« C’est plus fort que moi » : nous avons déjà prononcé ou entendu ces mots au travail. Face à un manager ou à un collègue, avec qui les relations sont parfois tendues, les réactions peuvent devenir incontrôlées ou excessives – voire les deux à la fois. Les tensions ressenties peuvent pousser à la révolte face à ce qui oppresse, ou à l’inverse, à se replier sur soi-même pour se protéger.
Dans une relation, notamment professionnelle, nos réactions et celles de l’autre s’enchaînent et se répondent. « Notre manière de répondre à une situation suscite une réaction chez l’autre, qui elle-même entraîne une nouvelle réponse de notre part, comme une danse où chaque pas en appelle un autre« , explique Sophie Deligiannis, dans son livre « Pourquoi je réagis comme ça ? Indécision, blocage, anxiété, colère : 34 clés et exercices pour aller de l’avant » (Le Courrier du Livre), également consultante en leadership.
Les réactions découlent de tensions intérieures
Cette dernière ne considère pas les réactions comme des « problèmes », mais comme des « messages » auxquels il faut être attentif. « Nous avons tendance à réagir trop vite, trop fort, trop seul. Ces réactions sont, la plupart du temps, des réflexes automatiques, détaille-t-elle. Nous ne nous en apercevons pas forcément, sauf quand elles nous font du tort. A ce moment-là, nous pouvons nous en vouloir ou nous sentir mal à l’aise d’avoir eu tel ou tel comportement qui peut sembler, rétrospectivement, démesuré. »
Bien souvent, « nous blâmons les autres ou les événements extérieurs en les considérant comme responsables de notre malaise, poursuit l’autrice. Nous pouvons également avoir l’impression que la fatalité s’acharne lorsque nous sommes confrontés à des schémas qui se répètent. Mais, ces pensées ne sont qu’un soulagement éphémère. » Ces éléments extérieurs ne sont que des déclencheurs qui réactivent des tensions internes – préexistantes à la situation conflictuelle ou aux désaccords avec autrui.
Ces tensions découlent « de parties en soi-même qui entrent en contradiction », souligne Sophie Deligiannis. Chacune d’elles a, en effet, ses propres intérêts, désirs et objectifs. Certaines veulent la liberté, d’autres la sécurité. Certaines veulent s’affirmer, d’autres éviter les conflits, etc. Dans une situation professionnelle délicate, il s’agit d’identifier la part en soi qui prend les commandes et cherche à avoir le dessus sur les autres. Prendre conscience de ce mécanisme permet d’adopter un positionnement plus juste.
De l’impulsivité à la prise de recul
En d’autres termes, cette posture d’écoute de soi permet, selon Sophie Deligiannis, de prendre de la hauteur par rapport aux éléments déclencheurs extérieurs. Cette prise de recul contribue à porter un autre regard sur ce qui se passe à l’extérieur, à s’en détacher émotionnellement, et ainsi à vivre certaines situations ou relations professionnelles de manière plus apaisée.
Pour ce faire, l’autrice suggère, toujours dans son livre, de se poser plusieurs questions fondamentales :
- Quelle est la situation, récurrente ou anecdotique, qui me fait réagir de manière excessive ?
- Comment ai-je réagi face à cette situation (attaques verbales, repli sur soi) ?
- Quelles émotions ai-je ressenties (peur, colère, tristesse) ?
- Quels ont été mes symptômes corporels (accélération du rythme cardiaque, tension dans le ventre) ?
- Quelle part de moi a pris les manettes (volonté d’avoir raison, etc) ?
- Pour quelles raisons ?
- Comment puis-je me positionner différemment la prochaine fois ?
