Entreprise
RH

Travail hybride : on ne vient pas au bureau pour manger des chouquettes !

À l’heure du travail hybride, venir au bureau ne se résume plus à « voir ses collègues » ou à entretenir la culture d’entreprise. Temps de trajet, qualité des conditions de travail, accès à l’information, interactions avec l’équipe ou encore évolution professionnelle : les salariés ont aussi des raisons très individuelles de privilégier le bureau au télétravail.

En arrivant au bureau, beaucoup de vos collègues sont-ils animés par l’envie de solidifier la culture de l’entreprise ? Vous-même, prenez-vous les transports le matin convaincu que cet effort sera compensé par d’intenses liens sociaux à la machine à café ? Le débat sur le retour au bureau est encore omniprésent dans les organisations. L’argumentaire qui prévaut chez les dirigeants s’articule assez largement autour des dimensions collective, sociale et culturelle de la venue sur site et du déficit supposé causé par le travail à distance. Le retour au bureau est alors promu à travers ces dimensions mais un angle mort persiste à ce jour : venir au bureau n’est-il pas aussi guidé par de rationnels intérêts individuels ?

Pour avoir envie de venir, il faut venir facilement !

Une récente étude hollandaise a démontré quatre facteurs qui incitent les salariés à venir au bureau plutôt que de préférer le télétravail. Le temps de trajet y est déterminant. Toute problématique immobilière débute par la question de la localisation, et de l’accessibilité. De récentes études indiquent que les temps et la fluidité des transports sont déterminants dans la qualité du parcours spatial des salariés, jusque-là rien de nouveau.

En outre, le sentiment de sécurité est une attente forte des salariés, et l’actualité récente a montré que ce n’était pas un sujet négligeable. Dans un premier temps donc, la dimension individuelle entre en considération avant même que le salarié n’arrive sur son lieu de travail. Avec le travail hybride, un salarié pourrait arbitrer davantage en faveur du télétravail que du travail sur site si les conditions d’arrivée sur le lieu de travail ne lui semblent pas favorables. Lorsque sa venue est contrainte par une obligation de présence, ce qui est le cas pour la très grande majorité des salariés, alors il faut bien avoir conscience qu’avant même le début de sa journée de travail, le salarié est dans l’insatisfaction, avec un impact négatif sur sa QVT.

Pour avoir envie de venir, il faut pouvoir faire du bon travail

Depuis plusieurs années, et la généralisation du travail hybride, la venue au bureau est promue sous l’angle de la socialisation. Certains dirigeants mettent l’accent sur la culture d’entreprise, et les liens sociaux qui participent à l’entretenir. Mais un salarié se rend-il le matin au bureau avec ce souci en tête ? Le bureau est un lieu de travail où l’on se rend le matin dans l’objectif d’y faire un bon travail. C’est la base de la satisfaction au travail, n’oublions jamais Herzberg ! Seulement, les journées de travail des travailleurs de bureau sont de plus en plus fragmentées en des temps différenciés. Une réunion, une visio, un échange face-à-face, une autre réunion, un temps de production personnelle, un besoin de concentration… Le problème actuel réside dans la possibilité ou non d’être dans de bonnes conditions pour effectuer l’ensemble de ces tâches.

Le fait se savoir à l’avance qu’on se rend sur un lieu de travail où un certain nombre de situations seront dégradées n’incite pas à venir avec enthousiasme. Un travail empêché est source potentielle de RPS tant l’insatisfaction peut impacter le salarié. Au contraire, l’idée de pouvoir satisfaire ses besoins fonctionnels tout au long de la journée est attractif.

