On parle beaucoup de neurodiversité aujourd’hui, notamment sous l’angle de l’inclusion. Mais on oublie une chose essentielle : les personnes neurodivergentes ne sont pas seulement différentes. Elles apportent au monde de l’entreprise des compétences uniques, des manières de penser originales, et des formes d’intelligence dont le business a cruellement besoin.
Plutôt que de tenter de les faire entrer dans un moule, il est temps de se demander : et si c’était justement leur différence qui les rendait précieuses ? Si, au lieu d’être tolérées, ces singularités devenaient stratégiques et déterminantes ? Si elles permettaient de résoudre des problèmes que les profils « classiques » peinent à régler ?
Neurodivergence et pensée créative – penser autrement, vraiment autrement
Dans un monde qui valorise l’innovation mais peine souvent à en produire, les profils neurodivergents offrent une alternative vivifiante. Leurs cerveaux ne fonctionnent pas « de travers » : ils fonctionnent autrement. Et parfois, c’est précisément ce dont on a besoin.
Un profil TDA/H (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité), par exemple, combine impulsivité créative et capacité d’hyperfocus. Cette alternance entre dispersion d’attention et immersion totale permet de générer des idées neuves, de faire des connexions que d’autres ne voient pas.
La psychologue américaine Bonnie Cramond, du National Research Center on the Gifted and Talented (University of Connecticut), a montré dès 1994 que 50 % des enfants TDAH se situaient dans le tiers supérieur des scores au Torrance Test of Creative Thinking, et 32 % dans le décile supérieur.
En 2006, deux chercheuses, Holly White (Eckerd College) et Priti Shah (University of Michigan), ont confirmé ce lien chez les adultes. Dans leur étude, elles montrent que les participants TDAH obtenaient de meilleurs résultats au test de créativité divergente « Unusual Uses Task », révélant ainsi une pensée associative plus souple et innovante.
Ces travaux montrent que, là où on pourrait voir dispersion ou souci de concentration, se cachent souvent une pensée associative riche, une intuition rapide et une créativité stratégique — des atouts précieux quand il s’agit d’innover, d’anticiper ou de résoudre des défis complexes.
Dans un esprit similaire, le psychiatre américain Edward Hallowell, ancien professeur à Harvard Medical School, a profondément transformé notre regard sur le TDAH. Plutôt que de le considérer comme une pathologie, il parle d’abondance d’attention, pas de déficit. Dans son ouvrage de référence Driven to Distraction (Vintage, 2011), il écrit : « Ce ne sont pas des cerveaux abîmés, ce sont des cerveaux d’explorateurs, curieux, intuitifs, capables de connecter des points que d’autres ignorent. »
Hallowell propose même de remplacer l’acronyme TDAH par VAST, pour Variable Attention Stimulus Trait : un tempérament sensible au changement, réactif au contexte, idéal pour les environnements instables et les défis complexes. Exactement le type de cerveau dont les entreprises ont besoin pour réinventer leurs modèles ou faire face à l’imprévu.
Chez les dyslexiques, on observe souvent une pensée visuelle puissante, une capacité à raisonner globalement, à imaginer des structures complexes — des atouts précieux pour le design, la stratégie ou la data-visualisation. La neuroscientifique Sally Shaywitz, professeure à la Yale University School of Medicine, montre dans son livre Overcoming Dyslexia (Alfred A. Knopf 2003) que les dyslexiques activent plus fortement les régions visuo-spatiales, ce qui les conduit souvent à exceller dans le traitement d’informations visuelles ou globales.
Autrement dit : là où la majorité reproduit ce qui existe déjà, eux imaginent et réinventent. Là où les entreprises déplorent le manque de vision neuve, eux incarnent une pensée en rupture.
Neurodivergence et esprit entrepreneurial
Richard Branson, fondateur de Virgin, quitte l’école à 16 ans. Non seulement sa dyslexie l’empêche d’avoir une scolarité « normale » mais il s’est également lancé dans un projet entrepreneurial en créant un magasine à destination des étudiants (Student). Intéressant pour un profil dyslexique qui par définition a du mal à écrire et à lire. Mais il s’adapte autrement. Il délègue, s’entoure, simplifie ses messages, fait confiance à son intuition. Cette contrainte devient une force. C’est en contournant ses difficultés qu’il développe d’autres qualités : identifier des talents, déléguer, expliquer sa vision, communiquer ses attentes, fédérer et inspirer. En d’autres termes, il devient rapidement un leader.
Une étude menée en 2010 par la professeure Julie Logan de la Cass Business School révèle que 35 % des entrepreneurs interrogés se déclarent dyslexiques, contre seulement 4–10 % dans la population générale.
