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Le management des aidants : un “enjeu majeur” pour les entreprises

, par Fabien Soyez

Selon le baromètre “Aider et Travailler”, les aidants attendent de leurs employeurs des “mesures concrètes” pour atténuer les effets négatifs de leur situation. 8 salariés aidants sur 10 seraient en effet impactés dans leur travail au quotidien.

La France compte actuellement plus de 11 millions d’aidants, soit plus d’un Français sur six. Parmi eux, 5 millions exercent en parallèle une activité professionnelle. Pour eux, ce soutien à un parent dépendant a bien souvent des répercussions importantes sur leur vie professionnelle ; des absences au travail jusqu’à la fatigue et au burn-out.

Selon le baromètre “Aider et Travailler” publié lundi 28 septembre à l’initiative de 5 structures spécialisées (Interfacia, Tilia, Responsage, Olystic et Le Lab RH), les salariés aidants sont ainsi 78 % à considérer que l’aidance a un impact négatif sur leur travail. Une tendance en augmentation de 19 points au cours des trois dernières années. “Connus et reconnus, ses principaux effets néfastes sont la dégradation de leur santé, qui concerne 76 % d’entre eux, la désorganisation du travail pour soi et pour l’équipe, 69 %, et la sensible diminution de leur vie sociale, 62 %”, indique l’étude.

 

“Soutenir les aidants”, mais aussi “valoriser leurs atouts”

“Les entreprises qui se veulent responsables ou qui désirent montrer l’exemple doivent faire preuve de compréhension envers leurs employés aidants. Aujourd’hui, des solutions existent pour les soutenir, et peuvent même s’avérer moins coûteuses que de ne rien mettre en place, si l’on tient compte du retour sur investissement”, explique Joël Riou, président de Responsage.

D’après le baromètre, l’aisance peut aussi procurer “certains bienfaits” aux employés touchés, “même si ses bénéfices sont moins manifestes”. 82 % des salariés aidants considèrent ainsi que leur situation leur a permis d’acquérir de nouvelles compétences.

“À l’heure où les softs skills prennent de l’envergure au sein des DRH tricolores, et tandis que l’intelligence collective et la qualité du climat social sont identifiées comme des facteurs déterminants de la performance, la capitalisation et la valorisation des atouts des aidants représentent une opportunité pour les entreprises”, observe l’étude.

Pour les organisations, l’enjeu “majeur” pour les années à venir sera surtout d’anticiper la “double aidance”. En effet, compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, les aidants sont de plus en plus nombreux à s’occuper non pas d’une, mais de deux personnes de leur entourage. 39 % d’entre eux ont ainsi une “double charge” ; une proportion qui a doublé en 3 ans.

“Pour faire face à cette problématique — qu’elle soit simple ou double —, les salariés concernés ont besoin de temps. 40 % d’entre eux travaillent à temps partiel. Un choix subi dans les trois quarts des cas (76,5 %), étant donné le manque à gagner évident en termes de revenus. Cette question est d’autant plus importante que la plupart des aidants contribuent financièrement à la prise en charge de leur proche fragilisé : à hauteur de 150 euros minimum par mois dans 70 % des cas, et jusqu’à 500 euros pour 17 % d’entre eux”, nous apprend le baromètre.

 

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Les aidants (et leurs collègues) attendent “des solutions concrètes”

Selon l’étude, les aidants, mais aussi leur entourage professionnel, attendent de la part des employeurs des mesures pour atténuer les effets négatifs de cette situation. Ainsi, 50% des collègues et managers travaillant avec un aidant “se disent impactés par cette situation”, et 97 % des collaborateurs non-aidants “jugent essentiel que leur entreprise mette en place des solutions concrètes pour faire face à cette problématique”.

“Pour ces raisons, manager l’aidance, tant du point de vue de l’individu que du point de vue de l’organisation, que ce soit pour réduire les effets négatifs tout autant que pour capitaliser sur les effets positifs, est ou devient un enjeu crucial pour les entreprises”, indique l’étude.

Selon Xavier Zunigo, CEO et fondateur d’Olystic, “quand une équipe accueille un aidant ou quand un collègue devient aidant, des tensions et un sentiment d’injustice apparaissent progressivement. Capter les signaux faibles et prévenir le délitement collectif précocement permet de maintenir un fonctionnement harmonieux”. Et d’ajouter que “l’aidance ignorée est assurément une faiblesse dans une équipe. A l’inverse, l’aidance soutenue peut être une véritable force”.

 

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23 % de salariés aidants “invisibles”

À noter que nombre de salariés aidants demeurent “invisibles” aux yeux de leurs employeurs. “Ils possèdent des profils a priori discrets. Si 71% des travailleurs concernés par cette situation évoquent leur inquiétude par rapport à son impact sur leur travail, il y a lieu de croire que tous n’osent pas forcément en parler, et que le phénomène est encore plus important qu’on ne le pense”, prévient ainsi Christine Lamidel, fondatrice et directrice de Tilia.

“Aux vues de la complexité et des difficultés que rencontrent les collaborateurs aidants pour allier vie professionnelle et responsabilités liées à leur rôle, il est crucial que les entreprises adaptent leur stratégie RH pour une organisation plus inclusive et préventive en intégrant des dispositifs pour alléger le quotidien de ces salariés”, ajoute-t-elle.

Selon le baromètre, 23 % des salariés concernés par la problématique de l’aidance “ne parlent pas de leur situation sur le lieu de travail” ; ni à leurs managers, ni à leurs DRH.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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