Pour avoir envie de venir, il faut pouvoir capter de l’information

Nous venons au bureau pour interagir avec autrui dans le cadre d’un projet en cours, d’une mission à accomplir collectivement ou d’une production commune mais finalement, cela peut aussi se faire techniquement à distance. La vraie valeur ajoutée du point de vue du salarié réside dans sa capacité à rentrer chez lui le soir en ayant glané des informations qu’il n’aurait pas eues à distance, étant avéré que le partage d’informations est plus difficile sans coprésence physique. Cette information à forte valeur est le plus souvent issue d’échanges informels, de commérages et autres ragots parfois, lesquels sont bien rares à distance.

A plus forte raison chez les cols blancs, la circulation de l’information est directement liée à la performance des organisations car elle est source de fluidité et d’enrichissement continu de la connaissance au sens large. Et si l’ambitieux ‘‘casser les silos’’ est aujourd’hui un incontournable du discours managérial, échanger convenablement au sein de son collectif proche est déjà une bonne chose. Avant d’envisager la présence sur site comme facteur de solidification de la culture d’entreprise, le salarié souhaite que la valeur ajoutée réside dans la quantité et la qualité de l’information qu’il aura captée.

Pour avoir envie de venir, il faut être dans un collectif stimulant

La même étude hollandaise citée précédemment indique que réunions et interactions sont des raisons prégnantes pour l’arbitrage du salarié en faveur de la venue au bureau. C’est donc une somme de facteurs positifs qui incite à la venue. ‘‘Venir au bureau pour voir ses collègues et socialiser’’ est une phrase beaucoup entendue ces dernières années. En réalité, l’intérêt individuel des salariés réside sans doute davantage dans leur intégration au sein d’une équipe fonctionnelle.

Venir au bureau, c’est être conscient qu’une partie du travail obéit à des logiques interactionnelles au sein d’un collectif de proximité. Toutefois, le télétravail produit un problème récurrent qu’est celui de l’absence permanente d’un ou plusieurs membres de l’équipe en fonction des jours de télétravail de chacun. Cela n’empêche pas l’intégration d’un individu dans un groupe, surtout lorsque que le télétravail est bel et bien une organisation du travail pensée et mise en place par le manager. L’animation d’un collectif qui s’organise en hybride est, on le sait désormais, une clef de succès des équipes en mode hybride. Cela indique qu’à l’échelle individuelle, la seule colocalisation du salarié ne suffit pas à rendre ‘‘rentable’’ sa venue au bureau.

C’est la coprésence, la présence au bureau avec de qualitatives interactions, qui donne un intérêt réel à s’y rendre. Une étude a montré que les Emails sont plus nombreux et plus fréquents entre des collègues qui se voient régulièrement.

Venir au bureau, c’est utile pour sa stratégie personnelle

En définitive, les discours relatifs au retour au bureau font peut-être passer des dimensions secondaires aux yeux des travailleurs pour prégnantes. Au quotidien, on vient pour réaliser un bon travail individuellement puis collectivement, à moyen terme on vient pour s’intégrer convenablement dans les collectifs fonctionnels, à plus long terme, on vient pour assurer de bonnes conditions de progression dans sa carrière. Si l’ensemble s’inscrit dans un projet qui fait sens, la venue au bureau est naturellement moins contraignante.

Dans tous les cas, venir au bureau, c’est voir et se faire voir, entendre et se faire entendre, sentir des choses impalpables comme l’ambiance ou le climat social, donner et recevoir. Et si ces finalités sont guidées par une dimension individuelle bien naturelle, elles sont bénéfiques à l’organisation dans son ensemble. Ne prenons donc pas le problème à l’envers : faisons en sorte que l’environnement de travail, matériel et immatériel, soit attractif afin que les travailleurs viennent au bureau en étant certains qu’ils en tireront des bénéfices d’abord pour eux-mêmes, convaincus que les absents risquent tout de même d’avoir tort. Tout est donc question d’équilibre dans un monde du travail hybride : l’économiste de Stanford Nicholas Bloom indique que les employés travaillant à domicile deux jours par semaine sont tout aussi productifs, susceptibles d’être promus et beaucoup moins enclins à démissionner.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)