Cinq ans après la crise du Covid-19, les entreprises peinent encore à répondre aux nouvelles aspirations des salariés. Le rapport au temps de travail cristallise particulièrement ces tensions : semaine de quatre jours, horaires flexibles, journées plus courtes… Le temps est devenu une ressource précieuse, que beaucoup ne veulent plus sacrifier à n’importe quel prix ; conscients qu’il est limité, et qu’on n’en récupère jamais.
Cette fois-ci, je suis allée fureter du côté du « job sharing ». Ou dit en bon français, du « partage de poste ». Vu de loin ce dispositif peut plutôt paraître inadapté au monde de l’entreprise, complexe à mettre en œuvre, voire trop cher et être perçu comme un dispositif un peu « féministe » ou « jeuniste » sur les bords. Mais lorsque l’on y regarde de plus près, les résultats sont surprenants.
Pas de job sharing sans « job partner »
Un peu comme dans les séries policières américaines, vous êtes indissociable de votre coéquipier : une boîte-aux-lettres unique, un agenda unique, une candidature unique, … mais deux cerveaux au lieu d’un.
Intuitivement, il est aisé de comprendre que deux cerveaux sur le même poste permet d’aller plus loin dans la réflexion, de partager les doutes, les coups durs, les succès, de challenger une vision et d’apporter une réponse juste à toute situation. Léna Basile et Florence Pawlowski ont pratiqué le job sharing pendant plusieurs années, en France et en Allemagne. Elles sont tellement convaincues de la puissance du dispositif qu’elles ont créé WorkSharing pour accompagner les entreprises à le mettre en place.
À l’instar de la SNCF, de HP, de Beiersdorf ou de La Poste, les entreprises qui pratiquent le job sharing précisent dès la job desk que le poste est éligible au job sharing puis recrutent soit d’un coup le duo, soit chaque candidat l’un après l’autre.
Un levier pour réduire la charge mentale
Le job sharing est une réponse intéressante à explorer pour répondre non seulement aux besoins de sens et de temps mais aussi de réduction de la charge mentale.
D’une part, le temps dégagé permet de se consacrer à une autre activité, qu’elle soit familiale ou professionnelle. Cette forme de temps partiel choisi peut renforcer le sentiment d’autonomie, de maîtrise de son temps, de liberté et in fine, d’engagement. À la différence du « vrai » temps partiel, le job sharing permet d’assurer une continuité de service dans la mesure où le poste en job sharing est occupé à temps plein. Il peut aussi par exemple être une voie à explorer pour un poste en alternance dès l’instant que les deux alternants ont le même rythme scolaire. Qui plus est, à la différence du temps partiel, le job sharing permet de conserver un haut niveau de poste.
D’autre part, le job sharing agit également sur la charge mentale. Rappelons que le burn-out est le premier risque de santé mentale auxquels sont exposés les salariés. Grâce à votre job partner, terminé le coup d’œil plus ou moins discret sur les mails à la maison le soir ou la culpabilité de la to do non terminée avant le départ du bureau. Grâce à votre job partner, lorsque vous quittez le travail, vous quittez le travail ! Vous n’êtes plus inquiet de ce qu’il peut se passer en votre absence puisque vous savez que votre partner gère. Voilà une façon maline de faire appliquer le droit à la déconnexion.
À lire aussi
Jobsharing : un vide juridique à remplir
Le job sharing concerne également les postes à responsabilité
Le ROI est d’ailleurs plus important plus on monte dans les niveaux de salaire. Florence et Murielle, jeunes retraitées de chez HP en parlent très bien dans le podcast « Sharing is caring, le podcast du job sharing ». Toutes deux diplômées respectivement d’HEC et de l’EM Lyon, elles ont pratiqué le job sharing pendant 20 ans à des postes à forte responsabilité en finance. Florence et Murielle, dites Florielle, sont des pionnières du job sharing en France puisqu’elles ont démarré l’aventure en 1996. Elles avaient toutes les deux envie d’un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle sans renoncer à leurs responsabilités.
Les job share existaient déjà chez HP aux US mais pas en France. Elles ont été encouragées par leur manager basée au UK. Celle-ci avait très envie de tester des nouvelles méthodes de management. Bien qu’ayant fait face à quelques difficultés pour convaincre le management en France, elles n’ont pas renoncé et l’histoire montre qu’elles ont eu raison.
Une voie pour réconcilier temps, sens et performance
En résumé, le job sharing permet de réduire les coûts liés au turnover, à l’absentéisme, aux RPS de manière générale et au recours aux cabinets de conseil grâce à un challenge permanent des deux cerveaux en partage de poste, tout en augmentant la productivité, l’engagement et en assurant la continuité du travail.
C’est ce que démontre Ludovic Milléquant, DRH et DAF au micro d’Aurélien Guillon, DG de Trimoji dans le webinaire « Le jobsharing, 20% de productivité pour les entreprises !». Alors à vos calculettes car il semble bien que l’affaire en vaille la peine !
Le job sharing ne résout pas tout, mais il ouvre une voie concrète pour réconcilier temps, sens et performance durable. Encore marginal en France, il mérite pourtant que l’on s’y intéresse de près.
Conditions de succès
- Reconnaître officiellement le job sharing comme mode d’organisation du travail au sein de l’entreprise
- Définir clairement les missions et les rôles au sein du duo
- Être compatible avec son duo
- Maîtriser le travail asynchrone notamment en formalisant par écrit les échanges de manière à assurer une coordination fluide
- Respecter l’action de son job partner en ne repassant par derrière lui
- Ne pas avoir d’égo surdimensionné
- Se faire accompagner par des professionnels comme WorkSharing
Cette pratique est puissante car …
- Elle permet d’offrir un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle
- Elle augmente le nombre de candidatures féminines à des postes de direction
- Elle permet une meilleure couverture horaire
- Elle permet une dynamique d’apprentissage mutuel
- Elle permet de diminuer les RPS
- Elle permet de trouver le mouton non pas à 5 pattes mais à 8 pattes
- Elle diminue l’absentéisme et le turnover
Un grand merci Anne pour cet article de qualité ! Une belle occasion de mettre en lumière ce mode de travail trop peu connu en France. Merci Courrier Cadres de faire rayonner le Jobsharing !