boukais. Évoluer dans un environnement professionnel transparent et sain est particulièrement plébiscité. Il y a quelques années déjà l’émergence de mouvements e ligne, tels que #balancetonstage, #balancetastartup et #balancetonagence, avaient fait grand bruit et avaient contribué à faire bouger les lignes dans le monde du travail.
*Cette enquête, diffusée par le cabinet de conseil en ressources humaines en avril 2025, a été menée par Flash auprès de plus de 120 entreprises et 350 professionnels au cours du mois de janvier 2025.