La région Alsace-Lorraine présente de nombreux atouts, souvent sous-estimés, qui gagnent en attractivité depuis quelques années. Son dynamisme économique résiste au contexte international chahuté. En 2025, elle affichait 668 000 offres d’emploi, contre 739 000 en 2024, d’après les chiffres d’Hellowork, plateforme de recrutement. Soit une légère baisse de 9,7 %. « Les répercussions des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient se ressentent jusqu’ici. Mais, le nombre d’offres d’emploi reste important et aligné avec la tendance nationale (-9,8 %). Il est toujours au-dessus de ceux enregistrés en 2022 et en 2023″, explique Catherine Mulliez, directrice du nord-est de la France chez Hellowork.
Le taux de chômage, lui, est inférieur à la moyenne nationale. Au dernier trimestre de 2025, le Grand Est enregistrait 7,2 %, contre 7,5 %. Sur ce territoire français, une majorité d’offres sont diffusées dans les secteurs de la santé et du social (13%), de la finance et de la comptabilité (10 %), des ressources humaines (8 %), de l’industrie et du bâtiment (5 %). De grandes entreprises, telles que Würth et Soprema, sont de véritables locomotives.
Défi environnemental
Un autre secteur tire son épingle du jeu depuis une poignée d’années : l’écologie. « Nous sommes très préoccupés par cette question, probablement plus que dans les autres villes françaises », assure Anne-Marie Jean, vice-présidente de l’Eurométropole de la ville de Strasbourg – en rappelant que le territoire est composé de paysages naturels majestueux, comme la Forêt Noire et les Alpes allemandes. Les entreprises du territoire tiennent à préserver cette biodiversité en traitant leurs déchets – pouvant être transformés en ressources. Des sociétés énergétiques récupèrent, par exemple, la chaleur émise par certaines organisations lors de processus de production afin de la faire transiter vers des structures de grandes villes comme Strasbourg, dont des habitations.
Le secteur touristique reflète aussi cette dynamique en faveur de la transition écologique, enclenchée par le territoire, et ses nombreux relais locaux, depuis 2022. Un nombre croissant d’établissements (plus de 3 000 à ce jour) ont décroché le label international Clef Verte. Soit une hausse de 25 % entre 2025 et 2026. Cette démarche participe à l’attractivité de touristes français et européens. Ces derniers sont principalement belges, allemands, hollandais et suisses. « Les cadres européens recherchent des lieux de vacances où ils pourront concilier confort et simplicité. Ils aspirent à ce retour au calme et à la nature pour déconnecter et se mélanger aux autres », a observé Damien Gehin, propriétaire du camping Natur’Camp, détenteur du label Clef Verte, localisé à Geishouse (Haut-Rhin), dans le Parc naturel des Ballons des Vosges. Il y a deux ans, il a acheté et réaménagé, avec sa compagne Aurélie Gehin, ce site « verdoyant au cœur de montagnes arrondies, décrit-elle. Nous avons voulu apporter quelques nouveautés aux emplacements existants tout en préservant l’environnement ».
Concrètement ? Ils ont équipé les cabanes lodges de toits végétalisés, de panneaux solaires, de pompes à chaleur, de produits sanitaires éco-certifiés et de système d’isolation. Ils donnent accès à un système de tri des déchets, à des potagers en libre-service et à de la mobilité douce. « De la construction à la vie dans le camping, tout a été pensé pour répondre à des normes environnementales précises », affirme le couple. Pour résumer, c’est l’inverse de ce que propose le tourisme de masse. « Dans cette région, nous recevons les touristes d’aujourd’hui et de demain dans des environnements verts et intimistes. C’est une dynamique en plein essor qui va se poursuivre dans les prochaines années », termine-t-il
Rivalités entre villes
La plupart des opportunités professionnelles se concentrent dans des villes clés, comme Strasbourg, Nancy, Colmar, ou encore Mulhouse. Cette première a pour particularité d’héberger des organisations internationales attractives pour les actifs (Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’homme et Parlement européen). « C’est une ville multiculturelle et polyglotte au cœur de l’Europe », souligne Anne-Marie Jean. 34 % des cadres du Grand Est travaillent à Strasbourg, tandis que 17 % des postes sont réservés à l’encadrement (dirigeants et managers). Le port autonome de Strasbourg, relié aux grands ports maritimes de Rotterdam et d’Anvers, est également un point de passage majeur pour les importations et exportations tricolores vers le reste de l’Europe. La ville alsacienne s’est imposée, par ailleurs, comme une place financière importante, avec des sièges de banques et d’assurances, mais aussi comme un territoire industriel dans la santé, la chimie et l’innovation. Soit près d’un quart des emplois (21 %).
