Un leadership exemplaire, selon le Général Pierre-Joseph Givre
« Dans l’armée, nous avons des processus d’autorité. Ce système régulé est indispensable, notamment en temps de crise. Les crises sont la norme, la paix comme nous l’avons connue ces dernières décennies, est l’exception. Les crises amènent inévitablement de la complexité. Mais, le leader a toutes les ressources pour faire face à ces bouleversements. Il devra, avant toute chose, être exemplaire pour susciter l’adhésion. En faisant preuve d’autorité, mais pas d’autoritarisme. Il pourra donner des ordres, mais uniquement si ces ordres ont un véritable sens. Le leader de demain devra aussi rester humble, sinon il a perdu d’avance. Cela permettra de créer un lien de confiance avec ses équipes.
Si le chef n’accepte pas d’être remis en question, comme dans les régimes autocratiques, ces dernières se mettront à lui mentir, à lui cacher la vérité. Or, l’isolement est le plus grand risque pour un leader. Cela conduit à une perte de discernement. Le leader ne connaît qu’une partie de la réalité du monde. Il a besoin du bon sens de ses équipes sur le terrain pour avoir un aperçu global de la situation et prendre des décisions. Le cas échéant, il risque de faire de graves erreurs. Enfin, il doit garder à l’esprit qu’il est un guide pour les autres, mais qu’il n’incarne pas le succès à lui tout seul. Les succès sont collectifs, ou ne sont pas. Il devra amener tout le monde au sommet en portant une vision, y compris les personnes qui n’avancent pas au même rythme, ou qui sont très différentes de lui. En fonction des aléas, le leader devra adapter cette vision, en atteignant différemment le sommet, ou en y renonçant tout simplement. Cela l’amènera à connaître les autres, mais aussi à mieux se connaître lui-même. Un leader ne peut être exemplaire que s’il accepte l’introspection. S’il accepte aussi ses forces, ses faiblesses, la part de yin et de yang en lui. Il sait réfléchir, mais écouter ses ressentis est aussi essentiel. Les émotions sont un langage universel qui peut l’extraire de situations complexes, notamment sur le terrain à l’autre bout du monde. »
Un leadership humaniste, selon la directrice de l’institut leadership de l’ESCP Business School, Géraldine Galindo
« Je crois beaucoup à un leadership humaniste. C’est presque un pléonasme de dire ça, pourtant ce mode de gouvernance est très menacé dans le monde actuel. Les crises se multiplient, s’aggravent, ne trouvent pas d’issues positives. Nous sommes dans l’immédiateté de la performance. Or, Edgar Morin disait : « Quand l’immédiat dévore, l’esprit dérive ». Le leader d’aujourd’hui et de demain doit absolument remettre l’humain au centre de ses préoccupations, se tourner vers les autres, comprendre leurs vulnérabilités, les aider à se développer, sans pour autant tomber dans la démagogie. Il doit aussi avoir une vision pour le collectif, et pas uniquement pour lui-même, pour sa propre renommée et / ou ascension hiérarchique. C’est tout le dilemme social d’un leader en réalité : il est constamment tiraillé entre intérêt(s) personnel(s) et collectif(s). Il doit faire les bons arbitrages en permanence. Si nous sommes, toutes et tous, plus enclins à nous conforter dans nos certitudes, le leader de demain devra prendre conscience de sa responsabilité, se remettre en question, aller au-delà de ses limites. Le leader, contrairement au manager qui a une casquette très technique, devra toucher le cœur de ses équipes. »
Un leadership situationnel, selon l’ancienne ministre Marlène Schiappa, associée au sein du cabinet Tilder
« Je ne pense pas que le contraire d’un leader soit un suiveur. Car, il n’existe pas de leader intégral. Le leadership est une posture qui dépend toujours d’une situation, d’un moment, d’une équipe, etc. Le leader doit surtout proposer une vision claire et engageante. En donnant envie à ses équipes de s’investir, en les embarquant dans un projet qui a du sens pour eux. Il ne doit pas opposer la rationalité et l’émotionnel. Un rapport financier bien ficelé sur un PowerPoint n’a jamais embarqué personne ! Il est également compliqué d’apporter une réponse rationnelle à une requête émotionnelle. Prenons un exemple tout simple : si ma grand-mère me dit qu’elle est triste parce qu’elle a du mal à boucler ses fins de mois en raison de sa faible pension de retraite, je ne suis pas certaine que lui dire que le pouvoir d’achat a pourtant augmenté de 2 % cette année en France soit une réponse efficace. Le leader fait face à une dualité entre : vision empreinte de rationalité et méthodes davantage tournées vers les émotions. Les équipes ne se souviendront pas de ce que le leader leur a dit, mais de ce qu’il leur a fait ressentir. »
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Un leadership inclusif, selon l’ancienne ministre Muriel Pénicaud
« La parité, la diversité et l’inclusion seront indispensables dans le monde du travail de demain. Le leader du futur devra porter une vision co-construite, partagée par toutes et tous. Une organisation paritaire est plus performante, résiliente et innovante. Les clones n’innovent pas, ils tournent en rond. Il faut trouver la force de créer, d’agir, d’aimer. Si toutes les entreprises étaient paritaires, nous enregistrerions un PIB mondial de +16 %. Je crois beaucoup, notamment, au co-leadership entre les hommes et les femmes ! »