Coconstruire les espaces pour renforcer l’adhésion
Créer des espaces de travail attentionnés implique, en premier lieu, qu’ils soient coconstruits avec les équipes. Cette forme d’implication favorise l’appropriation comme l’attachement, à travers la projection ; à quoi ressemblera mon bureau de demain ? A côté de qui je vais être ? Elle répond à l’enjeu principal de la conduite du changement : l’écoute.
SteelCase, spécialiste du mobilier de bureau, observe ainsi que « le score de bien-être des employés est nettement supérieur lorsqu’ils ont le sentiment que la conception de leur espace de travail tient compte de leurs besoins ; il grimpe alors de 22 % ! Le simple fait de leur poser la question peut faire toute la différence. »
Reconnaître la porosité vie pro / vie perso
Ensuite, il s’agit d’être attentif à la porosité qui existe entre la vie professionnelle et la vie personnelle : le lieu de travail est d’abord un lieu de vie où s’entrecroisent l’intime et le social, le personnel et le professionnel. C’est donc prévoir, par exemple, des espaces de repli, de repos, de silence… qui créent autant de « cocons » indispensables au ressourcement.
Offrir un confort supérieur à celui du domicile
C’est veiller, troisième point, à l’acoustique. Il s’agit en effet de préserver les équipes des nuisances sonores. Ce sujet, avec la perte de « privacité » (d’intimité), constituent l’une des peurs les plus souvent exprimées par les salariés lorsque sont amenés à basculer vers des espaces ouverts et partagés.
Ainsi, le confort acoustique, mais aussi la qualité de l’assise (la posture plus globalement) et l’agrément visuel (la vue comme la luminosité) doivent répondre aux meilleurs standards, et créer ainsi un différentiel avec le domicile, afin de participer au « retour au bureau ». La qualité de l’air, des températures et de la lumière, comme la capacité des personnes à les réguler, comme le rappelle Nicolas Cochard, historien du travail, sont des impératifs « de base ».
On l’oublie trop souvent : cette forme de confort constitue le service de base de tout espace de travail, dont l’objet premier est bien de créer les conditions qui facilitent l’exécution des tâches. Il se doit ainsi de proposer une expérience de travail agréable, esthétique, saine et efficiente ; et qui doit être supérieure à celle du domicile. Or, à ce jour, la majeure partie des salariés sondés considèrent leur domicile comme offrant un confort supérieur à celui de leur bureau.
Concevoir des espaces inclusifs, pour tous les handicaps
C’est être attentifs, quatrièmement, aux diverses formes de handicap, visibles ou non : accessibilité physique, visualisation de la signalétique, postes ergonomiques adaptés… Le DRH du groupe Aktid, leader hexagonal de l’ingénierie des centres de traitement des déchets, insiste à juste titre sur la prise en compte de certains handicaps invisibles, dont les troubles auditifs. L’espace inclusif, cela a un sens, pour que chacun sente que l’on a été attentif à ce qui peut entraver sa performance et son bien-être au travail.
C’est, enfin, pouvoir accueillir des publics externes à l’entreprise. Ce sont, par exemple, des enfants scolarisés des salariés après la classe, comme cela se fait chez Michelin au siège des Carmes, à Clermont-Ferrand. Ou comme les font les entreprises qui ont rejoint l’association Bureaux du Cœur afin d’ouvrir leurs espaces à des personnes en cours de réinsertion, la nuit. Il s’agit tout autant de leur offrir un toit, durant quelques mois, que des moments de connexion aux équipes, le matin, autour d’un café.
Écouter et accompagner le changement, de l’amont à l’aval
Au-delà des éléments de conception, cela implique d’entendre les collaborateurs afin de capter aussi leurs craintes comme leurs motivations. L’accompagnement au changement qui se met en place, et qui s’est renforcé ces dernières années face aux résistances manifestes, ne doit donc pas être sous-estimé. Or l’écoute en constitue le premier pilier. Comme le résume fort bien Zygmunt Bauman, l’enjeu majeur se situe dans le pouvoir de dire (être entendus) et d’agir (être acteurs) : « Les conclusions de nombreuses recherches confirment cette règle : quand des gens sont contrariés par des changements dans leurs conditions de vie ou dans les règles du jeu de vie, c’est bien moins parce qu’ils n’aiment pas les nouvelles réalités qui résultent du changement que par rapport à la manière dont elles furent amenées ; c’est-à-dire sans qu’on leur ait demandé leur avis. »
Or, quelle organisation a seulement sondé, en amont, le corps social, pour discuter des futures configurations des bureaux ? Quel employeur a réellement pris en charge une sensibilisation aux enjeux économiques, sociétaux et managériaux des changements à venir ? Non pas en vue de quêter une « adhésion », mais bien plus afin de susciter une réelle réflexion sur les « nouvelles façons de travailler ». Trop peu.
Intégrer l’impact environnemental des aménagements
Au-delà des espaces à proprement parler, la logique du care implique également de prendre soin de notre planète en sensibilisant les collaborateurs au coût carbone des options d’aménagement sur lesquelles ils travaillent : implantation de cloisons et de phone-boxes par exemple. Le mobilier, globalement, a un impact carbone non négligeable, trop rarement appréhendé. Une telle sensibilisation peut aider à faire accepter certaines options, comme le non-remplacement, par exemple, d’un mobilier certes vieillissant mais loin d’être obsolète.
Former aux bons gestes et à la bonne posture
En complément, des sessions de sensibilisation / formation aux bons gestes et aux bonnes postures sont très appréciées par les salariés. Elles participent de la bonne appropriation des nouveaux espaces et des nouveaux mobiliers.
Ce ne sont ici que quelques illustrations qui donnent corps à la logique du prendre soin :
- Concevoir des espaces attentionnés,
- Accompagner le changement, de l’amont à l’aval (« prise en main » des nouveaux espaces)
- Prendre en compte l’impact environnemental,
Comme l’exprime avec justesse Christine Congdon, directrice de la Recherche chez SteelCase, il s’agit bien in fine de « donner à chacun le sentiment d’être considéré en tant qu’être humain. »