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Bureaux : ces 5 tendances à connaître pour faire revenir vos équipes à la rentrée

Plus de 25 % des salariés français travaillent en flex-office. Ils seront plus de 40 % dans seulement deux ans, selon JLL et l'Institut CSA Research. Au-delà de cette organisation qui séduit un nombre croissant d'entreprises depuis le Covid-19, à quels besoins doivent désormais répondre les bureaux ? Décryptage de nos experts.

Depuis fin 2023, des entreprises américaines sifflent la fin de la récré ! Après plusieurs années à expérimenter le télétravail – et avoir reconnu certains avantages -, elles déplorent désormais une baisse de la productivité, observent un recul de l’innovation, et redoutent une perte de cohésion au sein des équipes. La tendance “Return to office or get the fuck out” (“Revenez au bureau ou dégagez”) s’est donc enclenchée outre-Atlantique… Ce retour obligatoire passe mal, “car les salariés ont repensé leur vie personnelle en fonction de la possibilité de télétravailler. Certains ont déménagé, d’autres ont adopté un animal ou ont pris l’habitude de conduire leurs enfants à des activités”, explique Flore Pradère, directrice de recherche et prospective chez JLL France.

À cela s’ajoute un contexte inflationniste pesant : “Certains sont partis vivre à l’extérieur des grandes villes pour payer un loyer moins élevé, d’autres limitent leurs déplacements pour économiser de l’essence, détaille-t-elle. Si, en France, un rétropédalage est inenvisageable tant les salariés considèrent le télétravail comme un nouvel acquis social, 87 % des entreprises exigent un retour au bureau au moins une partie du temps, selon une récente étude de JLL et de l’Institut CSA Research dédiée au flex-office(2). “La résistance des salariés français est moins forte que celle des Américains, mais les entreprises hexagonales font face à un enjeu similaire : convaincre les équipes de revenir sur site en donnant envie, et pas en imposant, affirme la spécialiste des bureaux. Certains candidats veulent même visiter les locaux d’une entreprise avant de l’intégrer. Ce n’est plus seulement un argument de fidélisation, mais aussi de recrutement. Le bureau devient la vitrine de l’entreprise !” Voici cinq tendances incontournables pour relever ce défi.

1. Le bureau fédérateur

Si la fonction sociale du bureau est plus marquée en France qu’aux États-Unis, les entreprises tricolores redoublent d’efforts pour proposer des bureaux conviviaux. “La première chose que les salariés n’ont pas à la maison : ce sont leurs collègues”, rappelle Karin Gintz, directrice générale de Vitra. Aussi, pour “faciliter les échanges et les mouvements des uns vers les autres”, la dirigeante recommande de “casser l’architecture très cloisonnée des bureaux traditionnels. C’est possible en réduisant les espaces fermés et individuels au profit d’espaces ouverts, modulables et collaboratifs.” Ces lieux collectifs passent par des salles de réunion formelles ou informelles, plus ou moins grandes, en fonction du nombre de salariés et de la durée pendant laquelle ils se réunissent. L’autre piste envisagée par la patronne de Vitra consiste à réduire la surface des espaces de travail : “Il n’y a rien de pire que des bureaux vides. C’est une bonne chose que les entreprises gardent leurs bureaux, mais certaines n’ont pas besoin d’autant de mètres carrés ! La totalité de l’effectif n’est jamais sur site en même temps. Mieux vaut proposer une surface réduite, mais de meilleure qualité !”, termine-t-elle.

2. Le bureau pantouflard

Dans cette optique de recherche de convivialité, certaines entreprises optent pour des bureaux “comme à la maison”, explique Léonard Mercier, directeur de la Redoute Business. Voire pour des bureaux “mieux qu’à la maison”. Bon nombre de leurs clients, relate-t-il, proposent désormais à leurs salariés un environnement “plus confortable, chaleureux et bienveillant que d’ordinaire”. Notamment par le biais d’un mobilier qualitatif et esthétique, mais aussi par “une rupture avec la monotonie des bureaux classiques qui génère un sentiment d’enfermement, de routine, en diversifiant les espaces”, expose-t-il. Les pièces revêtent différentes tailles, couleurs et fonctionnalités, avec pour pièce maîtresse : le canapé ! Certaines organisations vont jusqu’à la personnalisation complète des bureaux “imaginés autour de leur identité, de leurs valeurs”, complète le dirigeant. Il alerte toutefois sur la frontière étroite entre le “tout confort” et le “trop confortable”. “Il existe une limite à ne pas franchir. Si le confortable relève du bon sens, les salariés ne doivent pas oublier qu’ils sont au travail. L’idée n’est pas de leur donner envie de dormir tout l’après-midi”, plaisante-t-il. Cette recherche – bien dosée – de confort répond aussi à l’enjeu crucial de la prévention des troubles musculosquelettiques, avec la possibilité, par exemple, de varier les positions de travail au fil de la journée, de bénéficier d’un mobilier ergonomique ou encore de travailler dans un endroit lumineux.

