Une phase des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 est passée inaperçue et pourtant, elle est significative des savoir-faire apparus dans la filière événementielle ces dernières années. Au lendemain des épreuves, le démontage de treize des sites de compétition a donné lieu à la collecte de plus de 230 tonnes de matériaux par l’entreprise Muto Events. Celle-ci les a ensuite redistribués à cinquante-huit structures de l’économie solidaire, partout en France. Encore minoritaire, la pratique du réemploi des éléments de décor, de stand ou de signalétique n’attend qu’une chose : se démocratiser plus largement. Et ce n’est qu’un exemple des possibilités actuelles d’intégration des principes de la RSE dans les évènements.
La période, cependant, n’y est pas des plus favorables. L’addition de l’incertitude économique et du contexte géopolitique mondial pèse depuis des mois sur le marché événementiel. « La période est tendue, et certains clients ralentissent sur le sujet de la RSE, convient Nicolas Turpin, fondateur de l’agence Eko, positionnée sur l’éco-responsabilité. Mais d’autres, en réaction au climat ambiant, approfondissent au contraire leur démarche d’écoconception et de décarbonation. »
Par ailleurs vice-président de l’association d’agences Lévénement, en charge des transitions et de l’impact, il souligne combien « la profession avance unie sur ces questions qui restent en haut de l’ordre du jour. » Le nombre d’agences de communication événementielle certifiées ISO 20121 a considérablement augmenté en cinq ans, et certaines dédient maintenant un poste à la RSE. Nommée à cette fonction l’année dernière au sein de MCI France, Virim Somm observe que « seule une minorité de clients a des exigences en la matière, mais avec une recherche de plans d’action et de décarbonation qui va loin. Il y a une véritable évolution, qui pousse à chercher des solutions. »
Réduire l’impact des événements
Des solutions, c’est précisément ce que réunissait le salon Objectif Green, les 13 et 14 mai derniers à Paris, à travers des exposants présents aux différentes étapes de la chaîne de valeur événementielle et un programme de conférences. « Le but est de permettre aux visiteurs de réduire l’impact de leurs événements, de leur faire gagner du temps et de les aider à monter en compétences. Certains organisateurs ont déjà développé de bonnes pratiques. Mais une majorité a encore beaucoup à apprendre », estime Pascal Maillet, fondateur du salon dont c’était la seconde édition. Avec quatre-vingts exposants et 2 100 visiteurs, ce dernier n’a pas fait le plein cette année, mais mise sur la qualité et la satisfaction des visiteurs.
Condition sine qua non pour que les pratiques évoluent, de nombreux prestataires se sont adaptés et ont développé des propositions permettant d’agir concrètement. Même si l’offre doit encore progresser, elle permet de disposer d’alternatives pour différents budgets et tailles de groupe, avec des options inspirantes. Ainsi, le nombre d’hébergements éco-labellisés Clef Verte a fait un bond, avec 45 % d’établissements de plus en 2025, et cette croissance à deux chiffres s’observe pour la cinquième année de suite. La région Île-de-France, en particulier, affiche 438 hébergements Clef Verte, en hausse de 82 %, avec un fort effet JOP 2024, mais pas uniquement. Ainsi, Center Parcs vient juste d’inaugurer l’extension de son Domaine Villages Nature, à 30 minutes de Paris, avec 193 nouveaux cottages et une quadruple certification ISO 14001 et 50001, Clef Verte et UNSDG. Ce positionnement sur le tourisme durable passe par une consommation énergétique réduite et un soutien actif à la biodiversité.
Les possibilités s’étoffent d’autre part en matière de séminaires. Dans la vallée de Chevreuse, par exemple, les organisateurs peuvent opter pour le Château Regen’ Ronqueux, géré par Châteauform’ avec l’ambition d’atteindre l’expérience la plus responsable possible. Sur place, vingt-deux tonnes de légumes et de fruits sont produites par an grâce à une serre alimentant le château et d’autres maisons du groupe. Non loin de là, le site Hectar se démarque avec une proposition originale. Les séminaires y sont plongés dans une ferme pilote de 600 hectares, dont l’objectif est d’accompagner la transition agricole à travers l’expérimentation et la formation. Une activité est proposée aux groupes d’entreprise pour se mettre dans la peau d’un agriculteur planifiant l’adaptation au climat de son activité.
Entre deux possibilités, l’arbitrage n’est pas toujours simple. Pour cela, les entreprises peuvent s’appuyer sur l’évaluation des émissions carbone. Selon l’étude MICE, publiée par Coach Omnium et le Groupe 1001 Salles, réalisée en début d’année, 35 % des organisateurs réalisent en effet un bilan carbone dans le cadre de leurs événements. Mais seuls 8 % le font de façon systématique, ce qui laisse à l’avenir une belle marge de progression à l’adoption des calculateurs carbone.