Comment peut-on définir la Gen Z ?
Elisabeth Soulié (ES) – C’est difficile de la définir. C’est une génération qui ne se laisse pas assigner à résidence. C’est une génération fluide. La définir reviendrait à simplifier, généraliser, ou entretenir des préjugés. Il y a donc une grande diversité de profils et c’est précisément cela qui la rend intéressante. En revanche, nous pouvons définir ce qui rend singuliers les vingtenaires d’aujourd’hui. Ce sont celles et ceux qui sont nés dans un monde numérique. Ils n’ont pas connu le monde en dehors de ce monde digital. Ils ont construit à travers cette culture digitale : leurs représentations, leurs relations à soi et aux autres, à l’entreprise et à l’autorité, leurs manières d’habiter le monde, de penser le temps et l’espace, etc.
Quelles sont les conséquences de ces changements ?
ES – Cela a entraîné une véritable rupture anthropologique. Prenons la notion du temps par exemple. Jusqu’à récemment, nous étions dans la notion du kronos : un temps long, linéaire, quantitatif qui mettait en tension le passé, le présent et l’avenir. Elle permettait de se projeter vers un futur possible et désirable, et permettait aussi d’anticiper les différentes étapes d’une carrière. Aujourd’hui, la Gen Z appréhende davantage le temps en termes de kairos : un temps sans durée. Depuis leur naissance, ces jeunes actifs ont accès partout, immédiatement, simultanément à tous types d’informations sur tous types de supports.
Leur rapport au travail est également différent des générations précédentes. La génération Z ne veut pas tout donner au travail. Elle veut aussi déployer ses multiples potentialités dans différents types d’écosystèmes. Pas simplement dans le monde du travail ! Elle est attachée au développement personnel et s’attend à ce que le travail crée les conditions de son épanouissement personnel. La notion de processus est importante. Elle veut savoir à quoi sert ce qu’elle est en train de faire. Quel est le résultat final ? Quel est l’impact du résultat également ? En quoi est-ce utile ? En quoi ça change les choses ?
Mais alors, les entreprises peuvent-elles espérer la fidéliser ?
ES – C’est un vaste sujet ! Je parle de fidélités successives. Cela peut paraître antagoniste et pourtant c’est une réalité. Tant qu’un jeune se sent bien dans une entreprise, tant qu’il a le sentiment de grandir et d’appartenir à un collectif, alors il reste. L’entreprise doit être tribale à ses yeux, c’est-à-dire qu’il y ait de la convivialité, de la collaboration et de la coopération au sein de l’équipe. Elle est née avec les réseaux sociaux, elle vit donc avec une densité relationnelle extrêmement importante. Au travail, elle a besoin de recréer du « co ». Elle « colloc », elle « covoit », elle « cowork », etc. Elle est née avec l’économie « collaborative ». Tous ces aspects participent à ses imaginaires et à ses attentes, notamment par rapport à l’entreprise.
Découvrez l’intégralité de l’interview en cliquant sur la vidéo ci-dessus.