Design universel sphère professionnelle
Entreprise

« Design universel » : un architecte américain a imaginé un monde du travail accessible à tous

Inclure les besoins physiques et cognitifs les plus spécifiques de certains salariés permet d'améliorer les conditions de travail de tous. Explications de Laetitia Vitaud, autrice de "L'atout âge" (Editions Eyrolles).

Au regard des évolutions économiques et démographiques en France, les actifs travailleront plus longtemps. Ils devront donc prendre davantage soin de leur santé tout au long de leur vie active et cohabiter avec d’autres générations. Aussi, généraliser le « design universel » devient un enjeu prépondérant pour les entreprises. « Il devient urgent de repenser l’aménagement des espaces professionnels pour les rendre plus inclusifs, plus confortables et plus durables pour tous », note Laetitia Vitaud.

Le concept de « design universel » (ou « design pour tous ») ne date pas d’aujourd’hui. Il est né dans les années 1980 aux Etats-Unis, sous l’impulsion de l’architecte américain Ronald Mace, fervent défenseur des droits des personnes handicapées. Il a imaginé un aménagement de l’environnement, des objets et des services susceptibles d’être utilisés par tous (peu importe l’âge, les capacités physiques et cognitives, le niveau de fatigue, la sensibilité sensorielle) à tout moment sans nécessiter d’adaptation. D’après Laetitia Vitaud, appliquer les principes du design universel « consiste à créer des espaces et des équipements qui ne soient pas pensés pour une norme : jeune, valide, masculin, mais qui anticipent la diversité des usages. »

Cet aménagement présente en effet l’avantage de ne pas stigmatiser. Pour autant, mettre à disposition des seniors ou des personnes en situation de handicap un bureau ergonomique ne signifie pas qu’il leur est exclusivement réservé. Il est simplement plus confortable pour tous, y compris les jeunes salariés. Le design universel « se fonde sur la pluralité des corps et des rythmes », précise-t-elle. Si la démarche s’adresse en priorité aux utilisateurs les plus exigeants, elle bénéficie à l’ensemble des salariés : « C’est bien là tout l’intérêt de cette démarche ! Elle concerne à la fois le vieillissement et la diversité générationnelle. »

Quelques bonnes pratiques

  • Accessibilité et fluidité des circulations : A l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise, les cheminements doivent être larges, sans obstacle, bien éclairés et clairement signalés. Les changements de niveaux doivent être évités ou compensés par des rampes ou des ascenseurs. Une signalétique avec un bon contraste de couleurs et une typographie claire facilite les déplacements.
  • Confort visuel et auditif : L’éclairage naturel doit être privilégié sans créer d’éblouissement, tandis que les sources lumineuses doivent être modulables. Côté acoustique, l’insonorisation est essentielle : les espaces bruyants, les salles de réunion réverbérantes ou encore les couloirs sans absorbants sont sources de grande fatigue pour tous les salariés.
  • Ergonomie et modularité des postes de travail : Les bureaux doivent être réglables en hauteur, les sièges adaptés à la morphologie de chacun (avec un soutien lombaire, des accoudoirs et des roulettes freinées). Des accessoires comme des repose-pieds, des bras articulés pour écrans, des claviers inclinables ou encore des souris ergonomiques font la différence. Les bureaux assis-debout permettent également d’alterner les postures et de réduire les tensions.
  • Espaces de repos et de récupération : Intégrer des zones calmes avec fauteuils confortables (à assise haute) ainsi que des lumières douces afin de réduire la fatigue et favoriser la concentration. Ces espaces peuvent être utilisés aussi bien pour une micro-sieste que pour une pause silencieuse.
  • Température et qualité de l’air : Installer une bonne ventilation, la possibilité de réguler localement la température, et des plantes dépolluantes, car cela contribue au bien-être physique et mental.
  • Espaces collaboratifs adaptés : Les lieux de réunion, enfin, doivent être pensés pour favoriser les échanges : bonne acoustique, assises confortables, visibilité des interlocuteurs, outils de visioconférence intuitifs, et encore écrans de grande taille avec sous-titrage éventuel.

Pour conclure, adopter les principes du design universel, « c’est préparer l’avenir. Les jeunes salariés d’aujourd’hui seront les seniors de demain. De plus, concevoir des environnements adaptés revient à favoriser l’engagement, la transmission intergénérationnelle, la coopération. C’est faire en sorte que le travail soit plus viable et durable », termine-t-elle. C’est privilégier une culture du soin en entreprise.

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