Equicoaching Talence
Management

Equicoaching : « Le leader ne s’autoproclame pas, le cheval veut des preuves »

Un nombre croissant de dirigeants se tournent vers l'équicoaching pour sonder leur leadership. En fonction de la réaction instinctive du cheval, ils découvrent la nature réelle de leur posture. Et donc, en parallèle, de leur positionnement face à des équipes : sont-ils trop fermes ou pas assez ? Suffisamment reconnaissants ou pas ? Reportage près de Bordeaux, aux côtés de Fanny Oszczeda, directrice à Kedge Business School, à l'origine du programme, de Renaud Subra, fondateur d'Alter Horse, et enfin d'une vingtaine de managers.

Alors qu’une poignée de cadres-dirigeants s’apprêtaient à découvrir l’équicoaching sur le campus de Kedge Business School à Talence (Sud-Ouest) ce jeudi 3 avril, la pluie en a décidé autrement. Direction le centre équestre L’Éperon d’Ornon, à quelques kilomètres de là ! Ils sont fin prêts à découvrir le lien entre équitation, leadership et management. À l’origine, le terme « manager » vient de l’italien « maneggiare » (mener en main). « Le guide va chercher à tirer le meilleur du cheval en lui donnant des consignes, en le laissant trotter en toute autonomie, puis en le félicitant si l’exercice a été bien réalisé. C’est peu ou prou le même phénomène entre un manager et ses équipes », explique Renaud Subra, fondateur d’Alter Horse.

À une différence près : « Le cheval n’obéit qu’aux véritables leaders. Contrairement au monde de l’entreprise, le leader ne s’autoproclame pas, c’est le cheval qui fait le leader. Certains dirigeants se prennent des gifles émotionnelles, car ils s’aperçoivent qu’ils ont peu d’envergure face à un animal aussi puissant », constate Renaud Subra. L’exercice les invite, donc, à adopter une posture humble, dès le départ, face au cheval qui « veut des preuves réelles » de leur leadership. Celui-ci consiste, notamment, à trouver un subtil mélange entre : autorité, confiance et amitié. « La confiance entre le guide et son cheval n’a rien de naturel. C’est un pari ! », note-t-il. Les réactions du cheval, elles, peuvent être diverses : l’approbation (soit l’adhésion en entreprise), la fuite (arrêt maladie), la sidération (burnout), ou encore l’attaque (prud’hommes).

Signature d’un contrat d’authenticité

Lors de ce premier contact, le cheval va scanner instinctivement, grâce aux hormones dégagées par la personne, ses ressources et ses blocages. « Il s’y adaptera de manière immédiate, sans filtre social, poursuit le fondateur. Le cheval est pareil à l’intérieur qu’à l’extérieur, contrairement à l’Homme, qui a besoin de faire société. Si l’être humain sourit, il gagne en crédit social, sinon il en perd. Il a un souci de réputation que le cheval n’a pas. C’est la signature d’un contrat d’authenticité entre les deux parties, sans faux-semblants. »

Ensuite, il s’agit d’ouvrir un canal avec le cheval pour ne pas le prendre par surprise, puis de se connecter émotionnellement à lui. Une fois le lien établi, le guide peut lui demander de réaliser certaines prestations : trotter, accélérer, s’arrêter, faire demi-tour. Il peut aussi le laisser faire des tours dans le manège sans intervenir. « Si on lui demande d’avancer sans cesse, on tombe dans le harcèlement », plaisante Renaud Subra. Le laisser faire, c’est aussi lui offrir la possibilité de faire ses propres propositions. « Comme en entreprise, les équipes peuvent avoir des idées intéressantes que le manager n’a pas eues », commente-t-il. Avant de finalement le remercier, en le caressant, pour lui montrer la gratitude ressentie pour son travail.

Renaud Subra supervise la prise de contact entre une DRH et le cheval.

