Comment favoriser la neurodiversité en entreprise ?
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Comment favoriser la neurodiversité en entreprise ?

Cet article est issu du dossier "Handicap et travail : vers une culture plus inclusive ?"

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Elle concerne 20 % de la population, mais reste encore taboue en entreprise. Pourtant, tout manager est confronté à la neurodivergence. Avoir des collaborateurs qui pensent, raisonnent différemment, est une incroyable source de richesse et d’innovation. À condition de bien les accompagner et de sortir des stéréotypes.

“J’ai découvert que j’étais HPI quand ma fille, un jour, m’a avoué qu’elle se sentait en décalage avec les autres et m’a demandé si je pouvais l’accompagner pour passer le test. Àl’écoute des résultats, je me suis complètement reconnue !, raconte Violaine, 50 ans, cadre dans une banque. J’ai moi-même passé le test qui a confirmé que j’étais haut potentiel. J’ai décidé d’en parler à mes collègues et ma manager. Je raisonne différemment, plus rapidement, je vois souvent les solutions avant les autres. Je sais que cela peut agacer. Mais parfois, aussi, je vais trop vite et je me trompe ! En avoir conscience et en parler en équipe nous a aidés à mieux nous comprendre.”

Les HPI, ou haut potentiels intellectuels (ils possèdent un quotient intellectuel supérieur à 130), représentent 2,3 % de la population française et font partie des personnes neuroatypiques ou neurodivergentes. “80 % des gens sont neurotypiques, ce qui signifie qu’ils n’ont pas de spécificité cognitive ou de troubles particuliers, avance Mélodie Ardouin, speaker, autrice et coach certifiée, créatrice du podcast Les Atypiques du Cerveau. 20 % ont une différence invisible, parfois inconnue d’eux-mêmes et vont rencontrer des difficultés cognitives, qui peuvent relever ou non d’un trouble ou d’un handicap.”

Comme un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), un TSA (trouble du spectre de l’autisme), des troubles dys (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysgraphie, dysphasie…) Si les HPI sont sur le devant de la scène depuis quelques années, la neurodivergence, elle, reste encore taboue en entreprise. “Pourtant, un manager de proximité qui encadre cinq personnes a statistiquement une personne neuroatypique dans son équipe !”, s’exclame Mélodie Ardouin qui est la fondatrice des Z’Atypiques pour l’ERG au sein du Groupe Orange et a également co-créé le Collectif des Réseaux de Diversité Cognitive au Travail. D’où l’importance d’apprendre à connaître ces différences pour mieux accompagner ses collaborateurs.

Des atouts trop souvent sous-estimés

Une particularité des personnes neuroatypiques ? Leur pensée complexe arborescente, selon Christel Petitcollin, conseil et formatrice en communication et développement personnel, conférencière et auteure de Je pense trop ! (Guy Trédaniel) : “Ils ont un raisonnement en toile d’araignée. Ils font des hors sujets qui pour eux n’en sont pas, car ils sont connectés à autre chose. Cette forme de pensée les rend très créatifs et performants pour un poste autonome, transversal.”

Autre atout : les neurodivergents voient très loin. Parfois trop. “Ils peuvent passer pour des provocateurs, ajoute-t-elle, car ils posent des questions qui donnent l’impression qu’ils tentent de prendre leur chef en défaut : ‘Pourquoi me demandes-tu de faire ça ? Où va-t-on ?’ Leur plus gros besoin, c’est d’avoir un travail porteur de sens et une vision globale. Souvent, en entreprise, on ne demande pas aux gens de réfléchir si loin.”

Une bonne pratique pour la psychothérapeute ? S’inspirer de la stratégie Walt Disney. Cette méthode propose d’explorer un projet, une idée, sous trois angles de vue : le rêveur, le réaliste et le critique. “C’est les inviter à utiliser leur esprit créatif de manière constructive”, commente-t-elle. Avec leur façon unique de penser, les personnes neurodivergentes abordent les problèmes de façon différente. Pour Mélodie Ardouin, “cela permet un pas de côté, une pensée ‘out of the box’, qui a de l’intérêt en termes d’innovation.”

Des besoins spécifiques

Seulement, beaucoup de personnes neurodivergentes, par crainte d’être jugées, stigmatisées, voire mises à l’écart, cachent leur différence, se suradaptent pour rester dans la “norme”. Et leur quotidien de travail, non adapté à leur différence, peut devenir un enfer. “Quand on n’est pas neurodivergent, on ne réalise pas que le ronflement de la clim ou le brouhaha dans l’open space peut prendre la tête à devenir dingue”, déplore Christel Peticollin. Autre particularité des neurodivergents : leur hypersensibilité, qu’elle soit émotionnelle ou sensorielle. “Le bruit, le mouvement, la lumière agressive, la chaleur, la clim, les conversations des autres… Tout cela les épuise. Tout raisonne plus fort, comme un cristal.”, résume-t-elle.

Selon Mélanie Ardouin, “cela peut être douloureux au point de ne pas pouvoir être performant. Le rôle d’une entreprise, c’est de s’assurer que chaque employé puisse donner le meilleur de lui-même. Il est temps pour elles de s’interroger : comment devenir plus inclusives ? Quel environnement créer pour mieux accompagner les neuroatypiques ? C’est comme cela que ces personnes pourront se révéler.”

Respecter le fonctionnement de chacun

Première étape vers la neuroinclusion : questionner ses propres biais. “On a parfois tendance à oublier que les autres ont des besoins différents des nôtres. Demandez à vos collaborateurs quels sont leurs canaux de communication préférés et de quelle façon ils préfèrent fonctionner, conseille Mélodie Ardouin. Si l’on exige de longs mails de quelqu’un qui n’est pas à l’aise avec l’écriture, cela risque de le stresser. Certains vont aussi préférer un planning très détaillé quand d’autres auront juste besoin d’une deadline pour rendre le travail à l’heure.” Cette ouverture à l’autre devrait être au cœur de la formation des managers, s’accordent nos deux expertes. “On considère trop souvent les gens différents comme dysfonctionnant, poursuit Christel Petitcollin.

Un neuroatypique ne peut rien à son hypersensibilité, il s’agit de lui aménager un poste pour qu’il puisse être au calme. Le rôle du manager, c’est ensuite d’expliquer aux autres. On vit mieux la différence quand on la connaît et qu’elle est comprise.” Se sensibiliser à ces questions, parler du sujet pour montrer qu’il n’est pas tabou, sortir des stéréotypes et respecter le fonctionnement de chacun sont autant de pratiques managériales qui peuvent faire la différence. Et un point de départ pour s’interroger soi-même sur son propre fonctionnement. Car, un manager lui-même peut être neuroatypique. “Un manager plus rapide que son équipe et qui la pousse sans cesse peut générer des burn-out sans s’en rendre forcément compte”, prévient Mélodie Ardouin. Et vous, comment fonctionnez-vous ?

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