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Alessandra Sublet : « Écrire dans l’ombre m’épanouit désormais énormément »

G.O. au Club Med, animatrice star du petit écran, productrice... Alessandra Sublet a toujours suivi son instinct, même quand cela impliquait de prendre des risques ou d’aller à contre-courant. Aujourd’hui, celle qui anime des conférences en entreprise publie son premier roman « Toi que je n’attendais plus » (Robert Laffont). Dans cette interview*, elle se raconte sans filtre, avec lucidité et autodérision. Bien décidée à transmettre une certitude : on peut se réinventer sans se trahir. Et ce, à n’importe quel moment de sa vie !

Quel métier vous faisait rêver quand vous étiez enfant ?

J’ai été danseuse classique en sport-études pendant plus de dix ans. Je pense que j’ai longtemps eu cette envie chevillée au corps. Et puis mon manque de technique et mon mètre 60 m’ont vite fait déchanter ! Donc j’ai abandonné. Je n’ai pas eu ensuite, à l’adolescence, de vocation particulière ou de métier en tête.

Après le bac, vous avez décidé de devenir G.O. au Club Med. Est-ce que ce choix a été dur à assumer ?

Moi, je n’avais pas d’envies particulières. J’ai donc dit à mes parents que je ne voulais pas faire d’études. Ils m’ont alors répondu très librement : « Pas de problème, mais tu gagnes ta vie ! » Comme tous mes amis s’étaient lancés dans des études, notamment de grandes écoles, forcément j’avais l’impression d’être un peu le vilain petit canard. Ce pas de côté à 19 ans – j’ai redoublé ma terminale – était difficile à assumer à l’époque. J’ai très vite ressenti le regard des autres. Et ça, c’est l’histoire de ma vie ! Mais, forcément, quand vous le faites tôt, c’est beaucoup moins compliqué après de choisir votre voie et de faire fi justement du regard des autres. Je me suis éclatée au Club Méditerranée, j’étais G.O. voile, je n’y connaissais rien. J’ai donc appris, et j’ai adoré. Le Club Med, c’est l’école de la vie. On rencontre beaucoup de gens, on se débrouille. Cela a été une expérience très enrichissante pour moi.

Qu’est-ce que vous gardez de vos années à la télévision et à la radio ?

Honnêtement, que du bon ! Finalement, cela a été la continuité du Club Med : j’ai rencontré beaucoup de gens, des gens très intéressants, des romanciers, des acteurs, des chanteurs, des journalistes, des politiques… La culture que je n’ai pas forcément eue via mes études, je l’ai eue avec mon métier.

Comment faisiez-vous pour gérer la pression ?

À mes débuts, il n’y avait pas les réseaux sociaux. Donc, les critiques venaient principalement de la presse, de la radio ou de la télévision. Au départ, c’était assez compliqué. Je ne m’attendais pas à ce qu’on m’attaque comme ça, un peu gratuitement, que ce soit sur le fond ou sur la forme, sur la façon dont je m’exprimais, dont j’étais habillée ou maquillée, tout ça parce que j’exerçais un métier public. J’avais 25 ans. Je me suis vite rodée à l’exercice, et cela a ensuite glissé sur moi ! J’ai rapidement compris que, de toute façon, c’était le jeu. Puis, cela n’a plus été un problème, j’en ai même fait une force : cela m’a challengée. J’ai compris que je ne devais pas mettre mon énergie à essayer de répondre, mais plutôt à montrer que j’allais y arriver. C’est devenu un moteur formidable.

Vous avez produit des émissions et des documentaires : comment vous avez appris à manager ?

Quand je suis arrivée dans ce métier, j’étais animatrice. J’avais un prompteur en face de moi et je déroulais. Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte que c’était aussi intéressant de travailler derrière la caméra que devant. J’ai eu des mentors dans ma carrière : des chefs d’entreprise, des producteurs qui m’ont appris ce métier de manager et j’ai très vite aimé ça. J’ai plutôt l’âme d’un leader. Donc, en fait, cela me paraissait assez naturel d’emmener les gens avec moi et de les tirer vers le haut. J’ai gardé mes équipes très longtemps, jusqu’à pratiquement la fin de ma carrière. La première fois que des ennuis arrivent, vous vous dites que vous n’y arriverez jamais, et puis, au final, vous les dépassez et du coup vous en dépassez encore d’autres. Un peu comme des sauts d’obstacles. Vous pouvez mettre la barre à chaque fois un peu plus haut. La seule question à se poser, c’est quelle est la bonne hauteur pour cette barre afin de remplir votre bocal d’ego et de reconnaissance.

