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Armel Le Cléac’h : « La performance se cache dans les détails »

Le skippeur Armel Le Cléac'h prendra le départ de la Transat Café L'OR au Havre ce dimanche 26 octobre, en binôme avec Sébastien Josse. À bord du Maxi Banque Populaire XI, ils comptent s'appuyer sur leur lien de confiance réciproque pour tenter de battre des records et remporter la course. Reportage à Lorient.

Comment se prépare-t-on à une compétition en binôme ?

Armel Le Cléac’h (ALC) – Nous nous entraînons ensemble sur des courses de préparation qui se rapprochent au maximum de la configuration réelle de la compétition. Nous faisons des sorties en mer de 24 heures, voire de plusieurs jours. Sans pour autant faire une reconnaissance préalable du parcours à venir. Ce serait trop compliqué en termes de logistique et de temps. Mais nous essayons de naviguer dans toutes les conditions possibles : de vent, de pluie, de mer agitée, avec plusieurs configurations de voile. Ces entraînements nous permettent de mettre en place des automatismes communs en termes de manœuvre, de réglages, de conduite. Sur le plan humain ensuite, l’avantage c’est que nous nous connaissons très bien avec Sébastien et depuis longtemps. Nous avons commencé ensemble dans cet univers professionnel il y a près de 20 ans. Nous avons été concurrents avant de travailler ensemble.

Transat gouvernance en binôme

Sébastien Josse et une partie de l’équipe quelques jours avant le départ de la Transat Café L’OR.

Crédit photo : Qaptur / BPCE – Octobre 2025

Et pendant la course, comment votre duo va-t-il s’organiser ?

ALC. – Nous allons devoir nous partager les rôles afin d’assurer la bonne gestion du bateau. C’est important de bien les définir avant le départ. Il a le lead sur certaines choses et moi sur d’autres. Par exemple, c’est moi qui suis en charge de la stratégie météo. Si nous avons le temps d’échanger à ce sujet, nous échangerons. Il viendra me titiller pour être certain que je n’ai rien oublié. Mais s’il faut prendre une décision rapidement et que nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la bonne chose à faire, c’est moi qui trancherai. Alors que si le problème est davantage technique, c’est Sébastien qui reprendra le lead, car il connaît très bien le matériel présent à bord et c’est lui qui est en lien avec la terre. Je lui ferai confiance.

En règle générale, nos expériences respectives et entraînements répétés permettent de ne pas avoir à réfléchir trop longtemps, tout en prenant les bonnes décisions. Nous avons étudié le parcours qui nous attend et mis en place certains réflexes automatiques. Nous irons à l’essentiel et serons efficaces. L’environnement est difficile, parfois dangereux. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi !

Quels sont les avantages de ne pas faire la course en solitaire ?

ALC. – Nous allons pouvoir alterner la veille, la manœuvre et la conduite du bateau pendant que l’autre pourra se reposer plus facilement. Quand l’un des deux reste opérationnel et surveille la situation, le repos est plus agréable et réparateur. Je n’ai aucun de doute sur le fait que nous allons bien nous entendre à bord. Il y a une véritable confiance partagée entre nous. Nous avons suffisamment d’expériences passées pour prendre du recul dans les moments compliqués. Il faut d’abord gérer la crise en garantissant la sécurité du bateau. Nous savons que nous énerver ne servira à rien. Nos émotions doivent être contenues. Il ne faut pas avoir peur, garder notre sang-froid en toutes circonstances. Partir à deux (ou même avec tout un groupe) est une autre manière d’appréhender la navigation. Toutes les manières ont quelque chose d’intéressant à apporter. Humainement, c’est stimulant de partager les émotions ensemble. Nous avons fait assez de transatlantiques pour partir sereinement ce dimanche.

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Armel Le Cléac’h donne ses dernières interviews à la presse avant le début de la compétition le 26 octobre.

Crédit photo : Qaptur / BPCE – Octobre 2025

Quelles sont les valeurs que vous partagez ?

ALC. – D’abord la performance. Nous allons tout faire pour avoir le bateau le plus rapide, battre des records, gagner la course et passer à l’étape suivante ! Nous saurons aussi accepter que les résultats ne soient pas exactement à la hauteur de nos espérances. Nous gardons en tête qu’il y a toute une équipe derrière nous. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne. C’est à nous de réaliser la course idéale, mais on leur doit aussi d’assumer ce statut. Enfin, ce qui est important pour nous porte sur la technologie, être à la pointe de l’innovation. Nous cherchons les petits détails, car la performance se cache dans les détails.

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Armel Le Cléac’h et Sébastien Josse sont habitués à évoluer en double à bord du Maxi Banque Populaire XI.

Crédit photo : Qaptur / BPCE – Octobre 2025

Comment vous relancerez-vous en cas de coup dur ?

ALC. – L’abandon est le dernier des scénarios. Ce serait un cas extrême. Le reste du temps, nous allons trouver des solutions. Nous sommes conscients qu’il y aura des moments difficiles pendant la course. Il peut y avoir des avaries techniques, une météo défavorable, une blessure, de nombreuses raisons de baisser les bras ! Mais il faut rester optimiste, car la course est longue et les rebondissements peuvent être nombreux. Il faut se raccrocher à toutes les petites victoires au cours de la compétition. Si on a un problème technique et qu’on arrive à le résoudre, ce sera comme si on avait déjà un peu gagné…

Plus largement, après un échec, une casse mécanique ou une blessure grave, on se relance en ayant l’envie de faire mieux la prochaine fois. Il faut tirer tout de suite les conséquences de ce revers. Il faut se nourrir de cet échec. Il faut se demander : pourquoi les autres ont réussi et pas nous ? Que s’est-il passé ?Il faut savoir faire son auto-critique. Il faut en parler avec les autres membres de l’équipe aussi. Il faut remettre en question certains acquis qui ne fonctionnent plus, se demander ce que nous pouvons mettre en place de nouveau pour progresser. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte dans la voile. Au début, on ne voit pas grand chose, mais en entrant dans les détails, on se rend compte de tout ce qu’il y a à améliorer. Une analyse complète est nécessaire. Ces constats, mis bout à bout, représentent une bonne liste de travail pour la suite. Les échecs nourrissent l’expérience qui mène au succès.

Et le succès, justement, comment l’appréhende-t-on ?

ALC. – C’est un vrai enjeu ! On se demande rapidement quel sera l’objectif suivant, la prochaine montagne à franchir. D’abord, il faut savoir apprécier la victoire. Il faut la savourer pleinement, car c’est un moment rare et qui passe vite. Ensuite, il y a un temps de récupération de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, avant de retrouver l’énergie et l’envie de repartir. Il est indispensable, néanmoins, d’imaginer le prochain défi avant de partir en compétition justement. Avant mon dernier Vendée Globe en 2016-2017, par exemple, que je gagne ou que je ne gagne pas, je savais qu’à l’arrivée, j’allais changer de catégorie et de bateau. Que ce nouveau bateau serait plus grand et qu’il y aurait de nombreux autres défis à relever. Gagner le Vendée Globe m’a cependant permis de refermer cette page avec fierté ainsi que de bénéficier des belles retombées et sollicitations qui accompagnent cette victoire. Le futur s’anticipe, donc !

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