Sous la bannière de Cofidis, la vingtenaire prometteuse entend dépasser les obstacles qui se dresseront sur sa route de Lausanne jusqu’à la Promenade des Anglais à Nice. Contrairement à l’année dernière, où elle est tombée malade, elle espère décrocher la victoire le 9 août 2026. Une compétition qu’elle prépare de manière assidue, notamment depuis le début de l’été. Interview.
1. Tout d’abord, d’où vous vient votre passion pour le vélo ?
Julie Bego (JB) – Dès petite, j’ai pratiqué beaucoup d’activités sportives en extérieur avec mes parents. J’ai commencé par faire de l’athlétisme, mais parmi les nombreuses épreuves que comprend cette discipline, je n’aimais que la course à pieds. Ma passion pour le vélo est arrivée assez tôt, vers mes 12 ans, mais par hasard. Un été, j’ai regardé le Tour de France à la télévision. Cela m’a donné envie d’essayer ce sport, le temps d’une journée. Ensuite, j’ai immédiatement pris une licence et j’ai voulu me lancer dans la compétition. Je suis ensuite devenue cycliste professionnelle avec Cofidis. Aujourd’hui, j’ai 21 ans et je n’ai toujours pas arrêté !
2. Êtes-vous sereine à l’approche du départ du Tour de France ?
JB – Oui, je me sens prête. Je sais globalement à quoi m’attendre tout au long de ce parcours de 9 étapes. L’équivalent de presque 1 200 kilomètres entre Lausanne et Nice, en passant notamment par Dijon, Belleville-en-Beaujolais et encore Mont Vautoux (parcours en images, ndlr). Je vais profiter de mes derniers moments pour retrouver mes proches. Je ne les ai quasiment pas vu depuis le début de l’été. Je vais également me reposer physiquement en dormant et en mangeant correctement jusqu’au départ.
3. Comment avez-vous vécu votre premier Tour de France en 2025 ?
JB – Avant de prendre le départ de mon premier Tour de France, en juillet-août 2025, je me sentais à 100 % prête. Malheureusement, je suis tombée malade au bout de 6 jours. J’ai eu de la fièvre et des troubles digestifs. J’ai rapidement appris que c’était le Covid-19. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’arrêter la course. Avec le recul, je me dis que j’ai peut-être répondu positivement à trop de sollicitations de la presse et du public avant le départ. Ces contacts m’ont sûrement fragilisés. Mais, comme lors de blessures, le fait de tomber malade fait partie du jeu… L’essentiel est de revenir rapidement et encore plus forte.
Julie Bego, sur son vélo, en pleine compétition en Espagne en décembre 2025.
Crédit photo : LAzou / Cofidis
4. Avez-vous réussi à gérer cette déception ?
JB – C’est vrai que c’était une véritable déception. Mais, j’ai relativisé en me disant que la maladie n’était pas un facteur que l’on peut contrôler. Cela peut arriver à tout le monde de manière aléatoire. On ne peut pas changer le passé, mais on peut changer le futur. Après avoir récupéré de ce Tour de France, je me suis rapidement tournée vers mes objectifs suivants : le championnat du monde au Rwanda, en Afrique, en septembre 2025, puis le championnat de France, en Ardèche, en octobre 2025.
5. Comment s’est déroulée votre préparation pour l’édition de 2026 ?
JB – En début de saison, j’ai changé d’entraîneur et j’avais un peu de mal sportivement. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour obtenir des résultats satisfaisants. Comme l’année dernière, j’ai participé à un stage en altitude pendant 24 jours en juillet à Tignes (Savoie), avec d’autre coureuses. Mon objectif était de continuer à m’améliorer, mettre mon corps dans une certaine condition physique, apprendre des autres sportives et souder les liens avec l’équipe encadrante. Pendant le Tour de France, nous allons pédaler environ 150 kilomètres par jour, d’une étape à l’autre. C’est un exercice très exigeant qui demande beaucoup d’efforts.
6. Qu’est-ce que s’entraîner en altitude change-t-il ?
JB – Une majorité de cyclistes optent pour cette option avant le départ d’un Tour de France. Car nous produisons plus d’hémoglobines et voyons notre rythme cardiaque diminuer. Cela provoque des effets bénéfiques sur les muscles, même si cette démarche ne fonctionne pas sur tous les athlètes. La journée type débute à 7h30, heure à laquelle nous nous réveillons pour faire du gainage tous ensemble. C’est très motivant ! Ensuite, nous nous entrainons 3 à 6 heures par jour. Puis nous mangeons, toujours supervisées par une nutritionniste, car nous devons suivre des régimes au gramme près. Ils nous permettent d’optimiser notre condition physique et de répondre à des besoins énergétiques spécifiques pour bien récupérer. Nous faisons également des exercices de préparation mentale afin de visualiser chaque endroit du parcours ainsi que son lot de difficultés. Chacune peut mettre sa stratégie en place. En fin de journée, nous nous faisons masser et, puis, nous terminons par des temps de détente (balade autour du lac, sessions de ping-pong, discussions, etc.) Ce sont des moments très importants pour la cohésion d’équipe.
Julie Bego avec d’autres coureuses en Espagne en décembre 2025.
Crédit photo : LAzou / Cofidis
7. Comment concilliez-vous le sport avec vos études supérieures ?
JB – En parallèle de ma pratique sportive, j’ai intégré une classe préparatoire à Chambéry (Savoie) pour me préparer aux concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique. L’ingénierie mécanique est le domaine dans lequel je veux travailler plus tard. J’ai toujours aimé les sciences, les mathématiques, la physique et l’informatique. Au sein de ma promotion, les filles sont moins nombreuses. Nous sommes six filles pour soixante garçons. Soit seulement 10 % des étudiants dans cette filière. Mais, comme dans le sport, j’ai eu assez d’audace pour ne pas me censurer, ne pas avoir peur, me lancer et trouver ma place dans cet univers plutôt masculin. Je pourrais vivre du cyclisme, comme certains, mais penser à l’après-carrière sportive me semble tout de même indispensable.
8. Arrivez-vous à rester motivée dans les deux domaines ?
JB – Pour le moment, oui ! Le sport et les études sont d’ailleurs très complémentaires. Quand je suis parfois traversée par des doutes dans le vélo, l’école me permet de retrouver mes ami(e)s et de penser à autre chose. Et quand je suis stressée par l’école, le vélo m’aide à évacuer mon trop-plein d’énergie et, là encore, me libère l’esprit. L’équilibre est parfois dur à trouver. Mais il s’agit d’être bien organisée. Pour gérer au mieux mon agenda, entre ma carrière sportive et les études, je bénéficie d’un aménagement des horaires. Chaque année universitaire est répartie sur deux ans. J’ai la chance d’avoir un « preneur de notes » rémunéré pour me transmettre les cours auxquels je n’ai pas pu assister. Et j’ai des cours particuliers avec des professeurs lorsque j’en ai besoin.
9. Enfin, auriez-vous un conseil à partager à nos lecteurs pour développer un esprit de gagnant dans leur quotidien professionnel ?
JB – Il y a une citation que j’aime beaucoup : « L’homme qui déplace une montagne commence par déplacer de petites pierres. » En d’autres termes, cela signifie qu’il faut avoir de grands rêves et de grandes ambitions dans la vie. Mais, pour y arriver, il est nécessaire de faire preuve de patience, de persévérance et de déployer des petites actions chaque jour.