Il ne s’agit pas, là, de remettre en cause la difficulté d’une situation, mais de changer le regard porté sur cet évènement ainsi que sur l’histoire que l’on se raconte à l’intérieur de soi. Le schéma mental influence directement la manière d’être et de réagir à l’environnement extérieur. Selon que cette représentation est positive, négative, nuancée, ou indifférente, nous serons en mesure de récupérer notre pouvoir personnel, affirme Sophie Deligiannis : « Nous ne pouvons pas maîtriser une situation extérieure, mais nous pouvons décider de tourner notre énergie vers ce que nous contrôlons : nos ressentis personnels et notre manière de réagir. »
Cette prise de recul permet de sortir du mode « survie ». Si nous restons en état d’alerte, il est plus difficile de traverser certaines périodes de vie (perte d’un emploi, rupture, deuil, etc.). Or, prendre de la hauteur aide à donner du sens à cette épreuve, à discerner ce qui est juste et bon pour soi, parfois même à en tirer des apprentissages. C’est ainsi que nous passons au mode « vie ».
Réguler ses émotions
Il est également important, d’après elle, « de ne pas s’identifier aux émotions qui nous traversent – qu’elles soient agréables ou désagréables (…) Nous nous appuyons sur certains traits de caractère pour justifier nos comportements. Nous pensons réagir de telle manière parce que nous pensons être « comme ceci ou comme cela ». Or, que ce soit en nous identifiant à nos émotions ou à notre personnalité, c’est une erreur, car nous ne sommes pas en contact avec ce qui a vraiment déclenché nos réactions. »
Les émotions ne peuvent ni se gérer, ni se maîtriser. En revanche, elles peuvent se réguler : « N’ayant pas appris à les accueillir, nous les étouffons ou les projetons sur l’extérieur. Lorsqu’elles sont enfouies en nous, ces émotions peuvent se manifester à travers des tensions, des douleurs, des maladies chroniques. Dès qu’elles sont trop intenses pour être contenues, elles s’extériorisent sous forme de réactions, qui nous conduisent à vouloir dominer la situation ou la personne face à nous ou à nous soumettre. »
L’indispensable lien à l’autre
Si cette régulation émotionnelle est souvent personnelle, le système nerveux a aussi besoin de l’autre pour apprendre à se réguler. Cette « corégulation », indique l’autrice, ne repose pas uniquement sur la présence physique, mais surtout sur la présence émotionnelle de l’autre. « La présence calme et stable, d’un collègue par exemple, aide à apaiser une personne dont le système nerveux est en alerte. La corégulation s’étend à la qualité de l’environnement. Certains lieux apaisent, d’autres crispent. »
Notre système nerveux dispose, en effet, d’un « radar interne » : aussi appelé « neuroception ». La « neuroception » capte certains signaux, notamment physiques, avant même que la conscience ne les remarque. A partir de ces signaux, le système nerveux ajuste son état, qui lui-même conditionne les émotions et les réactions. En d’autres termes, la tranquillité (ou non) du système nerveux façonne la perception de la réalité. L’équilibre intérieur peut se trouver perturbé au contact de situations/personnes/lieux extérieurs. Plus on est attentif à ces signaux, plus on est capable de choisir les bonnes conditions à cet équilibre intérieur et extérieur.
Pour conclure, être en harmonie avec soi-même permet de réagir avec plus de sérénité et de fluidité. Bien se connaître permet d’identifier clairement son territoire, poser ses limites, se détacher des attentes extérieures, et ainsi, trouver la bonne distance avec les autres au travail. Il sera également plus aisé de dire sa vérité pour mieux se relier aux autres, termine-t-elle : « Lorsque nous sommes honnêtes envers nous-mêmes et que nous transmettons notre message, même avec maladresse, il trouve très souvent un écho chez l’autre. Ce dernier perçoit ce qui sonne juste. En exprimant notre vérité, nous l’invitons à faire de même. Nous voulons souvent bien faire en appliquant des techniques de communication, mais nous perdons en spontanéité et en sincérité. »
*Les réactions sont aussi liées à des charges affectives, blessures émotionnelles, traumatismes personnels antérieurs. Découvrez le livre de Sophie Deligiannis « Pourquoi je réagis comme ça ? Indécision, blocage, anxiété, colère : 34 clés et exercices pour aller de l’avant » (Le Courrier du Livre), publié en mai 2026, pour aller plus loin.