Vous parliez de vos mentors, c’est quoi pour vous un vrai leader ?

C’est une personne qui a compris que, de toute façon, pour réussir, il faut s’entourer. Sans mes équipes, je n’aurais rien pu faire. C’est une personne qui est plutôt altruiste, parce que vous ne pouvez pas passer tous les jours devant les gens avec qui vous travaillez sans leur donner un tout petit peu d’importance, de temps, d’intérêt. Moi, j’ai toujours tenu à savoir qui étaient les gens autour de moi, comment était leur vie. Je passais du temps avec eux et cela aussi m’a enrichie. Je pense également que c’est une personne qui n’a pas peur de prononcer le mot ambition plusieurs fois dans sa carrière. L’ambition, c’est un mot qui a été très galvaudé dans notre pays. Or, c’est un mot très important. L’ambition, c’est avoir une idée et avoir envie qu’elle se concrétise, se donner les moyens pour y parvenir. C’est hyper noble. Ce n’est pas marcher sur les pieds des autres.

Qu’est-ce qui vous a guidée ensuite pour monter seule sur scène ?

Je n’ai jamais eu envie d’être comédienne. Mais, en revanche, quand j’ai décidé d’arrêter mon métier, j’ai commencé à écrire sur le sujet du regard des autres. Plutôt que d’en faire un livre, je me suis dit tiens, et si tu allais à la rencontre des gens ? Le producteur de « C’est Canteloup » étant aussi producteur de théâtre, il m’a dit de lui faire lire ce que j’avais écrit. Sa réaction ? « Sublet, il y a du boulot, mais on va le faire ! » Je ne me suis pas rendu compte une seule seconde de ce vers quoi cela allait m’emmener. La seule chose qui m’importait, c’était de transmettre, d’expliquer aux gens que, quels que soient leurs déboires dans leurs vies personnelle ou professionnelle, ils s’en sortiront. Je veux encourager les gens à suivre leur voie et pas celle du voisin. Moi, j’ai divorcé deux fois. La deuxième fois, j’avais des enfants. C’est compliqué. J’ai aussi écrit un livre sur le baby blues. Personne ne m’avait dit lors de mon premier accouchement qu’il pouvait y avoir une dépression post-partum et j’en ai voulu à la Terre entière. On a commencé cette aventure au Festival d’Avignon, il y a deux ans. On a ensuite passé trois mois à Paris, avant de partir en tournée dans toute la France. C’est fou. Honnêtement, je n’aurais jamais pensé faire cela un jour. Ce n’était pas une vocation, mais entendre et voir la réaction des gens sur ce que vous leur dites, c’est extraordinaire. Je suis hyper fière et très reconnaissante aussi. Quelle aventure !

Vous avez eu plusieurs vies : à quoi reconnaît-on, selon vous, qu’il est temps de tourner une page professionnelle ?

Quand on n’a plus envie. L’aspect financier n’est pas pour moi le moteur principal d’une carrière. Je me suis rendu compte que chaque fois que je n’avais plus envie, il fallait que je change. Oui, je prenais un risque et parfois je me suis plantée. Mais si vous vous bougez, a priori, à un moment donné, cela va payer. Il faut s’en donner les moyens. C’est difficile et cela demande du courage, ainsi que de savoir dire non et de faire des choix. Mais on en est tous capables, quel que soit son milieu socio-culturel d’origine. Je ne suis pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. J’ai grandi dans une banlieue lyonnaise qui n’était pas une jolie banlieue et je pense qu’on peut tous y arriver.

S’accomplir pleinement, cela veut dire quoi pour vous ?