Cette surreprésentation massive s’accompagne de qualités souvent liées à la dyslexie : facilité à communiquer, compétence à déléguer, résolution de problèmes, perception spatiale — des atouts concrets en contexte entrepreneurial.
Même logique chez Steve Jobs, soupçonné de TDAH. Son génie ne tient pas à des études en marketing mais à sa capacité à connecter l’inattendu, à ressentir ce que veulent les gens avant qu’ils ne le sachent eux-mêmes. C’est cela aussi, entreprendre : capter le désir latent, imaginer ce que personne ne voit encore.
Et puis il y a Erin Brockovich, dont l’histoire a été popularisée grâce au film éponyme, où elle est incarnée par Julia Roberts : une simple assistante juridique qui, sans diplôme de droit, va pourtant mettre au jour l’un des plus grands scandales sanitaires des États-Unis.
Dans la vraie vie comme à l’écran, Erin incarne une forme d’intelligence que l’on ne repère pas toujours dans les écoles… mais qui change le monde. Dyslexique, elle fonctionne par intuition, par images mentales, par ressenti. Là où d’autres voyaient des colonnes de chiffres, elle voyait des motifs, des liens, des signaux faibles. Elle sentait qu’il y avait quelque chose. Et elle a creusé, encore et encore.
Dans une interview récente avec Kate Griggs, fondatrice de Made By Dyslexia, elle explique que sa force, c’était ce que sa mère appelait le stick-to-itiveness — une manière tenace de ne jamais lâcher, même quand tout semble perdu.
Ce que ces parcours racontent c’est que dans un monde saturé d’informations, les profils neurodivergents perçoivent autrement, osent bifurquer ou prendre des raccourcis et savent persévérer. Ils répondent à un vrai besoin du business : inventer, sentir le terrain, désobéir de manière féconde.
Et pour les dirigeants ? La vraie question est : êtes-vous prêt à créer un environnement où ces profils peuvent s’exprimer sans se brider ?
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Leadership sensible – repenser le pouvoir
Les TDAH et autres profils atypiques sont souvent décrits comme « hypersensibles ». Longtemps vu comme une faiblesse, ce trait devient un atout dans un monde où le rapport humain est clé.
Ils ressentent les tensions implicites, captent les signaux faibles, sentent ce qui se joue sous la surface. Ce sont des capteurs précieux pour naviguer dans des environnements politiques, instables ou ambigus.
Leur leadership n’est pas celui de la domination, mais de la connexion. Ils inspirent plutôt qu’ils n’imposent. Ils écoutent, perçoivent, ajustent. C’est un exemple vivant de ce que Valérie Gauthier, professeure à HEC Paris, appelle le « savoir-relier » (Le Savoir-Relier, Eyrolles, 2014) : l’art de combiner empathie, lucidité et courage pour agir avec justesse. Une forme d’intelligence relationnelle qui peut transformer en profondeur la manière de manager.
Ce concept s’inscrit parfaitement dans la dynamique des profils neuro-atypiques : ils ne dirigent pas contre, mais avec — une posture de plus en plus essentielle à l’heure du désengagement généralisé.
Pour les entreprises, il y a là une réponse concrète à un problème bien réel : comment réengager des équipes en perte de sens, comment redonner une place à l’humain dans un monde de KPIs ?
Neurodivergence ne rime pas avec faiblesse. Elle rime avec singularité. Et dans un monde professionnel en quête d’agilité, d’audace, de lien et d’impact… cette singularité est une richesse réelle, tangible et prometteuse.
Les profils neurodivergents nous obligent à sortir des standards, à penser différemment, à manager autrement. Ils nous confrontent à notre paresse structurelle. Ils nous offrent un aperçu d’un futur où l’intelligence ne sera pas seulement celle des algorithmes et de l’IA, mais celle des humains capables de sentir, relier, inventer.
Comme le dit Sabrina Menasria, fondatrice de Singularity, une agence spécialisée dans le management des talents neuroatypiques, « la neurodiversité est à l’humanité ce que la biodiversité est à la nature, un éventail de cerveaux différents qui font la richesse de nos interactions ».
Et ne nous trompons pas, il ne s’agit pas de corriger ces profils, mais de faire évoluer un système qui a échoué à les valoriser.
Et si, demain, l’avantage compétitif, c’était eux ?
J’ aimerais exceller dans plein de domaine car j’ ai cette capacité a faire des liens avec énormément de choses,de sujets.
Et autres forces …..
Depuis pas très longtemps.
je sais mon HPI ou plus…!
Mon TDAH.,..!
Et plus si affinités…!