Management

Oser le plaisir au travail, nouveau mantra au bureau ?

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

Explorer le dossier
Face à la montée de la souffrance au travail, le plaisir doit être remis au cœur de l'agenda des managers. S'il favorise sens et performance durables, le cultiver requiert d'aller à l'encontre de vieux mantras.

Par Benoit Meyronin et Jean-Christophe Foucrit


La souffrance au travail est une réalité, comme les pathologies qui lui sont liées. En témoigne, notamment, l’essor des pathologies mentales, qui ont été multipliées par sept en cinq ans, de 2012 à 2017. Ainsi, « touchant tous les âges et milieux sociaux, les maladies mentales et les troubles psychiques affectent près d’une personne sur 5 en France, soit 13 millions d’individus. 

Mais le travail, qui compte « sa part des peines et des joies », selon Alain Supiot, juriste spécialiste en droit du travail, demeure aussi une source de plaisir qui mérite d’être, elle aussi, explorée, voire revendiquée. Petit tour d’horizon pour remettre la question du plaisir au cœur de l’agenda des managers.

Qu’est-ce que le plaisir au travail ?  

Face à la montée des réalités et des discours anxiogènes sur le travail et le management toxique, il demeure toujours quelque peu décalé de revendiquer le plaisir au travail… Ou, comme l’écrivait Maurice Thevenet, professeur à l’ESSEC et au CNAM, “le plaisir de travailler”.

Mais qu’est-ce que le plaisir au travail ? Pour Frédéric Boyer, ex-DRH devenu consultant et conférencier, il s’éprouve principalement au travers du contenu de l’activité et de la nature de la relation. La modélisation qu’il a livrée repose fortement sur le management  : convivialité, coopération et reconnaissance mutuelle, d’une part ; raison d’être, initiative et autonomie, d’autre part.

Ce sont là autant d’éléments structurants d’un mode de management, qui favorise (ou non) le plaisir que nous prenons à retrouver notre équipe et nos pairs au travail. 

Le plaisir au travail pour redonner le goût du retour au bureau 

Avec le développement du travail hybride, on observe une désertification des bureaux : le taux moyen d’occupation, en France, ne dépasse pas les 39%. Comment motiver nos équipes pour qu’elles retrouvent le chemin du bureau ? La contrainte doit-elle être le seul moteur à la disposition des managers ? Non, bien sûr.

La notion de plaisir au travail a ainsi nourri le programme « Active Office » chez Michelin, qui vise à associer à la transformation des espaces de travail une réelle dimension de réflexion sur le « futur du travail ».  En dehors des livrables collectifs, pour lesquels une équipe a nécessairement besoin de se retrouver dans un même espace-temps (en vue de les coproduire), le plaisir au travail, le plaisir que l’on ressent lorsque l’on se retrouve sur site, constitue l’autre axe fort de la démarche de conduite du changement. 

Le sens au travail, qui n’est pas le sens DU travail, repose bien sur cette qualité relationnelle, celle de l’ambiance d’un collectif dans lequel chacun prend un réel plaisir à retrouver les autres. C’est basique, mais la crise sanitaire a eu pour effet de dissoudre les petits rituels du quotidien qui donnent corps à tout cela : prendre un café, partager un petit déjeuner ou un repas d’équipe, etc.  Or les managers ont un rôle clé en la matière. En les invitant à se réapproprier ces rituels, à se questionner collectivement sur les freins mais aussi les moteurs du plaisir au travail, on peut remettre cette dimension au centre de leurs agendas.

Le plaisir, moteur du sens au travail  

Il n’est pas anodin de souligner ici que la question du plaisir est présente chez Alex Pattakos, l’un des grands spécialistes de la question du sens au travail. Il va jusqu’à parler de « ré enchantement du travail » : « C’est le plaisir d’être ensemble et de travailler ensemble dont nous nous souvenons comme d’un moment profondément signifiant et qui nous a transformés ». 

Ainsi, il existe un lien fort entre la question du sens au travail et le plaisir au travail : « Quand nous accomplissons notre travail avec enthousiasme, plaisir, générosité et intégrité, nous l’accomplissons avec sens ». Sens et plaisir au travail vont de pair, dans un rapport de réciprocité.

Accepter d’être accompagné  

Pour beaucoup de managers, placer le plaisir au cœur de leurs actions managériales représente un véritable défi. Le manque de confiance en soi en est souvent à l’origine. Aussi, l’accompagnement par un coach professionnel aidera efficacement à surmonter cet obstacle. Il aidera à acquérir la posture pour mettre en œuvre de façon authentique le plaisir dans son management. Le coaching offre cet espace de protection où le manager peut construire, sans jugement, une nouvelle conviction – parfois à l’encontre d’une culture d’un autre temps.

Travailler dans la douleur ? Un mantra d’un autre temps ! 

En effet, tout cela déconstruit cette vieille croyance : tu travailleras dans la douleur ! C’est comme ces enseignants, peu nombreux heureusement, qui contredisent les parents qui quittent leurs enfants en leur disant, avec un sourire gourmand : « Passe une bonne journée, amuse-toi bien ! » ; enseignants qui répondent aux parents : « Ah non, on n’est pas là pour s’amuser ! » 

Culturellement, nous avons bâti des représentations dans lesquelles le rapport au travail doit être un rapport d’effort, de douleur, voire de soumission. Notre culture managériale en est profondément marquée. Quand souffrance il y a, elle est rarement causée par le travail en soi, mais bien plus par un mode de management inapproprié, dans lequel le plaisir a peu d’espace.

Pour finir, citons Serge Eskenazi, coach, formateur et superviseur de coachs : « Le plaisir génère la performance et non l’inverse. » Aux managers qui pensent qu’il n’est qu’une cerise sur le gâteau, nous opposons cette conviction : créer les conditions du plaisir au travail au sien de leur équipe, c’est créer les conditions d’une performance durable.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)