Des progrès, mais peut mieux faire ! Voilà en substance le message de Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée auprès de la ministre du Travail, chargée de l’Autonomie et du Handicap, lors de Inclusiv‘Day à Paris La Défense Arena, ce mercredi 14 mai. Vingt ans après la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dite « loi handicap », elle affirme qu‘ »elle était très ambitieuse en 2005. Elle a débloqué des choses, permis de belles avancées, mais aujourd’hui, nous ne sommes pas au bout du parcours », a-t-elle regretté devant un public attentif.
Selon elle, l’enjeu fort tourne autour de l’accessibilité. Si, pour l’heure, les conditions d’accessibilité au travail sont encore incomplètes ou imprécises, un décret à venir entend y remédier : « Nous avons laissé beaucoup de temps aux entreprises. Maintenant, ça suffit, il faut que tout soit rendu accessible ! », a-t-elle martelé. Parmi les grands chantiers à entreprendre : rendre accessibles les bureaux de travail des acteurs publics et privés, aménager les postes, ainsi que les infrastructures de mobilité urbaine, développe-t-elle : « Certains bus, par exemple, sont accessibles pour les personnes en situation de handicap, mais pas les abris bus. Certaines actions restent insuffisantes pour optimiser leurs chances d’intégrer le monde du travail. »
Elle rappelle, par ailleurs, l’importance de continuer à déconstruire les représentations négatives autour des personnes en situation de handicap, à former les équipes RH et les managers, à sensibiliser régulièrement les collaborateurs en interne. « Nous devons aider les entreprises, surtout les PME, à se saisir plus facilement des outils et des méthodes existantes, insiste la ministre. Il faut leur montrer que c’est possible, mais aussi souhaitable. Certaines ouvrent la voie. Quant aux autres, celles qui ne sont pas convaincues, qui ont encore du mal, il faut aller les chercher ! Nous ne voulons pas contraindre les entreprises, nous voulons leur donner envie, leur apporter notre soutien. Il faut être dans le pragmatique. »
Responsabilité sociétale des entreprises
Sur le terrain, parmi les « innovations qui aident à lever certaines barrières », poursuit la ministre, on retrouve l’entreprise engagée Kliff par Randstad. Elle œuvre pour recruter et intégrer des personnes en situation de handicap dans des entreprises partout en France. « Plus de 30 % des emplois temporaires se transforment en contrats indéterminés, se félicite Jean-Baptiste Thiercelin, son directeur. 90 à 95 % des handicaps ne nécessitent pas des aménagements de poste. C’est une réalité que les managers et les collaborateurs ne perçoivent pas. C’est seulement en recrutant ces profils qu’ils s’aperçoivent que la très grande majorité sont des personnes compétentes, investies, persévérantes. Elles ont le sens de l’effort et du travail. Elles restent plus longtemps dans l’entreprise, car elles sont loyales. Les chiffres démontrent moins de turnover. Ces entreprises sont les meilleures ambassadrices de l’impact positif de ce type d’embauche. »
Lors des recrutements, certains écueils sont néanmoins à éviter, tient à rappeler Cassandre Laigneau, spécialiste du recrutement des personnes en situation de handicap chez Kliff par Randstad. « Les entretiens commencent de manière classique où nous parlons du parcours du candidat, de son projet professionnel. Nous nous assurons que ses compétences coïncident avec le poste à pourvoir. La seule question, en revanche, qu’il est important de poser, si le candidat ne l’évoque pas de lui-même, c’est s’il a besoin d’un aménagement de poste. Il faut lui décrire le plus précisément possible son futur environnement de travail pour qu’il puisse s’y projeter et savoir s’il sera adapté à ses contraintes personnelles, sans être intrusif. »
Enfin, recruter davantage de personnes en situation de handicap est une chose, les intégrer durablement en entreprise en est une autre. Cassandre Laigneau recommande ainsi l’instauration du dispositif « l’emploi accompagné », dans tous les types de structures, soit la mise à disposition d’un professionnel médico-social en charge de suivre les salariés en situation de handicap, tout au long de leur expérience au sein d’une organisation. Notamment lorsque le handicap physique ou psychique est délicat à appréhender.
Un sujet encore tabou
D’une manière générale, la question du handicap au travail reste encore largement taboue. De nombreux collaborateurs, dont les handicaps sont invisibles, n’en parlent pas à leur employeur. Les cadres sont particulièrement concernés par ce phénomène. « Ils sont seulement 2 % à s’être déclarés, car il y a une crainte très forte autour de possibles répercussions négatives sur leur carrière, leur ascension professionnelle », affirme Jean-Baptiste Thiercelin. Pour lever ce tabou, les entreprises doivent insister davantage sur le confort à gagner : flexibilité des horaires, jours de télétravail supplémentaires, paiement de la mutuelle de santé, mise en relation avec un tuteur qui n’est pas forcément le manager, mise à disposition de matériel spécifique, etc.. « Toutes les mesures ne sont pas coûteuses, elles ne représentent parfois même rien ! À ce jour, 80 % des aménagements sont plus organisationnels que matériels », explique-t-il.
« Tout le monde est concerné de près ou de loin par cette question, termine la ministre du Handicap. La situation de handicap peut être évolutive au cours de la vie. Il est fondamental d’impulser une dynamique positive autour de ce sujet en entreprise. La bienveillance et l’empathie sont porteuses de sens au travail ».
Crédit photo : ministères sociaux / DICOM / Nicolo Revelli Beaumont / Sipas press
Merci pour cet article, je me sen concernée sens par un handicap non visible. Aucun achat complémentaire nécessaire juste me laisser choisir ma place dans un bureau.
Les CV en ligne prévoient cette case RQTH (oui/non) est-ce finalement mieux de dire oui?. Comment cela est traité ?. Je pense vraiment ne pas avoir eu certains jobs (bien payés) car j’avais répondu oui.
Donc je ne sais pas si une étude a été faite sur l’adéquation entre les compétences et le poste obtenu.. cela devrait être intéressant de vérifier s’il y a discrimination ou pas.