Premier constat général : « La différenciation des offres de mutuelle se joue aujourd’hui sur la finesse des garanties et les services associés », observe Benjamin Laurent, directeur de l’offre et de l’expérience client du groupe Klesia. Si les garanties de base sont désormais encadrées, notamment sur l’optique, les mutuelles se distinguent sur d’autres postes : remboursements dentaires, dépassements d’honoraires, médecine douce, forfait hospitalisation… L’objectif ? Proposer une couverture suffisante pour limiter le reste à charge des assurés, sur des dépenses parfois très coûteuses, et permettre à chacun d’accéder à des soins de qualité.
Au-delà du simple remboursement des soins, les mutuelles cherchent ainsi à proposer des services concrets et adaptés aux besoins des salariés. Dans un contexte de tensions sur le pouvoir d’achat, celles-ci deviennent un outil RH à part entière. « La complémentaire santé et la prévoyance sont aujourd’hui des leviers de fidélisation incontournables, tant pour les salariés que pour les dirigeants », rappelle Anne-Sophie Godon-Rensonnet, directrice accompagnement social et prévention en entreprise chez Malakoff Humanis.
Selon l’édition 2024 de l’étude Malakoff Humanis sur la protection sociale dans l’entreprise, une couverture santé de qualité et des avantages sociaux attractifs figurent parmi les attentes prioritaires des salariés. Un avis partagé par 76 % d’entre eux et 70 % des employeurs, qui considèrent la protection sociale comme un élément à part entière de la rémunération globale. Pourtant, seuls 32 % des salariés estiment bénéficier d’une couverture suffisante, preuve que les efforts doivent encore être poursuivis pour mieux répondre aux besoins réels. « Les entreprises veulent faire de leur contrat santé un outil différenciant, qui valorise leur marque employeur », souligne Damien Lanoë, directeur grands comptes chez Aésio Mutuelle.
Dans un contexte d’inflation et d’incertitudes sur l’avenir de l’assurance maladie publique, les salariés se tournent de plus en plus vers leur entreprise. « Ils attendent que leur employeur en fasse davantage, car ils perçoivent que l’État va désengager à l’avenir », analyse Anne-Sophie Godon-Rensonnet. Une attente d’autant plus marquée chez les jeunes actifs, soucieux de concilier éthique, sécurité, qualité de vie, et chez les seniors, plus vulnérables aux aléas de santé.
La prévention au cœur de la QVT
Face à la demande croissante de prévention santé, les mutuelles développent un large éventail de services visant à agir en amont sur la santé globale des collaborateurs, à limiter les arrêts de travail et à améliorer la qualité de vie au travail. Chez Malakoff Humanis, le dispositif « Parcours soin de ville » facilite aux assurés la recherche rapide d’un professionnel de santé disponible à proximité, complété par une plateforme de téléconsultation destinée à pallier la désertification médicale.
Un service également disponible chez Aésio, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et couvrant de nombreuses spécialités médicales. Certaines mutuelles vont même plus loin, avec des interventions de spécialistes ou des animations thématiques autour de la santé des femmes ou des maladies cardiovasculaires. Aésio Mutuelle, par exemple, organise des campagnes de dépistage sur le diabète et l’hypertension, des ateliers dédiés au sommeil, à la nutrition, à la charge mentale, ainsi que des conférences sur des sujets encore trop souvent tabous, comme la ménopause ou l’endométriose.
De son côté, Malakoff Humanis réalise environ 10 000 examens annuels grâce à son dispositif « Mon bilan cardio », un outil concret de prévention. « Si une entreprise souhaite aller plus loin, avec la présence d’un professionnel de santé sur site, nous adaptons notre offre », précise Anne-Sophie Godon-Rensonnet. Le but est clair : faire de la protection sociale un véritable « marqueur de qualité de vie au travail (QVT) et de sécurité pour les salariés et leurs familles », souligne Damien Lanoë. Enfin, l’accompagnement est toujours modulé en fonction des problématiques spécifiques rencontrées par chaque entreprise, selon son secteur d’activité ou sa zone géographique, rappelle-t-il.
Autre volet stratégique : l’accompagnement des salariés en situation de fragilité via des aides sociales personnalisées. Certaines mutuelles proposent des aides financières ponctuelles pour éviter le report ou le renoncement aux soins. Aésio Mutuelle, par exemple, dispose d’un fonds de solidarité permettant la prise en charge de soins ou de cotisations, après analyse des dossiers. En 2024, plus de 2 200 aides ont été attribuées, preuve d’un besoin réel de soutien chez les assurés en situation fragile.
De son côté, Malakoff Humanis consacre, chaque année, plus de 10 millions d’euros à l’accompagnement des assurés confrontés à des accidents de vie : aidance, handicap, maladies graves… L’accompagnement peut aussi prendre la forme de services concrets : aide-ménagère, garde d’enfants, retour d’hospitalisation, accompagnement au deuil… Des prestations ponctuelles qui peuvent constituer un soutien précieux pour les salariés confrontés à des situations personnelles délicates.
L’enjeu de la santé mentale
Sujet longtemps tabou, la santé mentale fait désormais l’objet d’une attention croissante. Deuxième cause d’arrêt de travail derrière les troubles musculo-squelettiques, elle mobilise de nombreuses initiatives. « La nouvelle génération est très attentive à ces sujets », observe Damien Lanoë.
C’est un changement de paradigme majeur dans la relation au travail. Klesia a lancé une offre dédiée, construite autour d’un questionnaire d’auto-évaluation. Selon le niveau de risque détecté, les salariés sont orientés vers des solutions adaptées : programme de méditation, coaching, consultations de psychologues ou psychiatres. « Les premiers retours sont très positifs : cela a permis un retour au travail plus rapide », se félicite Benjamin Laurent.