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Avoir de beaux bureaux : vrai levier pour attirer les talents ou simple mirage RH ?

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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De nombreux professionnels affirment que l’esthétique des bureaux est devenue un argument clé pour séduire les jeunes diplômés et retenir les collaborateurs. Mais entre stratégie d’aménagement et réalité du quotidien au travail, que vaut vraiment cette promesse ?

Attractivité des bureaux : quel impact réel sur les jeunes diplômés ?

Une récente étude espagnole a cherché à connaître l’importance de l’esthétique des bureaux auprès de jeunes diplômés. Les résultats indiquent que les attributs esthétiques peuvent être importants dans le processus de décision. En effet, selon la théorie économique, les individus choisissent un produit, un service ou un poste de travail pour l’utilité (ou l’avantage) qu’ils en retirent. Cela semble valable pour les lieux de travail.

Cette étude affirme également qu’une esthétique attractive peut potentiellement être une contrepartie à un salaire moins élevé qu’attendu. L’esthétique d’un lieu de travail est importante, car elle assure une partie du confort des occupants, ne serait-ce que le confort visuel qui renvoie des émotions positives.

De manière générale, la satisfaction des occupants augmente lorsque les aspects esthétiques sont jugés positivement, parfois seulement si les couleurs plaisent car l’esthétique contribue à créer une ambiance, une atmosphère attractive. Notons toutefois qu’avant l’esthétique intérieure, c’est bien la localisation et l’accessibilité qui importent.

Espaces de travail créatifs : quels signaux pour les candidats ?

Des chercheurs allemands ont cherché à évaluer l’attractivité des espaces de travail qui promeuvent la créativité. Ils concluent par l’idée que les premières impressions d’un candidat sont déterminantes puisqu’elles véhiculent des émotions, positives ou négatives. Par des espaces qui promeuvent la créativité, un message culturel apparaît : Ici on stimule et on encourage les échanges, on invite à interagir et à proposer des choses. L’entreprise envoie ainsi des signaux spécifiques.

On le sait, l’expression ‘‘physique’’ des organisations est un puissant indicateur de la vie organisationnelle, de la culture, de l’expérience des employés et des performances potentielles. Par ailleurs, la promesse de beaux et confortables espaces passe aussi par une logique de care : Ici, on offre de beaux environnements aux salariés, on prend ainsi soin d’eux en assurant leur confort physique (je suis bien), leur confort fonctionnel (je travaille bien) et leur confort psychologique (je me sens bien) selon les trois strates de la pyramide de Vischer.

Le nécessaire alignement entre espaces et culture d’entreprise

Toutefois, affirmer avec une certaine ambition, voire une ambition certaine, que de ‘‘beaux’’ bureaux attirent et retiennent les talents présente un risque, celui de la promesse non tenue par un déficit d’alignement.

L’idée de l’alignement est simple. Si par l’espace on envoie des messages, alors le management, la culture organisationnelle ou la cohérence doivent être alignés sinon c’est tout bonnement de la publicité mensongère !

De beaux espaces de créativité avec une culture castratrice ? Des espaces esthétiques qui envoient du care avec un management malsain ? De beaux canapés, une belle cafétéria, des objets ludiques dans un environnement culturellement ‘‘tradi’’ ? Des environnements flexibles et dynamiques proposant une variété d’espaces différents dans une culture managériale du contrôle visuel ? Du ‘‘flex office cool’’ sans autonomie et sans confiance ? Voilà des situations qui révèlent un manque d’alignement entre le projet spatial et la réalité organisationnelle. Dans ces cas, la répulsion l’emporte sur l’attraction car on a menti sur la promesse.

Bureaux ordinaires, salariés heureux : un paradoxe à relativiser

On l’aura compris, de beaux bureaux, confortables, fonctionnels et alignés sur le projet de l’entreprise sont importants. Mais attention, de nombreuses personnes travaillent au quotidien dans des espaces un peu vieillissants, pas très modernes voire franchement moches. Et pourtant, tous ne sont pas des malheureux qui cherchent à fuir, fort heureusement.

Avoir de beaux bureaux remis au goût du jour régulièrement est plutôt réservé aux grandes entreprises dans les grandes villes, moins aux ETI, PME, TPE qui constituent pourtant le plus gros des effectifs de salariés de bureaux.

De nombreux sondages et autres ‘‘études’’ réalisés par les professionnels de l’immobilier d’entreprise survendent le rôle des bureaux dans la qualité de vie au travail, mais il faut tout de même relativiser la place des ‘‘locaux’’ dans la QVT puisque le salaire, l’intérêt de la mission, la localisation ou les évolutions possibles sont des critères bien plus prégnants pour les candidats que l’esthétique et la symbolique de l’espace. D’ailleurs, quel pourcentage de la population peut se permettre de choisir son emploi parce que les locaux lui plaisent ? La logique n’est-elle pas légèrement élitiste ?

Aménagement des bureaux : viser la cohérence plus que l’effet wahou

Dans un contexte de guerre des talents, on sait depuis longtemps que de beaux environnements de travail participent à l’attractivité d’une entreprise, sans qu’ils soient primordiaux. Une entreprise a tout intérêt à être sincère dans sa proposition de valeur, en assumant son identité et sa culture, sans chercher nécessairement l’effet wahou, lequel peut aussi se terminer en effet bof, voire effet ‘‘gueule de bois’’.

La cohérence doit être de mise, sans chercher à copier-coller les espaces des autres ni à céder à une sémantique de la pseudo modernité qui nous abreuve, avec ses espaces agiles inspirants, régénérants et propices à la sérendipité… Entreprises, alignez vos espaces de travail sur vos valeurs et pensez qu’avant tout, c’est la qualité du travail qui sera le pilier de votre attractivité. Permettez à vos collaborateurs de faire du bon travail, avec une présence de qualité… et si en plus les bureaux sont beaux, tant mieux. Comme le rappelait Platon, « le beau, c’est la splendeur du vrai ».

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