Karine Tuil credit Francesca Mantovani
Carrière

Karine Tuil : « L’autre révèle une partie de nous-même »

Cet article est issu du dossier "Les écrivains, une source d’inspiration"

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PORTRAIT - Pouvoir, argent, alcoolisme, amour et trahison... Son roman "La guerre par d’autres moyens" (Gallimard), sorti en mars 2025, décortique avec justesse les rouages écrasants de la machine politico-médiatique. Une manière d’interroger la place sociale de chaque individu dans une société faite de contradictions et d’hypocrisie.

La romancière écrit depuis toujours. Mais il lui a fallu attendre de nombreuses années avant d’être publiée. Et encore, quelques années supplémentaires avant de pouvoir vivre de son travail. Loin de la décourager, les difficultés de départ ont renforcé son désir de devenir écrivaine. « J’ai essuyé des refus. Mais les obstacles développent notre capacité de rebond, dessinent nos contours, renforcent notre ténacité à vouloir atteindre un objectif. L’échec est inévitable dans un parcours« , affirme-t-elle. Redoubler d’efforts est donc nécessaire, mais pas toujours suffisant ! Ce sont aussi les rencontres qui font basculer une vie.

En 1992, Jean-Marie Rouart, alors directeur du Figaro littéraire, lui permet d’accéder à la première marche vers son rêve. « Je n’avais pas de lien avec le monde éditorial. Mais j’ai participé à un concours d’écriture. Je l’ai rencontré et il a créé une impulsion dans ma carrière », se remémore-t-elle. Plus tard, l’ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, décédé en février 2024, contribue lui aussi à faire évoluer sa personnalité et ses idées. « Nous avons beaucoup partagé sur le plan intellectuel et humain. C’est un homme juste qui est devenu un ami », confie l’écrivaine. À 28 ans, son premier roman est (enfin) publié.

Prendre confiance

Des années plus tard, elle fait une troisième et dernière rencontre décisive avec les avocats Julie Fabreguettes et Archibald Celeyron. Ils l’aident, notamment, à comprendre les mécanismes du système judiciaire, dont va découler son livre à succès Les choses humaines (Gallimard) en 2019. La reconnaissance de ses pairs, par l’obtention du Prix Goncourt des lycéens et du Prix Interallié, lui permet de gagner en confiance. « Plus jeune, j’étais très réservée et solitaire. Mais j’ai réussi à forcer ma nature au fil des années, à aller vers les autres. Le faire est une nécessité absolue, car l’autre révèle une partie de nous-mêmes. S’entourer de personnes qui pensent différemment de nous est également très enrichissants. Cette démarche évite l’entre-soi qui enferme, permet de multiplier les points de vue, et d’appréhender le réel avec plus de complexité », développe-t-elle.

S’ensuit une longue série de romans et un recueil de poésie encensés par la presse et le monde littéraire : La décision (2022), Kaddish pour un amour (2023), La guerre par d’autres moyens (2025). Cet engouement ne lui a pas fait perdre « sa très grande volonté. Je me demande toujours pourquoi je me lance dans l’écriture d’un livre. Je continue à chercher de nouveaux ressorts créatifs, à faire des rencontres. L’exigence est constante. Dans le travail, je crois qu’il faut tout le temps sortir de sa zone de confort. »

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