Pour le moment, l’intelligence artificielle (IA) ne répond pas à sa promesse initiale : celle de faire gagner du temps aux managers au quotidien ! Début 2025, une étude – menée par Lecko – a en effet démontré que leur rythme de travail* n’avait pas été allégé de manière significative avec des outils tels que Microsoft Copilot ou Gemini de Google. Lors de leur déploiement, les managers avaient pourtant été formés dans le but de les utiliser efficacement. « Ce bilan est regrettable, car c’est la population d’actifs qui en a le plus besoin. C’est celle qui, aujourd’hui, a le plus de mal à faire contenir toutes ses tâches dans son agenda », commente Arnaud Rayrole, fondateur de Lecko, cabinet de conseil en transformation digitale.
Selon lui, ce nouvel outil numérique n’est pas encore suffisamment développé pour « se substituer à leur cœur d’activité. Pour leur faire gagner du temps, il faudrait que l’IA soit en mesure de réaliser certaines missions à leur place, qu’elle puisse proposer de nouvelles idées, méthodologies, basées sur de précédentes données. Les managers sont capables de le faire, mais l’IA leur permettrait de le faire mieux et plus vite. Ce n’est toujours pas le cas ! Pour le moment, les réponses apportées sont trop banales, trop imprécises. »
D’après l’étude, l’IA présente toutefois une utilité indéniable dans le quotidien des managers. Cet outil leur apporte notamment : plus de confort (réalisation de tâches rébarbatives, comme la synthèse de documents volumineux), ainsi que davantage de renfort (compréhension rapide de données complexes, ou encore, aide à la rédaction de documents fastidieux).
Éviter les effets rebonds
Dans les années à venir, afin de véritablement faire gagner du temps aux managers, les entreprises devront aussi réfléchir à une stratégie visant, d’abord, à identifier les problèmes organisationnels de la structure. L’intégration de l’IA, et son usage, permettront ensuite de les résoudre. Celle-ci viendra compléter intelligemment le panel d’autres outils numériques à disposition des équipes. « L’IA apportera une vraie valeur ajoutée uniquement si elle est mise au service de la résolution de problèmes identifiés. Il s’agit donc d’analyser la situation avec objectivité, tout en continuant à explorer les possibilités de l’IA, à suivre ses évolutions rapides. Ce serait une erreur de passer à côté d’une telle avancée », assure le dirigeant.
Par ailleurs, toujours dans l’optique de faire gagner du temps aux managers, il sera fondamental que « le temps dégagé par l’IA ne soit pas remplacé par de nouvelles tâches. L’effet rebond serait que des réunions, par exemple, soient remplacées par d’autres réunions« , prévient Arnaud Rayrole. L’autre effet rebond majeur pourrait être de multiplier les outils numériques, sans en proposer une meilleure gestion, et ainsi alimenter le phénomène d’hyperconnexion. « Les informations sont émiettées un peu partout, les managers sont interrompus en permanence par des notifications, et par un sentiment d’urgence« , détaille-t-il.
Enfin, l’entreprise devra continuer de former les managers à un usage responsable de l’IA, ainsi que rappeler l’importance de s’octroyer des temps de récupération, affirme-t-il : « Les organisations doivent davantage percevoir leurs managers comme des sportifs de haut niveau, plutôt que comme des ministres. Leur emplois du temps n’a pas besoin d’être surchargé. Les temps libérés par l’IA devront être sanctuarisés. »
Pour conclure, récapitule le spécialiste en transformation digitale, il ne faut (et ne faudra) pas « avoir la faiblesse ou la naïveté d’esprit de penser que l’IA sera une solution à tous les problèmes classiques que peut rencontrer une entreprise, comme le trop plein de réunions, sans avoir réfléchi à une véritable stratégie ! »
*L’étude menée par Lecko, en janvier 2025, précise que par « rythme de travail », elle entend : les jours de travail à débordement (heures supplémentaires), le volume de réunions, les actions multitâches pendant les réunions, ainsi que les temps de récupération entre celles-ci. »