Comment se remettre d’une trahison professionnelle ?
Carrière

Comment se remettre d’une trahison professionnelle ?

Au cours d'une carrière, il est fort probable d'être trahi (au moins une fois), de manière réelle ou ressentie, notamment par son manager. Alors, comment réagir lorsque cela advient ? Comment réaccorder sa confiance ? Margaux Tancrède, psychologue du travail chez Moka.care nous livre de bonnes pratiques pour la dépasser.

Alors que les entreprises sortent de la période, aussi attendue que redoutée, des annuels entretiens, « un nombre important de salariés en ressortent avec un fort sentiment de trahison », observe Margaux Tancrède, psychologue du travail chez Moka.care, plateforme dédiée à la santé mentale au travail. C’est notamment le cas lorsque leur manager leur avait promis monts et merveilles.

Ces promesses reposent sur des contrats psychologiques (avec ou sans engagement oral) qui lient les individus entre eux. « Elles sont souvent tacites », précise-t-elle. Les plus courantes tournent autour : d’une augmentation, d’une promotion hiérarchique, de feedbacks négatifs auxquels le salarié ne s’attendait pas par mail ou devant le N+2, la divulgation d’informations personnelles, la réappropriation du travail, ou une mise au placard (retrait des missions gratifiantes).

Les crises en général au sein des entreprises contribuent particulièrement à faire voler en éclat les promesses faites par les managers à leurs équipes. Lors de contextes économiques défavorables ou de réorganisations, « il est fréquent de voir ces contrats psychologiques se rompre brutalement », souligne-t-elle. Les salariés sont alors traversés par diverses émotions négatives allant de la colère à la tristesse en passant par le dégoût : « A ce moment-là, la hiérarchie de valeurs des salariés est malmenée. La confiance avec le manager ne reviendra pas spontanément. Les deux parties doivent agir pour briser les non-dits. »

Communication claire et transparente

Dans le cas où le collaborateur s’est senti trahi par son manager, il devra tout d’abord distinguer une « simple » déception professionnelle d’un véritable sentiment de trahison, plus rare, qui surgit lorsqu’un contrat psychologique est rompu et que la confiance entre deux individus est profondément atteinte. En effet, toutes les promesses non tenues ne relèvent pas de la trahison professionnelle : cette dernière apparaît lorsque la confiance est brisée de manière flagrante et laisse une véritable blessure morale.

En cas de trahison avérée, le collaborateur devra ensuite se demander : « Qu’est-ce qui m’a été promis et qui n’a pas été respecté ? Quelles émotions cela a entraîné chez moi ? Quels besoins cela cache-t-il derrière ? » Il devra ensuite faire preuve de discernement pour savoir ce qui vient de l’entreprise, du contexte économique, de son manager. Par exemple, « si cette année, les budgets sont gelés et que personne n’a eu d’augmentation, le collaborateur peut tirer la conclusion qu’il n’y avait rien de personnel dans la promesse non tenue de la part du manager. Il ne doit pas ramener la trahison à lui. Il doit se décentrer du problème. Le contexte a tout simplement empêché le manager d’agir comme il l’aurait souhaité idéalement. »

Le collaborateur pourra, enfin, solliciter son supérieur hiérarchique afin d’en parler au bon moment et ouvertement. Cette discussion est l’opportunité pour le manager « de réparer son erreur. Il peut reconnaître qu’il s’est engagé un peu trop vite dans sa promesse d’augmenter son salaire. Cette posture managériale responsable devrait dissiper le sentiment de trahison du collaborateur. Ils pourront reprendre leur collaboration sur des bases saines. » La psychologue du travail recommande par ailleurs aux managers d’opter pour une communication claire et transparente afin de nourrir une relation de confiance. « Il ne faut jamais faire de promesses qu’on ne pourra pas honorer, insiste-t-elle. Le manager doit dire qu’il va faire tout son possible pour accéder à la demande de son collaborateur, mais que rien n’est certain à cette heure et/ou que la décision finale ne dépend pas que de lui. Le poids des mots est très important dans ces cas-là. Quant aux actes, ils doivent être alignés avec les paroles. » Cette relation de confiance passe aussi par le fait de pouvoir parler régulièrement des difficultés afin d’éviter les secrets, les non-dits, les bruits de couloirs.

Surmonter les traces laissées par la trahison

Dans certains cas, le salarié se retrouve à quitter son entreprise en gardant le goût amer de la trahison. S’il a conscience qu’il travaille désormais dans une nouvelle structure au sein d’une nouvelle équipe avec un nouveau manager, « il peut quand même garder des traces durables de cette mauvaise expérience », développe Margaux Tancrède. Premièrement, il est important que le collaborateur tente, tant bien que mal, de ne pas généraliser sa précédente mésaventure. Ensuite, il est nécessaire qu’il consulte un professionnel de santé (un psychologue du travail de préférence) afin de traiter cette blessure de trahison. Sinon « des situations ou des personnes viendront réactiver cette blessure tôt ou tard. Inconsciemment, les individus blessés restent dans le cercle vicieux de la trahison. Ils la nourrissent, alors qu’ils devraient s’en défaire pour avancer. » Enfin, le collaborateur devra savoir repérer les nouveaux signaux de confiance, tout en mettant en place les bonnes actions qui lui permettront de se sentir en confiance dans son nouvel environnement de travail. Il peut « formaliser certains accords auprès de son manager, clarifier certains objectifs, verbaliser ses attentes professionnelles, poser ses limites », illustre la psychologue du travail.

Ces quelques pratiques à intégrer dans le quotidien professionnel permettront au salarié de rehausser son niveau de confiance en lui et en autrui. Il se sentira plus respecté et donc plus épanoui au travail.

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