3. Le bureau futuriste

Les salariés attendent également de leur entreprise des bureaux connectés. “S’ils viennent travailler en présentiel, c’est aussi pour trouver des outils digitaux qu’ils n’ont pas à la maison, ainsi que des informaticiens performants en cas de problème, ou encore une connexion Internet ultra rapide”, complète Marie Vaillant, fondatrice de Yemanja. La chercheuse Flore Pradère émet toutefois des réserves concernant le développement de bureaux 2.0, car certains outils numériques – comme les logiciels de réservation de postes de travail, ou encore de salles de réunion connectées – “peuvent représenter une charge mentale additionnelle pour les salariés.” Avant d’ajouter : “L’obligation de planifier sa journée de travail rajoute des contraintes, et entrave la spontanéité et la fluidité des échanges, indispensables à la performance des salariés. C’est pourtant là que réside la valeur ajoutée du travail au bureau”. Alors que ces outils de planification promettent d’éviter la saturation des bureaux à l’heure du travail hybride, la chercheuse précise : “Nos relevés d’occupation montrent que dans les environnements de travail bien pensés, les pics d’occupation restent rares.” En matière de digitalisation des bureaux, elle souligne toutefois les possibilités offertes par l’intelligence artificielle qui “pourrait représenter un progrès phénoménal dans l’organisation des journées de travail des actifs. L’IA PIN (détecteur vocal intelligent, ndlr) pourrait se substituer à nos smartphones et gérer notre emploi du temps à notre place, en réservant notamment des espaces adaptés à chaque tâche de la journée en tenant compte des collègues sur site et à distance !” 

4. Le bureau écolo

D’autre part, la tendance est à la “verdification” des espaces de travail. “Nous sommes entrés dans une ère de sobriété pour répondre aux problématiques du réchauffement climatique. La plupart des collaborateurs l’acceptent, car ils sont conscients de l’urgence, voire l’encouragent au sein de leur organisation, car ils s’en inquiètent”, abonde Flore Pradère. Ces bureaux “régénérants” prennent forme à travers les nombreux bénéfices de la végétalisation : apaisement psychologique, développement de la créativité, amélioration de la qualité de l’air, et encore ouverture vers l’extérieur lorsque des terrasses ou des jardins aménagés sont mis à disposition. “La végétalisation des bureaux n’a rien de nouveau, mais s’est largement renforcée depuis le Covid-19. Les individus ont besoin de cohabiter avec la nature, d’admirer sa beauté. Ils se sentent mieux lorsqu’elle se trouve à proximité. C’est un réflexe reptilien”, assure Nicolas Saint-Léger, porte-parole de Captain Vegetal. Ces bureaux verts passent également par l’achat de mobiliers de seconde main, et par le recours au surcyclage – moins répandu que le recyclage. “Nous ne détruisons pas un produit pour ensuite réutiliser les matières premières, nous modifions directement sa fonction première pour la transformer en un autre produit”, explique Valentine Schroeter, responsable marketing d’Hexagone. Et cela va dans le sens des directives gouvernementales : une loi en faveur de l’économie circulaire a été promulguée dès 2020 afin que les administrations publiques se dotent de biens issus du réemploi. Les acteurs privés, quant à eux, devront appliquer cette mesure à partir de 2027.

5. Le bureau nomade

Enfin, si cette pratique est loin d’être démocratisée, les bureaux du futur pourraient être à portée de main ! Ouverts ou fermés, comme peut l’être une valise, l’essentiel du matériel professionnel est contenu à l’intérieur (écrans, branchements, post-it…). Les salariés équipés de ce bureau nomade “peuvent ainsi le transporter facilement, s’en servir dans un jardin ou bien à l’autre bout du monde, et le ranger partout. Les outils et documents de travail ne se dispersent pas. Ce qui limite les risques de voir la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle perturbée”, détaille Jérôme Bart, président de Zenho.

*Source : étude intitulée “Le flex-office : une réponse aux enjeux de son temps ?”, menée conjointement par le département Work Dynamics de JLL et l’institut CSA Research, en janvier 2024.

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