Les managers passent une part considérable de leur temps en réunion : points individuels, réunions hebdomadaires, réunions d’équipe, comités projet, réunions siège, réunions site, réunions RH, Copil, Comop, Codir, Comex… la liste est longue. Et plus les responsabilités augmentent, plus les réunions se multiplient. Pour des leaders, cela représente des dizaines de milliers d’heures, des années de vie !
Alors, comment un leader peut-il vraiment profiter de ces moments pour décider avec clarté, engager son équipe et accélérer l’exécution des projets ? Quatre rituels clés : démarrer par une question pour capter les signaux faibles, demander à chacun de partager une objection à la décision prise, instaurer la réunion mensuelle « les erreurs du mois », bannir le « On » et le remplacer par un vrai plan d’action.
Dans le royaume des organisations …
Dans le royaume des organisations, les réunions sont une monnaie invisible. Certains leaders en font un véritable levier de leadership, d’autres n’y voient qu’un simple rendez-vous de plus. Certains les investissent avec soin, d’autres les suppriment, persuadés d’avoir gagné du temps. C’est ainsi que se joue la valorisation de cette monnaie.
Il est 8 h 58. Les réunions démarrent. Les salles s’animent. Je passe de salle en salle.
Démarrer par une question pour capter les signaux faibles
Dans la première salle, Vincent, le manager, a démarré la réunion par un tour de table organisé autour d’une question clé : « Qu’est-ce qui occupe le plus votre esprit aujourd’hui ? »
Les collaborateurs partagent un incident, un projet sensible, une difficulté opérationnelle, un arbitrage à venir, un signal client, une tension d’équipe. Le manager obtient en quelques minutes ce qu’aucun reporting ne donne : l’état réel du terrain et de ses collaborateurs.
Vincent écoute, il invite à parler et distribue la parole en s’assurant que chaque personne participe. Les signaux faibles remontent avant qu’ils ne deviennent des problèmes. Les collaborateurs se sentent écoutés. L’équipe devient plus soudée. Et il gagne du temps là où cela compte vraiment : moins de décisions prises sur des angles morts, moins de retours en arrière, plus d’adhésion à l’exécution.
Vous voulez capter les signaux ? Posez cette question en démarrage de réunion par un tour de table organisé : « Qu’est-ce qui occupe le plus votre esprit aujourd’hui ? ». Et surtout, écoutez bien.
À lire aussi
Épisode 21 – Je n’en peux plus des réunions !
Faire émerger les objections pour décider avec plus de clarté
Dans la deuxième salle, l’ambiance est tendue. La semaine a été dense et Tania, la responsable, communique rapidement ce matin à l’équipe une décision qu’elle a prise. L’équipe acquiesce en surface. Je vois bien que Lucien n’est pas convaincu, mais hésite à le dire. Sophie aussi voit un risque, mais pense qu’elle ne sera pas entendue. D’autres ont des réserves, mais attendent que quelqu’un ose parler en premier. Les objections restent silencieuses.
Oseront-ils partager leurs arguments pour que la bonne décision soit prise ? Et surtout, Tania, est-elle prête à les entendre et à les accueillir constructivement ?
Je propose à chacun de partager un argument en faveur de la décision et une objection ou un risque à considérer, obligatoirement un de chaque. Au début, plusieurs étaient réticents, mais la responsable a appuyé ma démarche. Et là, la parole se libère.
Ce cadre a changé la dynamique. L’objection n’est plus perçue comme une opposition personnelle. Elle devient une contribution à la qualité de la décision. Un manager peut chercher l’accord rapide, ou il peut créer les conditions d’un désaccord utile. Une équipe qui peut challenger une décision avant sa mise en œuvre évite souvent de devoir la réparer plus tard.
Vous voulez prendre des décisions éclairées ? Invitez vos collaborateurs et vos pairs à vous challenger en demandant à chacun et chacune de partager un argument en faveur de la décision et une objection à la décision ou un risque.
Instaurer une réunion mensuelle autour des erreurs et des apprentissages
Dans la troisième salle, une réunion mensuelle au format très spécial, a lieu. C’est la réunion la plus attendue du mois. Chaque personne y partage un échec, une difficulté ou une situation qui ne s’est pas passée comme prévu : une décision mal calibrée, une erreur technique, une mauvaise estimation, une réaction regrettée, une réunion inefficace, un arbitrage trop tardif. Et puis, chacun répond à la question : Qu’avons-nous appris ?
L’objectif est de comprendre ce que l’équipe apprend et ce qu’elle ajuste. Par ce mécanisme, le manager a instauré un climat de partage et d’apprentissage. Ce type de rituel transforme progressivement la culture. Les erreurs ne sont plus uniquement des sujets à cacher ou à justifier. Elles deviennent une matière de progression collective.
Les équipes progressent rarement « en théorie ». Elles progressent « après » : après une livraison, un incident, un client perdu. Et une équipe qui apprend vite devient plus robuste. Une équipe qui partage va plus loin. Encore faut-il prendre le temps d’apprendre.
Vous voulez que votre équipe progresse ? Mettez en place une réunion mensuelle où chacun partage au moins un échec, une difficulté ou une situation qui ne s’est pas passée comme prévu. Et surtout, n’hésitez pas à commencer le tour de table par votre propre partage.
Bannir le « on » et remplacer par un vrai plan d’action
C’est bientôt la fin de la journée. Dans la dernière salle, les derniers mots de Marc résonnent fort : « On est tous d’accord que c’est bien ce qu’il faut faire comme prochaines étapes. »
‘On’ ? Qui est ce ‘On’ ?
Le « on » donne une impression d’accord collectif, mais il dilue la responsabilité. Une action sans responsable, sans échéance et sans critère de réussite a peu de chances d’aboutir. Et la réunion reste une conversation coûteuse.
Une action sans date ni responsable, c’est se garantir peu de résultats et probablement quelques semaines plus tard d’entendre à nouveau cette phrase : « Faisons une autre réunion pour en rediscuter… ». Un engagement clair tient en trois éléments : une action, une personne responsable, une date.
Vous voulez que vos collaborateurs se sentent responsables et engagés sur les actions décidées en réunion ? Dites non au « on » et ne quittez pas une réunion sans avoir pour chaque décision un responsable et une date.
Le secret dans le royaume des organisations …
Dans le royaume des organisations, les réunions sont une monnaie invisible qui révèle votre leadership. La décision vous revient à chaque réunion : subir, faire subir, ou vous en servir comme levier.
Vous avez un doute ? Je vous dévoile le secret commun à toutes les organisations que j’ai accompagnées : testez ces rituels et voyez par vous-même l’impact sur vos décisions, vos projets et l’engagement de vos équipes.