Mulhouse, autre bassin d’emploi important dans la région, tente de rivaliser avec Strasbourg. Cependant, cette ville moyenne fait face à un double défi : capter les futurs talents pour les former et, surtout, les retenir une fois diplômés. « Les meilleurs ont tendance à partir rapidement à Strasbourg ou à Paris », regrette Claude Filisetti, directeur général de l’ECM, école de commerce et de management, du Groupe IGENSIA Education. Or, Mulhouse « aussi offre de belles opportunités professionnelles. Pour dynamiser cette ville, nous avons besoin que ces jeunes entament leur carrière ici. L’alternance y contribue beaucoup, car ils s’immergent dans un environnement professionnel pendant leurs études supérieures et peuvent avoir une opportunité de travail à la clé ». Pour répondre à cet enjeu de rétention des cerveaux, il s’agit aussi de continuer à réaménager le territoire, d’après lui : « Si nous plaçons les entreprises et les universités à proximité de la gare, cela facilitera les flux avec les autres villes et donc attirera davantage d’actifs. »
L’enjeu autour de l’immobilier, enfin, est l’un des facteurs déterminants dans le choix de mobilité des cadres en provenance d’autres régions de l’Hexagone. En Alsace-Lorraine, « les prix sont stables et disparates en fonction des endroits du territoire. Nous constatons que les centres villes sont moins attractifs qu’avant, au profit des logements périurbains qui ont la cote en ce moment », décrypte Olivier Colcombet, président d’Optimhome, spécialisé dans le marché immobilier de l’Est de la France. « 300 000 euros est un budget tout à fait confortable pour les nouveaux arrivants dans la région. Ils peuvent acheter une maison très correcte pour toute une famille, poursuit-il. L’Alsace présente un marché plus tendu, légèrement plus cher, car la demande est plus forte qu’en Lorraine. Tandis que la proximité du Luxembourg fait grimper les prix en Moselle. » Toutefois, comme partout actuellement, les acquéreurs ont plus de réticences à s’engager dans ce type de projet : « Le contexte global freine les achats. Ce qui signifie que, dans le même temps, ils ont un pouvoir de négociation plus élevé en raison de nombreux biens à vendre sur le marché. »
Influence européenne
De Strasbourg à Mulhouse : une caractéristique commune domine néanmoins. Ces villes, passages privilégiés vers l’Europe, sont en effet, traversées par l’influence de leurs voisins européens, comme la Belgique, le Luxembourg ou encore l’Allemagne. Ces pays représentent à la fois des opportunités et des menaces pour l’Alsace-Lorraine. Des opportunités pour les actifs français souhaitant travailler de l’autre côté de la frontière et ainsi bénéficier de rémunérations et de conditions salariales avantageuses tout en vivant en France. Mais aussi, une menace pour la région qui fait face « à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, comme le milieu hospitalier et médical », prévient la dirigeante d’Hellowork.
Heureusement, « nous allons chercher des profils qualifiés à Paris. Avec l’arrivée récente du TGV, ils se retrouvent à moins de deux heures de la capitale », termine Georges Delorme, manager du cabinet Randstad Search à Strasbourg.