L’admiration d’un manager charismatique au travail. Beaucoup en rêvent, peu le vivent ! Ce sentiment agréable est un subtil mélange entre la surprise, l’étonnement et la connaissance. D’après l’ITEM (CNRS/ENS), « être surpris, c’est percevoir une divergence entre ce que l’on croyait savoir et l’état actuel du monde (…) La surprise signale l’existence de divers états de croyances, mais surtout leur dépassement, leur péremption dans la conscience d’un sujet. La surprise manifeste la nécessité d’un réajustement du savoir. »
À travers cette définition académique, il est aisé de comprendre le rôle important que peut jouer ce sentiment dans une relation managériale. « L’admiration, c’est le désir de connaître autre chose que soi-même. En faisant comme son manager, en grandissant à ses côtés, car nous estimons qu’il / elle a des qualités que nous aimerions avoir, ou bien, qu’elles sont enfouies quelque part en nous, mais n’ont pas encore été révélées par autrui », explique Gaelle Blanchard-Leclère, fondatrice d’OZALEE conseil.
En d’autres termes ? L’admiration amène le salarié à opérer un décentrage physique et / ou psychique de sa propre personne afin de s’intéresser plus attentivement à son manager. Cela va créer « un mouvement, soit un véritable moteur de développement » en entreprise, poursuit la psychologue du travail. L’ITEM précise, par ailleurs, qu’« il est d’autant plus facile de se rappeler de faits nouveaux que leur apprentissage s’est accompagné d’un certain degré d’émotion ». Cet enseignement laisse à penser qu’il est préférable de tisser un lien émotionnel avec son manager, plutôt qu’instaurer une relation dépourvue d’émotions.
L’admiration, facette à deux visages
Cependant, il semblerait que l’admiration soit une denrée rare en entreprise. Pire ! Elle peut s’avérer dangereuse à trop forte dose, notamment lorsqu’elle frôle la fascination. « Le premier risque est de perdre de vue ses propres désirs, de s’oublier, d’être conduit au mauvais endroit », souligne l’experte en psychologie. L’autre risque, c’est que « la perception du manager, mis sur un piédestal, peut s’effondrer soudainement et brutalement. Si celui-ci commet le moindre écart, comme un petit mensonge auprès de ses équipes, ou une non augmentation salariale après l’atteinte d’objectifs, la déception provoquée sera exacerbée. Le salarié risque de basculer dans des sentiments opposés : haine, tristesse, regret, etc. »
D’après l’experte, il est ensuite difficile de faire marche arrière. « La déception complexifie la relation manager-managé. Elle entraîne des freins, des résistances. Il sera plus délicat pour le manager de tirer le meilleur de son collaborateur, et inversement. » La psychologue recommande ainsi de dialoguer et partager afin d’échanger ouvertement sur les points qui ont pu amener à ces crispations relationnelles.
Afin d’éviter à cette situation d’advenir, la responsabilité est double. D’une part, « le manager ne doit pas entretenir cette trop forte admiration » auprès d’un ou plusieurs membres de son équipe. Concrètement ? Il ne doit pas rester dans une « posture insaisissable, de hauteur. » D’autre part, les salariés doivent toujours garder « leur esprit critique et leur liberté. Ils doivent se rappeler régulièrement que leur manager est un être humain, avec des imperfections, des faiblesses. » Aussi, d’un côté comme de l’autre, il s’agit de sortir de l’illusion d’une relation managériale parfaite, et « de faire véritablement rencontre, de créer du lien social. »
Selon elle, si le manager est « humain », il inspirera davantage, plus longtemps, et plus massivement. L’adhésion à son style managérial ne viendra pas seulement d’une poignée d’individus, mais fera quasi l’unanimité. « Il deviendra un leader puissant, un vrai meneur d’hommes et de femmes. » Gaelle Blanchard-Leclère préfère parler d’inspiration : « C’est un juste équilibre entre l’indifférence et l’admiration. Inspirer est sain et durable, tandis que susciter de l’admiration est éphémère et décevant. Si le manager est perçu comme respectueux, à l’écoute, capable de tenir compte des besoins des autres, ce sera déjà bien ! »