Etre soi-même n’a rien d’évident. Surtout au travail où se répand « l’effet costume », en référence aux vêtements professionnels que chacun enfile le matin. Veste, chemise, cravate… Une fois habillé convenablement, chacun se glisse dans un rôle social et adopte les codes associés tout au long de la journée. Au point que 44 % des actifs français ont reconnu avoir une personnalité différente au travail et dans leur vie personnelle, selon l’étude d’Hotels.com, réalisée par OnePoll et publiée en septembre 2026. 22 % des travailleurs indiquent même atténuer leur personnalité dans le cadre professionnel, tandis que 13 % se découvrent plus introvertis qu’à la maison. Autrement dit ? Un collègue qui paraît timide ne l’est pas forcément dans sa vie privée avec ses amis et sa famille.
« Nous avons constaté que les travailleurs peuvent changer de comportement, surtout pendant les voyages d’affaires. Ce contexte hybride, mêlant des habitudes personnelles et professionnelles, est un révélateur de personnalité », a remarqué Xavier Rousselou, porte-parole d’Hotels.com. Une fois le labeur terminé, les fameux vêtements retirés, c’est le phénomène opposé qui intervient : « l’effet coulisse ». C’est-à-dire, le besoin de décompresser immédiatement après le travail pour plus de 50 % des répondants. 38 % affirment laisser le stress au travail, pendant que près de 25 % optent aussitôt pour une vie sans projet établi à l’avance. Ils sont, en effet, dans un environnement plus détendu et rassurant où ils ne craignent plus d’être jugés ou critiqués par leur entourage.
Ces mécanismes reviennent à contrôler son image au travail. « Ce phénomène n’est pas nouveau. C’est même un constat intangible », poursuit-il. Cependant, depuis quelques années, l’écart se creuse entre ce que nous sommes au travail et en dehors. Premièrement, parce que les travailleurs ont davantage conscience de cette dissociation qu’auparavant. Ensuite, parce que l’assouplissement généralisé des normes sociales accroît l’expression des singularités et entraîne un relâchement accru des modes de vie (manière de parler, de s’habiller, baisse des injonctions sociétales, comme le mariage, les enfants, etc.) Ainsi, on vit et on s’exprime plus librement, notamment à l’heure des réseaux sociaux. Et l’on aimerait secrètement qu’il en soit de même au travail.
Une dissociation plus forte chez les jeunes
Ce dédoublement de la personnalité est encore plus marqué chez les jeunes actifs avec un chiffre qui atteint 55 %. Dans la sphère professionnelle, ils sont notamment plus ponctuels, plus autonomes, mieux organisés et soignent davantage leur apparence physique. Un phénomène paradoxal alors qu’ils recherchent, davantage que leurs aînés, l’authenticité, la transparence ou encore la cohérence. « Ils sont en début de carrière, ils ont la volonté de faire leurs preuves. Ils font ce qu’on attend d’eux », explique-t-il.
S’il est parfois nécessaire, le sentiment de dualité intérieure peut entraîner de la dissonance cognitive allant jusqu’à un fort tiraillement entre les différentes parties de sa personnalité. Ce peut être à l’origine d’un mal-être psychique plus ou moins grave. Conscientes de devoir réduire ce fossé entre les préoccupations personnelles et professionnelles des collaborateurs, un nombre grandissant d’entreprises déploient des dispositifs RH en ce sens – si ce n’est, des mesures spécifiques pour chacun.
Cela revient à parler de l’introduction de « l’extime » au travail : autrement dit, l’introduction de sujets personnels sur la table des DRH et des managers. Afin de permettre une meilleure conciliation des temps de vie, et donc des différentes personnalités qui en découlent, les organisations tiennent compte désormais des enjeux de parentalité, de santé physique et mentale, d’aidance, etc.
Contribuer au bon fonctionnement du collectif
Heureusement, les frontières, souvent tenues, entre ces différentes facettes de la personnalité n’entrent pas toujours en contradiction, ni en confrontation. « Elles peuvent être fluides ou complémentaires. Certaines compétences sont transposables d’une sphère à l’autre, du personnel vers le professionnel, et inversement. C’est une très bonne chose », s’exclame le porte-parole.
De plus, ce qui pourrait être qualifié de « masque » ou de « rôle » au travail a une utilité sociale majeure : « Le comportement professionnel engage d’autres personnes que soi. Il engage aussi l’image de l’entreprise », développe-t-il. L’adhésion à certains codes de conduite (implicites ou explicites) favorise le bon fonctionnement d’un collectif. « Le travail reste un lieu où les individus ont des relations contractuelles. C’est un espace régi par un cadre, par certaines règles. Ce cadre a d’ailleurs été récemment clarifié, avec des comportements qui ne sont plus acceptés comme le harcèlement moral et sexuel« , rappelle Xavier Rousselou.
L’adaptation de la personnalité, en fonction des périodes de vie, des situations et des personnes en présence, est une approche logique et rationnelle. « Nos personnalités peuvent être plus ou moins adaptées selon les contextes », termine Xavier Rousselou. Les comportements changent aussi en fonction du degré de motivation ou la qualité de la relation avec le manager. Dans la durée, la maturité, la confiance en soi ou encore la stabilité émotionnelle peuvent aussi être des facteurs qui influencent la personnalité.