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Salariés et leaders augmentés ? Trouver sa place avec l’IA

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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Plusieurs publicités récentes présentent l'IA sous les traits d'humains, aimables, patients, facilement accessibles, toujours disponibles et qui savent répondre à tout ! Que ce soit pour mettre en garde contre des dérives possibles d'un recours aveugle à l'IA ou pour vanter les mérites d'un logiciel augmenté par elle qui agirait comme le ferait un « nouveau collaborateur », l'effet induit est le même : une comparaison implicite s'installe pour les collaborateurs et dirigeants, suivie d'une question : « Quelle place prendre à côté de l'IA et comment ne pas se comparer à cette IA surdouée qui pourrait tout ? »

L’enjeu, de facto, serait désormais de savoir affirmer sa valeur ajoutée humaine dans un contexte où la connaissance et la rapidité d’exécution sont survalorisées – et nous impose donc un retard sur la ligne de départ. Et surtout, de trouver le courage de continuer de penser par soi-même quand la réussite semble si facile et si fulgurante avec l’aide d’un prompt génial et d’un clic.

Un tournant dans notre rapport à la connaissance

Nous sommes en effet à un tournant. L’IA s’est suffisamment installée dans nos vies pour transformer profondément nos habitudes, mais pas encore assez pour que nous soyons certains de l’issue des explorations. Ce d’autant que la course à l’accélération et à la vitesse d’adoption permanente -pour ne rien perdre des possibles qui s’ouvrent devant nous- peut nous faire perdre de vue l’objectif de pertinence et de durabilité des choix posés, ou nous conduire à sous-estimer leurs conséquences à plus long terme sur la pérennité de nos entreprises et plus largement de nos sociétés.

La clé de la réussite durable de nos organisations réside pourtant dans leur capacité à réussir à faire cohabiter cette base de connaissances infinie, mobilisable instantanément selon des critères de recherche définis, et des humains qui continuent d’exercer assidument leur esprit critique pour faire bon usage de cette connaissance infinie et augmenter leur capacité à prendre les bonnes décisions et à innover – plutôt que de l’anesthésier ?

Ainsi, l’omniprésence de l’IA dans nos écosystèmes et la facilité d’un recours permanent à l’IA pour trouver les informations que nous cherchons et faire à notre place un certain nombre de tâches – officiellement pour nous dégager du temps-, nous fait courir le risque de la laisser penser à notre place. Cet usage permanent pourrait même, comme le soulignent certains chercheurs en neurosciences, endormir voire altérer notre capacité de penser par nous-même, rendre notre cerveau paresseux. A minima, cela pourrait nous faire perdre l’habitude de prendre le recul nécessaire avant d’appliquer ce qui nous est proposé. Et c’est là le danger.

Aller plus vite… sans perdre la valeur humaine

Pour les leaders et les entreprises d’aujourd’hui, il est essentiel d’aller vite -plus vite que le concurrent- dans l’espoir d’actualiser les premiers les possibles gigantesques ouverts par l’IA, notamment dans le domaine de la recherche, de la médecine -et dans tous les domaines dans lesquels la masse de données peut permettre des projections ou des interprétations d’une précision jamais atteinte lorsqu’elle est synthétisée, digérée, orientée pour donner des diagnostics individuels ou des pistes d’exploration à l’échelle plus rapide et plus efficace.

Paradoxalement, il est tout aussi crucial pour ces mêmes leaders et entreprises de savoir retrouver – et consolider- la valeur ajoutée unique de l’humain, le facteur différenciant le plus essentiel : Cette capacité à innover, créer de nouveaux possibles, à penser hors du cadre, et à faire arriver ce à quoi personne n’avait jamais pensé avant. L’intuition, l’inspiration, la capacité à transposer des observations ou avancées d’un domaine à un autre, ce génie humain -peu importe le nom qu’on lui donne- doit être reconnu et cultivé. Le Post-It, la tarte Tatin, la pénicilline et beaucoup d’autres découvertes dans de nombreux domaines sont le fruit « d’erreurs qui ont bien tourné » parce qu’une personne a su exercer son esprit critique et s’autoriser à regarder autrement pour reconnaître la découverte.

Cultiver le génie humain à l’ère de l’IA

L’IA n’aurait pas pu faire ces disruptions par elle-même. Elle peut nous accompagner dans notre réflexion, nous donner des exemples passés, extraits de l’ensemble des connaissances en physique, chimie, sciences comportementales, etc. qu’elle active et desquelles elle déduit selon le prompt que nous lui envoyons. Mais elle ne peut pas faire, seule, sans que nous lui demandions de le faire, le parallèle entre un domaine de notre vie et un autre.

C’est donc précisément cette capacité à questionner, à penser hors du cadre, à pousser plus loin l’investigation évidente, notre capacité à faire des liens entre des choses qui ne semblent rien avoir en commun et cette capacité à transformer une erreur en invention, une contrainte en opportunité, une crise en ouverture sur de nouveaux possibles, qu’il nous est essentiel de garder, de cultiver.

La connaissance est utile et ouvre des possibles, mais c’est bien ce que nous en faisons qui fait la différence. Ne l’oublons pas et cultivons cette différence essentielle, notre génie humain.

Des questions à se poser pour prolonger la réflexion

  • Quelle routine pouvez-vous mettre en place, avec votre équipe, pour que chacun prépare ses dialogues avec l’IA de manière appropriée pour en faire le meilleur usage ? Avez-vous organisé des formations ? et prenez-vous régulièrement le temps d’en échanger en équipe ?
  • Quels « check-points » avez-vous co-construits avec vos collaborateurs de sorte que les résultats obtenus soient bien ceux d’un « humain augmenté » et non d’une « IA only » ?
  • Comment cultivez-vous l’esprit critique et le « génie humain » de vos collaborateurs ?

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