En 2035, 50 % de la population européenne aura plus de 45 ans, d’après les chiffres du Club Landoy. « La bataille pour les seniors, c’est une bataille pour notre avenir économique », a lancé Sibylle Le Maire, fondatrice du Club Landoy, impulsé par le Groupe Bayard, ce lundi 13 avril devant une salle comble du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. « C’est un sujet stratégique. L’emploi est la première source de richesse d’un pays », a complété Stéphane Carcillo, directeur de la division emploi et revenus de l’OCDE.
Or, les seniors (tout comme les personnes les moins qualifiées et les jeunes) peinent à trouver du travail. Quand ils exercent dans des entreprises pas ou mal préparées, des risques émergent : conflictualité entre individus, relations managériales tendues, dégradation du dialogue social, éloignement de l’emploi pour maladie ou invalidité. Quant à la sortie du marché du travail, elle est trop souvent négligée par les organisations tricolores, dit-il : « Les seniors partent sans transmettre leurs compétences aux plus jeunes. Si nous ne faisons rien, nous pourrions observer un ralentissement de 40 % de la productivité à horizon 2040 en France. »
Aussi, il s’agit d’accélérer la réflexion autour de « ce dernier temps de carrière dans des vies désormais plus longues. C’est un avantage comparatif pour les entreprises. Vieillir n’est pas un naufrage collectif, c’est une nouvelle frontière pour les entreprises. La France a les outils, mais il faut les mettre en œuvre rapidement. »
Des outils existants, insuffisamment actionnés
En effet, si la prise de conscience s’accélère et que les entreprises agissent, de nombreux leviers existants sont encore trop peu utilisés. Ils permettent notamment de maintenir les compétences des profils expérimentés, de les recruter et de les accompagner dans la poursuite de leur évolution professionnelle – notamment ceux de plus de 60 ans, d’après Anne-Laure Thomas, directrice diversité et inclusion chez L’Oréal, entreprise-fondatrice de la Charte 50+ aux côtés du Club Landoy en 2022. En voici certains :
- Coaching individuel et ateliers collectifs pour prendre conscience de ses forces
- Elaboration de bilans de compétences spécifiques aux 50+ (finançables par le CPF)
- Participation à des « job datings » dédiés au recrutement des 50+
- Animation de workshops et publication d’un manifeste pour booster l’employabilité
- Mise en place d’entretiens de fin de carrière avec les RH (dès 55 ans)
- Plateforme pour anticiper et préparer sa retraite (droits et démarches)
D’autres leviers consistent, eux, à favoriser (voire à renforcer) les liens entre les âges, le partage des savoirs et des compétences ainsi que la lutte contre les stéréotypes :
- Mise en place de programmes de mentorat et de tutorat
- Co-mentoring intergénérationnel (souvent porté par les réseaux sociaux/ERG)
- Dispositifs de transfert de compétences pour anticiper les départs
- Conversations croisées intergénérationnelles pour mettre en valeur les parcours
- Conférences, guides et affiches pour lutter contre les stéréotypes liés à l’âge
- E-learning sur la mixité intergénérationnelle
- Culture d’entreprise et managers bienveillants
- Formation des managers pour lutter contre les discriminations
L’enjeu autour du vieillissement de la population concerne aussi les actifs qui doivent de plus en plus accompagner leurs parents en fin de vie – parfois malades. Les dispositifs actionnables sont :
- Négociation d’un accord d’entreprise dédié aux proches aidants
- Création d’un statut de reconnaissance interne à l’aidance
- Organisation de permanences internes régulières pour conseiller les aidants
- Dispositifs de dons de jours de repos entre collaborateurs aidants
Une guide plus exhaustif – avec 50 bonnes pratiques – sortira en juin 2026. « Nous devons diffuser ces pratiques auprès d’un maximum d’entreprises et garantir leur durabilité. Nous devons aussi poursuivre notre démarche d’innovation par le biais d’actions engagées avec les signataires et s’assurer de maintenir leur participation active au sein du collectif. Enfin, nous devons aller plus loin » avec le renforcement de la mesure d’impact de ces actions par la mise en place d’indicateurs spécifiques, note-t-elle. Et Sibylle Le Maire d’ajouter : « Nous avons réussi pour les femmes, nous pouvons réussir pour les seniors ! »
Pour l’heure, la France continue de s’inspirer des meilleurs élèves en Europe. À commencer par l’Allemagne et la Suisse. « La démographie nous a mis à l’épreuve plus tôt. Désormais, nous faisons face au même défi », affirme Gudrun Lingner, ministre plénipotentiaire à l’ambassade d’Allemagne. Pour y répondre, le voisin européen a dû prendre à bras-le-corps les conditions de travail des actifs pour les maintenir durablement en bonne santé, mais aussi changer le rapport au travail de ses citoyens. « Plutôt que de se dire : « Vivement la retraite », il faudrait se dire : « Comment je peux contribuer au bon développement de mon pays le plus longtemps possible ? », termine Tania Cavassini, ambassadrice suisse.