Crédit photo : Kedge Business School

Cet exercice équestre « nous donne la preuve concrète que les aptitudes relationnelles sont essentielles, et qu’elles ne se décrètent pas. Elles ne peuvent que se vivre et s’apprendre au fil des expériences sur le terrain, témoigne Stéphanie Nadaud, DRH du Crédit Mutuel du Sud-Ouest. Entrer en connexion avec le cheval ne peut pas se faire par la force. Face à un animal comme celui-ci, on sait qu’on a perdu d’avance ! Il faut plutôt se lancer avec l’envie de le découvrir. En commençant par chercher à comprendre qu’est-ce qui va lui donner envie de passer un moment avec nous, puis d’avancer. Quand on a identifié ces leviers, on les active. » Ensuite, il s’agit d’adapter ces leviers à la situation : « Comme les salariés, le cheval n’est pas d’humeur égale. Il faut doser ! Tout passe par l’écoute, mais avec lui, cette écoute se fait par du 100 % ressenti. »

Qui fait bouger qui ?

Et qu’en est-il lorsque les guides sont plusieurs à le diriger ? Magali Baccomo, responsable des ressources humaines chez Vinci Construction, a co-réalisé cet exercice avec deux autres participantes, afin de travailler sur la notion de coopération : « Il a fallu tout de suite s’adapter les unes aux autres pour faire avancer le cheval. C’est très intéressant de trouver le bon positionnement face à un animal qu’on ne contrôle pas, et de voir les effets immédiats de notre posture. Et inversement ! Le cheval aussi nous fait vivre des sensations. Cela nous montre qu’on peut lâcher-prise par moment, et que tout se passe bien. En règle générale, incarner une posture est impalpable, là on le touche du doigt immédiatement et sans tricherie ! »

Le leadership, c’est donc cela : réussir à faire bouger les autres, de l’intérieur et de l’extérieur, en suscitant de l’adhésion. C’est aussi faire bouger le monde, en ayant un impact. Selon Renaud Subra, il s’agit de répondre aux questions : « Qui fait bouger qui ? Est-ce le guide qui recule parce qu’il a peur du cheval ou est-ce le cheval qui avance sous l’impulsion du guide ? Dans le business, c’est pareil : quelle entreprise leader fait bouger les autres ? En interne, qui challenge mon poste parce qu’il est meilleur que moi ? »

Management équestre suite

Le fondateur d’Alter Horse cerne la personnalité de la DRH en fonction de la réaction du cheval.

Crédit photo : Kedge Business School

Dans cette relation équestre, poursuit l’expert des chevaux : « Chaque personne peut trouver ses propres solutions avec l’animal. Mais, cela oblige à rapidement identifier ses faiblesses pour rectifier le tir, et à se dépasser pour le faire bouger, et non l’inverse ! Si le lien est sincère, solide et durable, le guide deviendra la « personne ressource » du cheval en toutes circonstances. » Et Fanny Oszczeda, directrice du pôle développement solutions entreprises à Kedge Business School, de conclure : « Tous les dirigeants qui participent à l’équicoaching observent un véritable avant-après. Ils auraient même envie d’aller plus loin ! »

1 commentaire

  1. Bruno BAILLIACHE

    Pour aller plus loin dans cette exploration, l’attelage de chevaux constitue une étape complémentaire et enrichissante. En complément de l’équicoaching individuel, l’attelage engage une dynamique de groupe, où la coordination, la communication et la confiance mutuelle sont essentielles. Travailler avec un attelage permet de développer des compétences en leadership collaboratif, en gestion de projet et en cohésion d’équipe, en mettant en pratique l’équilibre entre autorité et écoute.​

    En tant qu’organisme de formation certifié, nous proposons des sessions intégrant l’attelage comme outil pédagogique pour renforcer les compétences managériales et relationnelles. Ces actions de formation sont éligibles au Compte Personnel de Formation (CPF).​
    N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations. Bruno Bailliache, Ecole d’attelage La Calèche http://www.att49.com

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