Trouver sa voie. Cela prend du temps, c’est un long chemin. Cela demande aussi de se remettre en question et de travailler sur soi-même. Mais c’est la vraie clé de l’épanouissement : tout faire pour, qu’à un moment donné, on sente qu’on est sur le bon chemin. Je décomplexe tout de suite vos lecteurs, cela prend beaucoup de temps ! Maintenant, à 49 ans, j’en suis absolument convaincue : ce sont les choix que vous ferez qui feront que vous serez épanouis. Mais il y a tellement de gens qui ne font pas de choix…

Quel message aimeriez-vous adresser à celles et ceux qu’on appelle les “seniors” en entreprise ?

Que la reconversion est possible. Elle n’est pas si difficile parce que, finalement, on est beaucoup plus armés qu’à 20 ou 30 ans. On a de l’expérience et cette expérience, même si elle ne vaut pas aux yeux des autres, il faut qu’elle ait aussi de la valeur pour soi. Et c’est à partir du moment où vous prenez confiance en vous que vous pouvez avancer. Donc c’est un message très positif. Je pense qu’aujourd’hui, on est dans une société beaucoup plus ouverte aux changements de vie. Et surtout, on a une vraie valeur, on a une valeur d’expérience, de confiance qui compte énormément et qui je pense est très enrichissante pour une entreprise. Il est possible de se réinventer complètement sans se trahir, en étant vraiment qui on est.

Vous publiez votre premier roman Toi que je n’attendais plus (Robert Laffont). Heureuse ?

Ne me demandez pas pourquoi, je me suis lancée dans cette aventure ! C’est une aventure que j’ai vécue pendant presque un an. Pour être honnête avec vous, c’est génial ! J’espère sincèrement que ça va marcher car j’ai très envie de recommencer. Déjà, quand j’écrivais le seul en scène, je me disais qu’il y avait quelque chose qui me plaisait dans le fait d’être seule avec moi-même en face d’un ordi. C’était là où j’avais envie d’être. Parce que vous pouvez écrire absolument de n’importe où. Et cette liberté-là, elle n’a pas de prix. Ce qui m’a fait quitter mon métier également, c’est la lumière. Il n’y avait plus l’envie, mais aussi plus l’envie d’être vue. Cette lumière ne me manque absolument pas. Écrire dans l’ombre m’épanouit désormais énormément. J’ai besoin de cette intimité. J’adore aller à la rencontre des gens lors de mes conférences en entreprise. Mais, le reste du temps, j’ai ma vie et du temps pour écrire, c’est merveilleux.

Est-ce qu’il y a un mantra qui vous guide dans les moments de doutes ?

Il y en a un que je me répète tout le temps et qui est de moi : « Je n’ai pas de problème avant qu’il arrive. » Lors de mes conférences, je rencontre toujours des gens qui m’expliquent qu’ils sont déjà en train d’anticiper ce qui pourrait arriver. Donc c’est un mantra que je répète très souvent : attachons-nous déjà au présent, le futur viendra bien assez vite ! Il y a un deuxième mantra que j’aime beaucoup, c’est un comportementaliste qui m’en avait parlé à l’époque où j’écrivais le seul en scène : « Le mouvement crée la chance. »  Tant que vous ne bougez pas, rien ne se passe. L’univers vous propose des milliers de possibilités, à vous d’aller les chercher.

Si vous deviez choisir un mot pour résumer votre parcours jusqu’ici, ce serait lequel ?

Atypique ! Mon parcours ne ressemble pas forcément à celui des autres, et tant mieux. Sinon, ma vie serait sans saveur. J’ai toujours été empreinte d’une certaine liberté. Cette indépendance a un prix. Et elle m’a coûté aussi beaucoup. J’ai traversé des épreuves dans ma vie perso et ma vie pro qui m’ont fait du mal, qui m’ont fait souffrir. C’est ce qui m’a construit. J’ai pleuré autant que j’ai ri, et ça c’est important. Il ne faut pas oublier qu’on est la personne avec laquelle on va passer le plus de temps. Et qu’il ne faut pas être trop exigeant avec soi-même, mais apprendre à se lâcher un peu la grappe. On est dans une ère qui met en exergue, notamment sur les réseaux sociaux, la liberté, mais je trouve qu’on est de plus en plus emprisonnés par des injonctions et des croyances limitantes. Donc libérons-nous de tout ça !

Crédit photo : Sarah Chambon.

*Interview à retrouver en intégralité dans le numéro 155 de Courrier Cadres.

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