Comme ses personnages, la vie de Léonore Confino est une succession d’aventures ! Elle a grandi dans la campagne profonde, est partie vivre en Inde à l’âge de huit ans avec sa mère et ses frères, a posé ses valises seule à Paris à 14 ans, a passé sa dernière année de lycée sur un trapèze et en improvisation théâtrale à Montréal, a terminé ses études dans le cinéma-documentaire, avant de démarrer sa carrière en tant que comédienne. « J’ai été nourrie de plein de paysages, se souvient-elle. Dans mon éducation, j’ai appris qu’il fallait vivre le plus d’expériences possibles. »
Cependant, lors de compétitions d’improvisation, elle s’est rendu compte que ses idées ne lui venaient pas spontanément. « J’en étais malheureuse. Elles arrivaient toujours dans la nuit qui suivait », raconte-t-elle. Pour y remédier, elle se lance dans l’écriture. Son divorce douloureux, à 24 ans, accélère la rédaction de son premier livre Ring (L’Œil du Prince éd.). « J’ai ressenti le besoin viscéral de transcender cette histoire, d’en faire un objet drôle et poétique, de donner du sens à cette épreuve, de la transformer en quelque chose de beau. Cette pièce ne m’a ensuite jamais quittée. »
Réparer une déchirure profonde
Autre événement personnel qui finira – par la force des choses – par stimuler sa créativité ? Ses insomnies, liées à son bébé qui a longtemps inversé le jour et la nuit. Deux longues années de fatigue, où elle finit par perdre ses mots. « Plus aucune phrase poétique ne me venait à l’esprit, relate-t-elle. J’ai alors écrit dans un petit carnet les rares mots qui me permettaient de rêver ». Lui viendra ensuite l’idée brillante d’écrire sa pièce Le Village des sourds (Actes Sud). Dans un village polaire où les habitants ont une culture de l’oralité hors du commun, un marchand se met à vendre des objets contre des mots. Achat après achat, les habitants se voient dépossédés progressivement de leur langage. L’emprise du marchand se resserre alors peu à peu sur le village. « À la suite de cet épisode, j’ai commencé à me tranquilliser face au manque d’inspiration. J’ai essayé d’observer le vide qui me traversait. L’errance mentale est nécessaire au processus créatif. L’inconscient foisonne. Alors, je me répète : respire, patiente, le feu reviendra ! »
Pour la quadragénaire, l’écriture ne se fait pas par hasard, elle doit être le moyen « de réparer une déchirure profonde ». En parallèle, elle anime des ateliers d’écriture dans des milieux scolaires et carcéraux, et, afin de vivre correctement, écrit pour le cinéma. Si elle accepte de faire quelques concessions, « c’est important de garder dans nos vies des lieux d’intégrité absolue, insiste-t-elle. L’écriture théâtrale, c’est mon endroit. L’endroit où je n’accepte aucune injonction extérieure, où je ne me perds pas dans le regard des autres. » Ses œuvres reflètent donc les accidents émotionnels qu’elle a réussi à surmonter, mais elle en est persuadée : tout le monde crée le parcours narratif de sa vie. « Transformons nos souffrances en quelque chose de fédérateur, d’utile pour la société ! », termine-t-elle.