Les relations interpersonnelles jouent un rôle clé au travail. Elles permettent notamment de booster la motivation personnelle, de fidéliser les équipes ainsi que de performer collectivement. « Le manager peut être proche de ses collaborateurs tout en étant exigeant. Il n’a pas de distance artificielle à instaurer. Une trop grande distance est contre-productive, car elle détruit le lien de confiance », pense Kevin Kertechian.
Cependant, il est indispensable qu’il régule cette proximité. Car si elle n’est pas encadrée, elle peut entraîner de nombreux écueils comme : du favoritisme, un manque d’équité ou une logique de clans et de divisions. Avec leur lot de conséquences négatives : jalousie, propagation de rumeurs, sentiment de trahison. Le manager « ne doit pas être à l’origine d’injustice organisationnelle ou de dysfonctionnements relationnels », insiste-t-il. De surcroît à l’heure où les frontières personnelles et professionnelles se brouillent : démocratisation du télétravail, horaires flexibles, rapports horizontaux sur les réseaux sociaux.
S’il n’existe pas de « bonne » distance ou de distance « universelle » managériale – et que la neutralité relationnelle n’est jamais totale -, le manager doit conserver sa lucidité relationnelle. Se pose alors rapidement la question du vouvoiement ou du tutoiement. « Cela peut paraître anodin. Pourtant, ce choix de départ induit des relations et des comportements complètement différents », complète Patrice Cailleba. Dans certaines situations, illustre-t-il, le tutoiement « peut être vécu comme condescendant ou paternaliste. »
Un management juste et objectif
Les affinités (voire l’amitié) avec un ou plusieurs membres de son équipe ne doivent pas interférer dans les relations professionnelles. Elles ne « déterminent pas l’octroi d’une promotion ou d’une augmentation. Elles ne doivent pas non plus empêcher de faire des recadrages quand la situation l’exige. » En effet, dans la sphère professionnelle, « aucun propos ne doit être pris personnellement », indique Patrice Cailleba.
Le manager doit toujours être perçu comme juste et objectif par ses équipes. « Il en va de sa réputation. S’il est trop sympathique, son rôle et son autorité en seront affaiblis. A l’inverse, s’il adopte des comportements déviants, comme le favoritisme, il ne sera ni crédible, ni légitime aux yeux des autres », développe Kevin Kertechian. Certains codes professionnels permettront de gagner le respect et la confiance des équipes :
- Clarifier les rôles et les missions de chacun
- Etablir une grille de critères pour obtenir une promotion/augmentation
- Formaliser les échanges et garder une certaine neutralité
- Distinguer les moments professionnels de ceux plus personnels
- Accorder la même importance à tout le monde
- Avoir une pluralité relationnelle au quotidien
- Assumer des décisions impopulaires, etc.
A noter que rien n’est jamais acquis : les contextes de travail et les relations professionnelles évoluent rapidement en entreprise. « Il s’agit d’être en vigilance constante et de réajuster en permanence », note-t-il.
« L’entreprise n’est pas une famille »
Plus largement, cette juste distance au travail permet d’anticiper de possibles évolutions sur des postes hiérarchiques ou d‘éventuels départs de l’organisation. « Même si on s’entend très bien avec ses collègues, il faut anticiper le jour où on se retrouvera peut-être à les superviser. Il faut aussi garder à l’esprit que la plupart des individus ne restent que quelques années en moyenne dans une entreprise. Ils peuvent partir à tout moment, affirme Patrice Cailleba. Il faut trouver la bonne distance dès le départ. L’entreprise n’est pas une famille ! C’est l’association de talents qui ont pour perspective des objectifs communs à atteindre. Il est important de penser d’abord à son développement professionnel plutôt qu’à nouer des liens d’amitié.«
Pour conclure, il s’agit de « démystifier la relation amicale au travail, nuance Kevin Kertechian. Elle n’est pas interdite. Elle peut même être très bénéfique. Une équipe ne se fracture pas en raison de liens excessifs – mais plutôt face à une absence totale de liens. Cependant, les affinités doivent faire l’objet de régulations.«